Afrique de l'Ouest: Sahel - La France n'est pas prête à quitter le Mali

Paris et Bamako ont engagé un bras de fer. Malgré les sanctions à l'encontre de la junte militaire au pouvoir, la présence de la société privée militaire russe se confirme. La France se montre solidaire avec les troupes danoises dont les dirigeants maliens demandent le départ.

Florence Parly s'est montrée " solidaire des partenaires danois, dont le déploiement se fait sur une base juridique légale, contrairement à ce qu'affirme aujourd'hui la junte malienne ", a-t-elle déclaré.

A Bruxelles, la cheffe de la diplomatie danoise, Jeffe Kofod, a fait valoir : " Nous sommes présents via une invitation claire du gouvernement de transition malien (...) avec nos alliés européens, la France en pointe ", alors que le chef du nouveau gouvernement malien, Choguel Kokalla Maïga, affirmait la fin de se rendre au Mali " par procuration ". " Si quelqu'un doit venir au Mali, on se met d'accord. On a dit aux Danois : si vous voulez venir au Mali, c'est un engagement entre Danois et Maliens ", avançait-il.

Le Mali a réduit l'accès à son espace aérien et remis en cause des accords de défense le liant à la France. Paris, de son côté, a accusé la junte de vouloir se maintenir au pouvoir plusieurs années et d'avoir ouvert les portes du pays à la société privée militaire Wagner. Une pratique plutôt répandue par les grands pays occidentaux.

Le coup d'Etat qui vient d'avoir lieu au Burkina Faso compliquerait encore plus la tâche de la France au Sahel. Trois des quatre pays couverts par la force Barkhane sont dirigés par une junte militaire. Or, Florence Parly ne compte pas " abandonner la lutte contre le terrorisme [dont le] combat est essentiel pour notre sécurité ". Toutefois, elle invite à s'adapter à " un nouveau contexte " par " une concertation approfondie avec nos partenaires, notamment ceux de Takuba ". Une large concertation est en cours, entre les pays européens membres de la " Task force Takuba, les conséquences du niveau d'instabilité au Mali et son impact sur le plan opérationnel ".

Un sentiment antifrançais persistant

Mais tous les pays membres de la Task force Takuba ne partagent pas la même approche, certains étant opposés à travailler avec la junte alors que d'autres ne sont pas favorables à l'influence russe au Sahel. Ce qui arrangerait la plupart des dirigeants et la population du Sahel, remettant en question la présence des forces étrangères dans la région, qui se traduit par un sentiment antifrançais persistant à quelques mois de la présidentielle.

Le putsch au Burkina Faso est donc un nouveau coup dur pour l'opération Barkhane après les deux putschs au Mali et la mort d'Idriss Déby Itno au Tchad, face à des Etats que Paris soutient militairement mais ne veut pas partager l'orientation stratégique, ou dont la légitimité démocratique est en question au regard de ses standards.

La France a lancé l'opération Serval au Mali en 2013 (devenue opération Barkhane en juillet 2014, puis opération Takuba) pour barrer la route au terrorisme jihadiste. Huit ans après, les forces françaises sont toujours présentes dans le pays et dans la région. Mais les scènes de liesse qui ont accueilli le président français de l'époque en héros, François Hollande, semblent avoir laissé place à un scepticisme qui brouille l'avenir de l'intervention française et de ses partenaires européens au Mali et dans le Sahel. Les accords de défense avec Paris avaient deux objectifs majeurs sur le Mali : restaurer la souveraineté du pays sur l'ensemble du territoire, contenir, voire éliminer la menace dite djihadiste, terroriste (c'est ainsi que le gouvernement français la désigne). Mais qu'en est-il du bilan des deux objectifs ?

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