Afrique: Obtenir un passeport, un casse-tête dans certains pays africains

Lancement du passeport africain par l'UA en juillet

Dans plusieurs pays du continent, la population peine à se voir délivrer un passeport. Les raisons sont multiples.

Le passeport est, tout le monde le sait, un document indispensable pour pouvoir voyager. Pour l'obtenir il faut, comme pour toutes les autres pièces d'identités, faire des démarches administratives. Des démarches qui, dans certains pays sur le continent africain, peuvent durer longtemps, très longtemps. Les raisons de ces difficultés d'accès aux passeports varient d'un pays à l'autre.

Une attente interminable

En novembre dernier, Tanimu Garba avait besoin d'un nouveau passeport. Le jeune homme de 23 ans s'est donc rendu au bureau de l'immigration de sa ville natale de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. Mais là, il a été déçu. "Ils ont dit que je ne pouvais pas avoir mon passeport immédiatement, qu'ils n'imprimaient pas, que cela prendrait beaucoup de temps. Ils ne savaient même quand j'aurai mon passeport, même si je payaias", explique le jeune homme.

Au Nigeria, les blancs, c'est-à-dire les livrets de passeport vierges, dans lesquels les données des citoyens doivent être inscrites, étaient épuisés. Tanimu Garba s'est finalement résolu à se rendre dans la capitale, Abuja.

La route de Maiduguri à Abuja étant trop dangereuse, il a acheté un billet d'avion, réservé un hôtel et payé des frais de 55.000 nairas (150 dollars) pour son nouveau passeport en express. Début mars, il le tenait enfin dans ses mains. L'histoire de Tanimu Garba n'est pas unique.

"Je suis rentré, je suis allé à la banque, j'ai fait mon versement. Je me suis rendu au ministère de la Sécurité à la mi-novembre. Il était question de récupérer mon passeport le premier décembre 2021. Jusqu' à présent je n'ai toujours pas mon passeport et croyez-moi je ne suis pas le seul", témoigne Bademba Diallo, un Guinéen vivant à l'étranger.

En Guinée, un conflit entre le gouvernement et la société australienne Iris qui fabrique les passeports est à l'origine des retards de délivrance des documents. Récemment, les autorités ont annoncé que les opérations de retrait recommenceraient bientôt.

Les délais d'attente de plusieurs mois sont la norme dans de nombreux pays et les procédures urgentes, qui sont plus coûteuses, prennent également souvent plus de temps.

Nana Akyiaa qui vit dans la capitale ghanéenne Accra en a fait l'expérience. "J'ai demandé en express, ils m'ont donné deux semaines, mais ensuite ça a duré près d'un mois", explique t-elle avant de préciser qu'à part cette attente "ça allait".

Soupçons de corruption

Au Malawi également, avoir un passeport est problématique. Dans ce petit pays enclavé du sud-est du continent, nombreux sont ceux qui attendent leur passeport depuis des mois. En décembre, le gouvernement a annulé un accord de 55 millions d'euros avec le fournisseur de services kenyan Techno Brain Global après des allégations de corruption. Ce que nie l'entreprise.

Depuis 2020, le gouvernement malawite délivre des passeports dotés de fonctions de sécurité numérique qui visent à faciliter les contrôles. A titre provisoire, le service de l'immigration et des citoyens continue d'utiliser le système de Techno Brain Global. Mais uniquement pour les demandes qui sont faites dans des situations d'urgence, explique à la DW le porte-parole du département des services d'immigration et de citoyenneté du Malawi, Wellington Chiponde.

"La priorité va aux demandes de passeport d'urgence car nous savons que certaines personnes pourraient demander leur passeport mais elles ne sont pas nécessairement pressées ou n'ont pas nécessairement une raison impérieuse de quitter le pays", précise t-il.

Les personnes qui ne peuvent prouver aucune urgence particulière pour le moment devront donc attendre.

Un certain nombre de pays africains travaillent avec la société belge Semlex pour produire des passeports. Le réseau de journalistes "Organized Crime and Corruption Reporting Project" (OCCRP) s'est penché sur cette coopération et a révélé une série de cas présumés de corruption en 2020.

Selon le réseau, Semlex aurait versé au moins 120.000 euros à un fonctionnaire influent du gouvernement à Madagascar avant le début du contrat. La République démocratique du Congo s'est, par exemple, retirée d'un accord avec Semlex en 2020 qui proposait des passeports au prix final de 185 dollars - dans un pays à faible revenu. Enfin, au Zimbabwe, l'année dernière, la plateforme ZimLive a rapporté que le gouvernement avait conclu un accord de plusieurs millions de dollars avec Semlex sans appel d'offres préalable.

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