Afrique de l'Ouest: Retrait du Mali - Mohamed Bazoum signe l'acte de décès du G5 Sahel

Mohamed Bazoum, President de la République du Niger.
analyse

Le président nigérien, Mohamed Bazoum, a une réputation bien établie de franc-parleur qui ne fait pas toujours dans les circonlocutions ni le langage diplomatiques. Ce qui peut étonner d'ailleurs, l'homme ayant été deux fois ministre des Affaires étrangères de son pays, respectivement de 1995 à 1996 puis de 2011 à 2015.

Le fait d'être devenu premier magistrat du Niger n'a rien changé à ce trait de caractère. Combien de fois n'a- t-il pas en effet tiré à boulets rouges sur les autorités maliennes au regard de l'évolution sociopolitique du pays, marquée par les deux coups d'Etat successifs d'Assimi Goïta?

MB, comme on l'appelle, a remis le couvert ces derniers jours . A la faveur d'une longue interview accordée au journal français La Croix, il a d'abord regretté l'isolement de Bamako en Afrique de l'Ouest, une mauvaise chose pour toute la sous-région. " Si ce pays était dans une situation normale, nous serions en mesure de développer notre coopération en relation avec Barkhane", a déploré le successeur de Mahamadou Issoufou avant de déclarer sans ambages qu'avec le récent retrait du Mali de l'organisation, le G5 Sahel était mort. Le décès de la task force était en réalité constaté par de nombreux observateurs de la scène sociopolitique ouest-africaine. Le président nigérien vient juste d'en signer officiellement l'acte de décès.

Créée en 2014 pour mutualiser les moyens, à la fois humains, logistiques et en renseignement, de même que pour mieux coordonner la lutte contre les terroristes dans le Sahelistan, l'organisation a toujours été, hélas, un avorton qui ne parvenait pas à marcher, à plus forte raison à monter en puissance comme l'espéraient ses géniteurs. Et quelque part, c'est le coup de grâce que vient de lui donner le Mali.

Mécontent que certains Etats lui dénient son tour de passage de la présidence en exercice, à cause du double putsch d'Assimi Goïta, Bamako a en effet décidé le 15 mai dernier de quitter le G5 Sahel ainsi que toutes ses instances. A coup sûr, ce sont les djihadistes de tous poils qui doivent applaudir à tout rompre, dans la mesure où le départ du partenaire malien va jouer sérieusement sur les capacités, déjà limitées, qu'avait cette coalition.

Cela dit, on peut reprocher à Assimi Goïta et à la junte malienne de se lancer dans une fuite en avant, voyant des ennemis extérieurs et intérieurs partout, comme s'ils étaient frappés du syndrome de la persécution, mais on doit aussi avoir l'honnêteté de reconnaître que sur ce coup-ci, ils ont un peu raison.

Rien, dans les textes du G5 Sahel, ne prescrit en effet l'exclusion d'un Etat membre en raison de sa situation à domicile. D'ailleurs, putschiste pour putschiste, en quoi Assimi Goïta est plus putschiste que le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba du Burkina ou le Tchadien Mahamat Idriss Déby, qui a perpétré un coup d'Etat constitutionnel pour succéder à son père à la mort de ce dernier en avril 2021? Il y a donc comme un deux poids deux mesures qui conforte Bamako dans sa conviction qu'il y a des forces obscures, la France pour ne pas la nommer, qui tirent les ficelles en sous-main. Cela dit, que par dépit le Mali soit parti, il pourrait aussi subir l'effet boomerang de sa décision, tant les sorts des pays membres de la force conjointe, notamment le Mali, le Burkina et le Niger, sont entremêlés.

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