Sénégal: Cheikhou Oumar Guèye, Dg de l'Anaser - "Le contrôle routier sera renforcé, repensé et automatisé"

interview

Nommé Directeur de l'Agence nationale de sécurité routière (Anaser) le 24 novembre 2021, Cheikhou Oumar Guèye démarre les activités de cette structure ce 23 mai à travers une campagne nationale de sensibilisation à la sécurité routière au Grand Théâtre. Dans cet entretien, l'ancien Directeur des transports revient sur les missions de l'Anser, les objectifs attendus à travers cette campagne qui sera menée partout à travers le Sénégal.

Il y a quelques mois, vous avez été nommé Directeur général de l'Agence nationale de sécurité routière (Anaser). Quelles sont les missions de cette agence ?

L'Agence nationale de sécurité routière a pour mission globale la coordination et la gestion des activités de sécurité routière au Sénégal. Elle définit, conçoit et élabore la politique nationale de sécurité routière et met en œuvre les plans d'actions issus de cette stratégie nationale. C'est une structure de conception mais aussi d'exécution. Ses missions sont bâties sur les cinq piliers de la décennie mondiale des Nations unies sur la lutte contre l'insécurité routière 2021-2030. Ces piliers s'appuient sur les différents facteurs d'accidents. D'abord la sécurité des infrastructures.

Tout se passe sur le réseau routier. Pour cela, l'Anaser a pour mission l'audit de sécurité routière. Il s'agira, dès la conception des infrastructures routières, de faire un audit de prise en charge de toutes les questions liées à la sécurité des usagers : la signalisation routière, les panneaux de stationnement, le passage clouté, l'aménagement des ronds-points et des croisements. Le rôle de l'Anaser, c'est aussi de voir les points accidentogènes des infrastructures routières et de regarder les voies et moyens pour les traiter. Dans le nouveau Code de la route, il a été institué la limitation de la vitesse aux abords des écoles et des établissements recevant du public. Il s'agira d'habiller ce réseau en panneau de 30 km/h pour matérialiser cela.

L'autre pilier est la sécurité des véhicules. Il s'agit de trois aspects : le contrôle technique des véhicules. Nous avons en charge la contre-expertise du contrôle technique des véhicules. Il faut faire la contre-expertise des véhicules qui ont déjà un certificat d'aptitude au contrôle technique et celle des structures qui font le contrôle technique, notamment pour donner des chances d'avoir un parc assez fonctionnel sur le plan technique.

Nous avons un parc qui est assez vétuste. Notre rôle sera aussi d'impacter sur le renouvellement du parc parce que nous aurons aussi comme mission de proposer toute action, toute activité ou tout programme d'investissement tendant à améliorer la sécurité routière. À côté de la sécurisation du véhicule, il y a aussi les éléments de sécurité du véhicule. La cause principale de certains accidents sur les autoroutes est l'éclatement de pneus suite à un excès de vitesse bien sûr. Le plus souvent ce sont des pneus d'occasion importés dont on ne connaît pas les conditions d'utilisation en Europe. L'importation de ces pièces va être regardée, régulée pour ne pas dire interdite pour jouer sur la sécurité du véhicule.

Et qu'est-ce qui sera fait pour les chauffeurs ?

Pour la sécurité des usagers, nous avons trois leviers sur lesquels il faut s'appuyer. D'abord la capacitation, la formation. Il faut reprendre carrément le système d'enseignement à l'obtention du permis de conduire. Cela veut dire qu'il faut faire la refonte des auto-écoles, repenser le curriculum d'enseignement dans les auto-écoles en insistant sur l'éducation à la sécurité routière. Nous allons sensibiliser pour mieux impacter le comportement humain qui est incriminé pour plus de 90% des causes d'accidents.

Pour les comportements déviants, il faut un contrôle et une sanction. Ces deux mamelles contrôle-sanction vont permettre de dissuader les comportements déviants sur nos routes. Le contrôle routier sera renforcé, repensé, automatisé pour permettre aux gens de mieux se comporter sur la route.

Cette mission demande beaucoup de moyens financiers. Quelles sont les sources de financement de l'Anaser ?

Nous avons mis du temps pour mieux appréhender la question de l'insécurité routière et sa prise en charge sur le plan financier. Le secteur des transports peut, pour l'essentiel, financer les activités du secteur. Nous l'avons tellement compris que dans le domaine des infrastructures, nous avons créé le Fonds d'entretien routier autonome (Fera) qui tire ses sources sur la Taxe d'usage de la route (Tur). Sur chaque litre de carburant acheté par un usager, il y a un pourcentage qu'on appelle la Tur qui va au Fera. La sécurité routière est éligible aux activités du Fera. Le décret créant l'Anaser prévoit une dotation annuelle du Fera pour les activités de sécurité routière. Donc le Fera finance une partie de la sécurité routière.

Le deuxième point est le Fonds de développement des transports terrestres que nous venons de créer. Il tire ses ressources sur les activités du secteur des transports. Ce fonds aussi alloue une dotation budgétaire à l'Anaser pour lui permettre de financer des activités de sécurité routière. Au-delà de ces deux sources, il y a d'autres taxes parafiscales par exemple sur l'importation de véhicules. Un véhicule âgé de plus de 5 ans, il y a une taxe à payer lors de son introduction dans le pays. Cette taxe sera globalisée et versée dans l'Anaser pour lutter contre l'insécurité routière.

Ce sont des taxes qui permettent de soulager les finances publiques de l'État. Malgré cela, l'État, pour montrer sa bonne volonté et la haute portée de la lutte qu'il veut impulser sur la sécurité routière, prévoit une dotation budgétaire tirée du Budget consolidé d'investissement (Bci) pour doter l'Anaser. Au-delà de ces sources internes, nous avons aussi les bailleurs. Nos partenaires techniques et financiers, pour accompagner le développement économique du Sénégal, mettent beaucoup de moyens dans la prise en charge de la sécurité routière.

L'Anaser lance ce lundi la campagne nationale de sensibilisation sur la sécurité routière marquant le démarrage de ses activités. Quels sont les objectifs visés ?

Il ne faut pas oublier que l'agence vient de naître. Son budget vient d'être approuvé au mois de mars dernier. Mais nous nous sommes battus pour que, dans des délais très courts, nous soyons opérationnels. En attendant la mise en place de tous ces plans, il y a quelque chose que nous pouvons faire tout de suite et maintenant. C'est ce que le Chef de l'État a compris pour dire " n'attendons pas que tout soit prêt, commençons par ce qui est à notre portée qui est la sensibilisation ". La sensibilisation est à notre portée. Il l'a demandé plusieurs fois en Conseil des ministres et la dernière fois, il a instruit notre Ministre Mansour Faye de faire tout pour opérationnaliser l'Anaser et commencer une campagne nationale de sécurité routière pour impacter sur la recrudescence des accidents. Le ministre, après avoir reçu les acteurs, a mis en place un comité devant appuyer l'Anaser.

Ce 23 mai sera le début de cette campagne nationale qui va regrouper tous les acteurs en attendant d'aller dans les régions sous forme de Crd (Comités régionaux de développement) et d'activités d'animation dans chaque région. L'objectif est de rappeler, de conscientiser la population et d'engager tous les acteurs pour que tout le monde s'engage à mieux se comporter sur la route.

Une recrudescence des accidents de la circulation a été notée avec beaucoup de pertes en vie humaine. Est-ce que vous mesurez la lourdeur de la mission qui vous attend ?

C'est dur. Ce sont des drames sur le plan social, c'est la frange la plus importante de notre population qui est impactée. Ils sont âgés de 15 à 35 ans et c'est plus de 70% de cette population. Donc c'est la force vive de notre nation qui est en train d'être décimée. Au-delà de ces drames, les pertes économiques, ce sont plus de 3 à 4% du Pib que nous perdons. Cela aura un impact sur la pauvreté de la famille, car le bras qui supportait la famille n'est plus là. Nous mesurons à sa juste valeur la lourdeur de la mission.

Mais pour qu'elle soit allégée, nous tendons la main à tout le monde. Notre slogan c'est : " la sécurité routière, c'est l'affaire de tous ". Nous allons engager tout le monde pour qu'ensemble, nous puissions gagner le combat. Ce n'est pas un combat de partis politiques, d'activistes, de journalistes, de transporteurs.

C'est un combat de tous. Sur la question de la lutte contre l'insécurité routière, il doit y avoir un consensus national. Fort heureusement, lors du vote du nouveau Code de la route à l'Assemblée nationale, nous avons été agréablement surpris de voir que la représentation nationale a voté à l'unanimité le texte et presque sans débat. C'est tout le sens de l'appel du Chef de l'État d'en faire une affaire nationale et un sursaut national.

Le Ministre des Transports a rencontré le 10 mai les acteurs du secteur. À l'issue de cette réunion, plusieurs mesures phares ont été prises dont certaines étaient d'application immédiate. Est-ce que dans la mise en œuvre il y a un suivi régulier ?

Les statistiques montrent que l'essentiel des accidents se passent en interurbain et la nuit. Cela implique le plus souvent les véhicules de transport. Cela interpelle. Quelles sont les mesures à prendre pour l'éviter ? Après la concertation, nous avons dit qu'il faut lancer cette campagne de sensibilisation avec effet immédiat. C'est ce que nous sommes en train de faire. Le comité est mis en place et la campagne commence. Cette instruction est en train d'être suivie. L'autre décision avec application immédiate, c'est le renforcement du contrôle routier.

Les ministères de l'Intérieur et des Forces armées ont pris l'instruction pour renforcer la présence des agents préposés au contrôle routier. L'autre mesure est de voir comment réguler le transport de nuit. De par les statistiques, les accidents mortels les plus dangereux de passent entre 23h et 5h. Est-ce qu'il faut interdire le transport de nuit ou faut-il le faire à certaines heures ? Nous avons discuté et avons demandé aux acteurs de réfléchir d'ici le 30 mai, de prendre une décision et le 31 mai le ministre va faire une communication pour donner son point de vue.

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