Ile Maurice: L'ex chairman de MTCSL - L'Etat a agi sur un coup de tête

interview

L'ancien chairman de la MTC Sports & Leisure Ltd (MTCSL) et ex-administrateur du MTC revient sur ses années passées au sein de l'organisateur de courses. Dans la foulée, il ne mâche pas ses mots envers les anciens présidents du MTC, Kamal Taposeea et Jean-Michel Giraud. Pour lui, les courses auraient déjà débuté si l'ancien board de la MTCSL était toujours en place. Il nous livre aussi des détails sur sa révocation et surtout les options de la MTCSL en cas de mise sous séquestre.

La fin de mai approche. On ne sait toujours pas quand aura lieu le début de saison. Et encore moins qui sera l'entité apte à organiser les courses. Pensez-vous que le début de saison aurait déjà eu lieu avec l'ancien board de la MTCSL en place ?

Tout était, du temps où j'étais chairman de la MTCSL, en préparation pour que les courses démarrent le 23 avril. On aurait déjà commencé la saison si l'ancien board n'avait pas été révoqué. Nous avons été mis dehors le 31 mars, alors que les comptes allaient sortir le 7 avril. Il y a eu, certes, le maintien du huis clos dans le budget, mais nous étions prêts, d'autant plus qu'on venait d'avoir le "lease agreement" entre le MTC et la MTCSL.

Avant même de prétendre à sa licence de "Horse Racing Orgnaniser" auprès de la GRA, la MTCSL doit d'abord aller obtenir le bail du Champ de Mars de la Côte-d'Or International Racecourse and Entertainment Complex Ltd. Aviez-vous imaginé un tel chaos même dans vos pires cauchemars ?

Pas dans mes plus sombres cauchemars ! Le tandem MTC/MTCSL a l'expertise de l'entretien de la piste. 200 ans d'histoire ! Je pense que l'Etat a agi sur un coup de tête. Peut-être dans une tentative de punition en réponse à la réclamation de Rs 1 million par journée à la HRD (NdlR : Horse Racing Division).

Auriez-vous fait les choses différemment si vous étiez Giraud ?

Il aurait fallu plus d'humilité. Certainement ne pas ramper devant les dirigeants, ou quémander, mais avoir une approche plus souple. Cela aurait évité que la situation se ne dégrade autant. J'ai une pensée spéciale pour les employés qui doivent vivre des moments très durs. Toute cette incertitude autour d'eux a un impact non négligeable sur leur santé morale et celle de leur famille. Je me suis battu jusqu'au bout pour eux.

La MTCSL a d'ores et déjà fait connaître sa situation sur le salaire des employés pour le mois de mai. Il n'y a pas d'argent dans les caisses. Admettons que la Côte-d'Or IREC lui donne le bail du Champ de Mars, il faudra ensuite réussir le test de solvabilité auprès de la GRA pour la licence...

Si la MTCSL n'est pas solvable, elle n'aura pas le droit d'opérer. Il faut connaître l'entité qui se penchera sur la solvabilité de la MTCSL. Est-ce la GRA ? Est-ce une entité indépendante ? Mais si la MTCSL n'est pas solvable, ce sera la mise sous séquestre. Le mot n'est pas fort. Il faut l'entendre. Car, on a dit que l'ancien board a été révoqué pour avoir voulu mettre la MTCL sous "receivership". C'est complètement faux. J'ai tout simplement fait savoir que si on n'a pas les moyens de payer le salaire et pas de licence, les banques vont serrer. On n'aura pas d'emprunt. Ce sera alors fini !

Est-ce la voie en faveur d'un partenariat avec une autre entité, ou carrément une reprise des activités de la MTCSL ?

On peut avoir un repreneur en cas de mise sous séquestre. Peut-être que le MTC devra se désinvestir de ses parts. Un partenaire devra alors injecter de l'argent dans les comptes de la MTCSL et celle-ci pourra démarrer. C'est un plan B sur lequel on aurait dû réfléchir bien avant.

Vous parlez déjà de "receivership" alors que la MTCSL croit encore en sa capacité de sauver les meubles. N'êtes-vous pas un peu fataliste M. Doger de Spéville ?

Je n'éprouve aucun plaisir à avoir cette opinion. Je suis amer et triste qu'une histoire de 200 ans puisse d'un coup mourir. Mais il faut être réaliste. On voyait les difficultés nous acculer depuis un moment. Le huis clos. La hausse de la betting tax. Le hors-jeu des bookmakers "off-course". Voyez ce qui se profile. Que va-t-on faire des Rs 800 millions en termes d'asset du MTC en cas de faillite ? On va les brader pour deux sous ? Je reproche à certains de n'avoir pas jugé bon de se pencher sur ce problème en amont.

La strangulation financière du MTC aurait pu être évitée avec l'avènement de son propre Tote. N'empêche que vous, ainsi que l'ancien président du MTC, Jean-Michel Giraud, n'avaient pas jugé bon de donner suite à cette idée après la dernière assemblée générale élective. Pourquoi cela ?

On n'a pas refusé mais la priorité c'était de mettre en place la MTCSL. Il fallait mettre en place les directives de la loi à cet effet. Il fallait faire un maximum de profit ou un minimum de pertes pour les actionnaires. On était en plein adaptation. Puis, la gestion d'un Tote demande une expertise et un investissement importants. Il fallait recruter et former. Il fallait trouver des lieux pour les succursales. C'était un projet lourd.

Venons-en sur vos relations avec les deux derniers présidents du MTC. Vous n'étiez pas forcément un supporter des idées de Kamal Taposeea à l'époque. Vous partagiez plus les idéaux de Jean-Michel Giraud avant de finalement désapprouver les méthodes de ce dernier...

Le problème entre Taposeea et le reste du board, dont moi, c'était qu'il commençait à faire du MTC son jardin. On a forcé certains à signer un Non Disclosure Agreeement (NDA). Puis, on n'a plus été au courent des discussions entre le gouvernement et le comité de club. J'ai lu l'interview de Mike Rishworth... C'est bien joli ce qu'il dit mais il oublie certains détails. Le board du MTC n'a jamais été mis devant ces propositions. Je l'ai appris à l'assemblée générale, au même moment que tous les autres membres.

Il s'avère qu'il y a eu plusieurs fuites dans la presse après les réunions Etat-MTC. D'où la demande de signer un NDA. Un document que vous et le board du MTC, du moins, le reste du board, n'ont pas voulu signer. D'où l'incapacité du comité de club dont Taposeea faisait partie, de vous informer au préalable...

J'ai refusé de signer un NDA car j'ai déjà signé une clause de confidentialité auprès du MTC. Tous doivent le faire pour siéger au sein de la chambre des administrateurs.

N'empêche que les fuites d'information étaient légion...

Je ne parlais pas à la presse à propos de cela. Fallait maintenant voir d'où les fuites venaient...

Parlons maintenant de Giraud. Quelles sont les raisons derrière la dégradation des relations avec lui ?

On a la même idée dans le fond. On veut des courses propres. Que la MTCSL organise tout cela. On partage le même point de vue sur le propriétaire qui possède des chevaux un peu partout. Cela dit, la forme n'était pas bonne. Il a mal traité les employés de la MTCSL. Il a méprisé le board de la MTCSL. On était tous des lâches et des incapables. Des f*****. L'ancien CEO de la MTCSL a été poussé à la sortie comme un dernier des derniers. Il ne méritait pas cela. Giraud a été très frustré du fait qu'il n'était pas sur le board de la MTCSL. Trop d'ingérence dans les affaires de la MTCSL La cassure était inévitable.

N'empêche que la MTCSL à comme seul actionnaire le MTC, dont le président était Giraud. Ne croyez-vous pas qu'il avait son mot à dire ?

On a invité les administrateurs du MTC et ceux de la MTCSL lors d'une réunion. Le secrétaire du board, Christian Angseesing, qui est le directeur d'Executive Services, devait expliquer les relations entre l'actionnaire et la subsidiaire. Les droits et les devoirs de tout un chacun. Reste que Giraud et tout le groupe du MTC ne sont pas venus. Benoît Halbwachs, le secrétaire du club, est venu, car cela l'intéressait. On nous reproche de n'avoir pas donné des comptes. En réalité, on n'est pas tenu d'en donner à l'actionnaire. Le board de la MTCSL se devait d'être indépendant dans l'intérêt de la compagnie et de ses employés.

Justement, on vous a reproché, tout dernièrement, sur une radio privée, d'avoir caché les comptes pour l'année 2020/21 du temps où vous étiez chairman de la MTCSL...

Ce sont des affirmations graves, presque diffamatoires. Surtout lorsqu'on cache des comptes d'une compagnie publique qui roule à perte. Je pense que le contentieux sont les "pre-season expenses", c'est-à-dire entre janvier et avril 2021. La MTCSL était, jusqu'alors, une compagnie dormante. Elle obtient sa licence de Horse Racing Organiser le 3 mai. Le débat tourne atour des dépenses avant cette licence, soit entre janvier et avril 2021. Certains disent que cette dette doit passer sur les comptes de la MTCSL, alors que d'autres, dont des conseillers financiers, m'ont dit : "Denis, tu ne prends rien !" Notre corporate lawyer nous a dit la même chose. Les discussions sur les comptes de présaison ont commencé dès novembre 2021. Et cela jusqu'à mars 2022 ! (Il tape du poing). Comment peuventils venir dire qu'on a caché quoique ce soit ? Il faut être sérieux !

Racontez-nous le jour de votre révocation en tant que chairman du board de la MTCSL...

La relation MTC-MTCSL était à l'agenda d'une réunion du board du MTC. Giraud tire un papier et commence à lire. On annonce la révocation du board de la MTCSL. J'étais surpris. Je me suis retiré car on devait décider de ma révocation. J'ai attendu trois quarts d'heure à l'extérieur. Et là on dit que tout le monde est révoqué sauf Paul-France Tennant. Il fallait garder un directeur. Je suis chagrin pour lui (rires). Le secrétaire de la compagnie devait nous faire parvenir la décision du MTC par écrit. Entre-temps, j'ai appelé tout le monde pour leur annoncer la nouvelle. Et jusqu'ici on attend toujours la lettre de révocation. L'ancien board de la MTCSL a démissionné en se basant sur mon coup de téléphone et sur ce qui a été rapporté par la presse. Puis, le MTC s'est rendu compte qu'ils ont fait une gaffe. D'où la tentative de faire revenir les deux dames indépendantes.

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