Afrique de l'Ouest: Report de la décision de la CEDEAO sur le Mali, la Guinée et le Burkina Faso - L'épée de damoclès toujours suspendue sur les bérets des putschistes

analyse

Les Maliens ont sorti les "djembé" et les balafons samedi dernier sur les rives du Djoliba pour célébrer la levée du blocus imposé à leur pays par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), mais ils ont très vite rangé ces instruments après avoir appris que les chefs d'Etat ouest-africains ont décidé de ne pas aller plus vite que la musique, en s'abstenant de se prononcer sur le sort du Mali, mais aussi du Burkina et de la Guinée, à l'occasion de ce sixième sommet d'Accra.

Rendez-vous a été pris pour le 3 juillet prochain, en effet, pour savoir si l'organisation sous-régionale va atténuer ou durcir les sanctions prises contre le pays des Hommes intègres et celui de Sékou Touré, et surtout si elle va lever ou alléger les mesures de rétorsion d'une rare sévérité, infligées aux putschistes de Bamako depuis le début de l'année.

Dans ce jeu de défiance réciproque auquel se livrent les autorités maliennes et la CEDEAO, les avis divergents n'ont pas permis, cette fois-ci encore, de trouver le consensus nécessaire entre les chefs d'Etat de la sous-région pour soigner la morsure économique du Mali.

Assimi Goïta et les siens ont un mois pour conjurer le sort

Conséquence : les voyants orange qui se sont allumés dès le lendemain de la prise des sanctions le 9 janvier dernier, risquent de passer au rouge écarlate avant la fin du délai supplémentaire, quand on sait que ce pays déjà dépourvu de façade maritime, est privé de revenus en devises et connait une hausse exponentielle des prix des produits essentiels.

Du côté de Bamako, la junte estime que les tenants de la ligne dure contre le Mali au sein de la CEDEAO, espèrent secrètement que cette avalanche de tuiles va contraindre les autorités de la transition à se soumettre ou à se démettre, mais ce serait sous-estimer le soutien massif du peuple dont elle bénéficie et qui, au nom de la souveraineté nationale, n'hésitera pas à étouffer les voix éparses qui dénoncent le renchérissement du coût de la vie et la paupérisation d'une population déjà éprouvée par une décennie de crise sécuritaire. Reste à savoir si cette chape de plomb pourra être entretenue pour longtemps.

Car, avec le panier de la ménagère qui se vide de plus en plus, il est évident que les Maliens adhéreront de moins en moins à la rhétorique nationaliste ou populiste de leurs dirigeants, avec un risque élevé d'esclandre dans ce pays chroniquement instable. Assimi Goïta et les siens ont un mois pour conjurer ce sort, en faisant preuve de davantage de réalisme et de flexibilité par rapport à la durée de la transition.

On se demande d'ailleurs pourquoi, pour seulement six mois de plus ou de moins, ils prennent le risque inconsidéré de pousser économiquement le Mali dans le mur, tout en sachant qu'ils rendront des comptes tôt ou tard de leur gestion aventuriste du pays sur fond de chauvinisme de mauvais aloi et de slogans nationalistes lancés à la cantonade.

Paul Henri Sandaogo Damiba et Mamady Doumbouya devront revoir les échéances qu'ils se sont fixées pour le retour des civils au pouvoir

La nouvelle génération, au Mali comme ailleurs en Afrique, a à cœur d'avoir des relations décomplexées avec les puissances impérialistes et notamment avec la France. Mais les autorités maliennes ne doivent pas faire de ce noble combat et de cette soif légitime d'indépendance, un fonds de commerce juste pour se faire adouber politiquement, même s'il faut pour cela mettre le pays sur les rotules sur tous les plans.

Le Premier ministre Choguel Maïga risque de l'apprendre à ses dépens, d'autant qu'il pourrait quitter ses fonctions avant la fin de la transition pour laisser la place à une personnalité moins politiquement marquée, qui sera chargée d'organiser les futures élections. Ainsi, l'on assistera à l'épilogue d'un bras de fer entre des arrogants d'un côté et des orgueilleux de l'autre pour paraphraser l'Imam Mahmoud Dicko.

Mais la CEDEAO n'en aura pas fini pour autant avec les régimes d'exception, puisqu'il y a, au Sud-Est du Mali, un putschiste apparemment plus fréquentable, et au Nord-Ouest du pays, un autre plus obstiné celui-là, qui sera certainement pris à la gorge par l'instance sous-régionale dès le prochain sommet, pour sa propension à n'en faire qu'à sa guise.

Le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba du Burkina Faso et son frère d'armes, Mamady Doumbouya de la Guinée-Conakry, devront revoir les échéances qu'ils se sont fixées pour le retour des civils au pouvoir, s'ils ne veulent pas passer, comme Assimi Goïta, sous les fourches caudines de la CEDEAO.

Le Burkinabè Sandaogo Damiba a favorablement accueilli la désignation de l'ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou, comme médiateur avec qui il prendra langue afin de trouver un délai consensuel pour l'organisation des prochains scrutins ; ce qui éviterait à Ouagadougou de lourdes sanctions. Le mastodonte guinéen, Mamady Doumbouya, par contre, a, on s'en souvient, récusé l'envoyé spécial de la CEDEAO qui devait servir d'interface entre son régime et l'organisation ouest-africaine, le diplomate ghanéen, Mohamed Ibn Chambas.

Au total, on peut dire que l'épée de Damoclès reste toujours suspendue sur les bérets des trois putschistes même si, dans ces différentes parties de poker menteur, c'est le Malien Goïta et le Guinéen Doumbouya qui courent le plus gros risque en raison de leur inflexibilité réelle ou supposée.

Le Mali en paye d'ailleurs déjà le prix, puisque depuis janvier, il est incapable de rembourser l'argent qu'il a emprunté sur le marché ouest-africain, en dépit de ses avoirs suffisants dans les livres de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest dont le nouveau Directeur général, soit dit en passant, vient d'être nommé samedi dernier à Accra par les chefs d'Etat de l'Union monétaire ouest-africaine, en la personne de l'Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou.

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