Congo-Kinshasa: Visite Philippe en RDC - Et si on sortait de cette trop grande susceptibilité mémorielle?

"Philippe au Congo". Rassurez-vous, ce n'est pas le titre d'un album de Tintin, le célèbre journaliste reporter, aventurier d'Hergé, mais ça pourrait être la chronique du séjour de six jours qu'effectue depuis le 7 juin 2022 le roi des Belges en RDC. Une visite qui a lieu 12 ans après celle de son père, Albert II.

Philippe, qui séjourne dans le pays en compagnie de son épouse, la reine Mathilde, de membres du gouvernement et du Premier ministre, Alexander De Croo, a décoré un ancien combattant, Albert Kunyuku, cent ans mais encore bon pied bon œil, et restitué un masque géant au musée national de la RDC.

Le 7e roi des Belges s'est ensuite adressé au Parlement réuni au palais du Peuple à Kinshasa. Il a notamment exprimé son "plus profond regret pour le régime colonial marqué par le paternalisme, les discriminations et le racisme" avant d'appeler les deux pays à écrire une nouvelle page de leur histoire.

Ceux qui attendaient des excuses formelles en sont donc pour leurs frais. Le souverain belge, contrairement à ce que certains Congolais espéraient, n'est pas en effet allé plus loin que les simples regrets qu'il avait déjà exprimés par écrit il y a deux ans au sujet des méfaits de la colonisation.

Il faut reconnaître que son ancêtre Léopold II avait fait de ce vaste territoire de 2,3 millions de kilomètres carrés sa possession personnelle dont il usait et abusait à souhait des immenses richesses pendant que les Congolais pataugeaient dans une misère crasse. Une férule dont le point d'orgue aura sans doute été l'assassinat crapuleux de Patrice Lumumba le 17 janvier 1961 de concert avec les Américains. Comble de la férocité, le corps du premier Premier ministre du pays sera dissous dans de l'acide et il ne reste plus de lui qu'une relique, une dent, emportée par un policier belge qui a participé à son assassinat, et qui devrait être restituée bientôt à sa famille.

Philippe bat donc sa coulpe au nom de tous ses prédécesseurs et de tous ses compatriotes, même s'il faudra bien plus qu'une simple repentance pour rasséréner les relations entre les deux Etats que les brûlures de leur histoire commune séparent toujours.

Pourquoi faudrait-il d'ailleurs qu'on exige toujours des excuses plates et pardons comme si on se complaisait à regarder éternellement dans le rétroviseur au lieu de se focaliser sur le futur, comme c'est également le cas du Rwanda vis-à-vis de la France au sujet du génocide de 1994 ou encore de l'Algérie vis-à-vis de la même France pour le fait colonial et la guerre d'indépendance?

Certes, il faut toujours regarder dans notre passé, proche ou lointain, pour mieux envisager l'avenir, mais il faut se garder de se barricader dans cette susceptibilité mémorielle, pour ne pas dire dans cette "rente mémorielle", ainsi que l'avait affirmé Emmanuel Macron aux dirigeants algériens.

On a même souvent l'impression qu'une telle attitude nous exonère de notre propre responsabilité.

Qu'a fait justement le Zaïre d'abord, la RDC ensuite depuis que le pays a acquis son indépendance formelle pour construire une véritable société de progrès au bénéfice de tous? Pas grand-chose en réalité. Bien au contraire, à la prédation des colons a suivi celle des dirigeants, particulièrement de Mobutu, une sorte de Léopold II noir, qui lui aussi a régné sans partage sur le pays, dont il a accaparé les faramineuses richesses. Et les Kabila père et fils n'ont pas fait mieux.

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