Sénégal: Nouvel appel à manifester de l'opposition - Le pays retient son souffle

Le Mouvement pour la défense de la démocratie (M2D) a organisé son rassemblement commémorant les dix ans des manifestations du 23 juin 2011 contre le projet loi instituant l’élection simultanée d’un président et son vice-président avec seulement 25% des suffrages.
analyse

Au Sénégal, la tension ne fait que monter à l'approche des législatives du 31 juillet prochain, suite à l'invalidation de la liste de la coalition de l'opposition Yewwi Askan Wi pour irrégularité.

Une invalidation qui a pour conséquence l'éviction de la compétition électorale, de certains poids lourds dont Ousmane Sonko, figure montante de l'opposition sénégalaise qui a déjà challengé le président Macky Sall dans les urnes, à la dernière présidentielle.

Une situation rendue d'autant plus explosive qu'au-delà du scrutin du 31 juillet prochain censé dessiner l'architecture des forces politiques en présence, le président Macky Sall est soupçonné par l'opposition de velléités de troisième mandat à la tête du Sénégal.

Et il faut bien convenir qu'en continuant d'entretenir le flou sur la question, le natif de Fatick contribue consciemment ou inconsciemment à alimenter une polémique qui n'est pas loin de pourrir l'atmosphère sociopolitique au pays de la Teranga.

C'est dans ce contexte de tension et de crise préélectorale en gestation qu'après la très forte mobilisation du 8 juin dernier, l'opposition entend remettre le couvert le vendredi 17 juin 2022.

Les risques de débordements ne sont pas à écarter

Ce dans le but de maintenir la pression sur le pouvoir accusé d'instrumentaliser des institutions de la République à des fins politiques. C'est dire si la météo politique promet des orages du côté de Dakar où le parti au pouvoir et l'opposition semblent déjà sur le pied de guerre.

L'un affirmant sans ambages que le scrutin du 31 juillet prochain aura lieu, là où l'autre ne jure de rien si la copie de l'invalidation de ses candidatures n'est pas revue. En attendant, le Sénégal retient son souffle.

D'autant plus que les émeutes sanglantes de mars 2021 consécutives à l'arrestation du même Ousmane Sonko pour répondre d'accusations de viol, sont encore fraiches dans les mémoires.

Ses partisans y voyant à l'époque, une " tentative de liquidation politique " de leur champion par le pouvoir en place. Un an après ces douloureux événements, rien ne dit que les avis ont évolué sur la question.

Et dans le cas d'espèce du rassemblement qui s'annonce, les risques de débordements ne sont pas à écarter si la manifestation elle-même n'est pas frappée d'ici là d'interdiction. C'est dire si l'on peut légitimement nourrir des inquiétudes pour le Sénégal, à la veille de ces élections législatives.

Mais jusqu'où ira le bras de fer avec un pouvoir visiblement décidé à jouer la carte de la fermeté devant une opposition qui ne semble pas vouloir s'en laisser conter ? Bien malin qui saurait répondre à cette question.

En attendant, tout porte à croire que l'objectif de l'opposition est de jouer la carte de la victimisation aux yeux du peuple sénégalais et du pourrissement de la situation, pour pousser le président Macky Sall à ouvrir un dialogue.

Mais ce faisant, elle ne rend pas service à la démocratie si elle doit se prévaloir de ses propres turpitudes après l'établissement de ses listes qui ont été invalidées. Car, quand on aspire à gérer le pouvoir d'Etat, il faut savoir être légaliste sur les bords.

Le Sénégal doit rester au-dessus de tout

En d'autres termes, au lieu de pousser ses militants dans la rue avec tous les risques que cela fait peser sur la paix sociale, l'opposition sénégalaise ferait preuve de responsabilité en reconnaissant humblement sa faute si elle a vraiment commis des impairs dans l'établissement de ses listes. C'est aussi à cette aune-là que se mesure le patriotisme des dirigeants politiques.

En tout état de cause, dans un Etat de droit qui se veut démocratique, il n'y a pas meilleur moyen de trancher les différends que dans le respect de la loi, au risque de poser des précédents dangereux. C'est dire si dans le cas d'espèce, tout le monde a intérêt dans le respect des textes, que l'on soit du pouvoir ou de l'opposition.

D'autant que dans le camp du pouvoir aussi, il y a des candidats qui sont passés à la trappe. Mais cela ne revient pas à donner le bon Dieu sans confession au pouvoir de Macky Sall. Car, on est en politique où les actes et autres décisions des dirigeants au pouvoir, ne sont pas toujours innocents.

Mais le Sénégal doit rester au-dessus de tout. Et, il importe aux acteurs politiques de le comprendre. Car, rien ne vaut la paix. Surtout pour un pays comme le Sénégal qui a non seulement une réputation de vitrine de la démocratie à défendre sur le continent africain, mais qui reste aussi l'un des rares îlots de stabilité dans cet océan de turbulences dans la sous-région ouest-africaine.

Et s'il est vrai, comme le disent les Anglais, que là où il y a de la volonté, il y a un chemin, pourquoi ne pas chercher à trouver une solution médiane tout en restant dans la légalité, si tant est que la solution réside dans le dialogue ?

En tout état de cause, dans ce contexte de vie chère, l'opposition sénégalaise peut fragiliser le pouvoir de Macky Sall en surfant sur toutes sortes d'amalgames pour enflammer la rue.

Mais, à y regarder de près, les Sénégalais ne gagnent rien à ébranler les fondements de leur stabilité sur la base d'un contentieux préélectoral qui peut bien trouver une solution.

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