Burkina Faso: Affaire vente d'une cour familiale à Bobo - "Nous pas bouger"

L'ultimatum judiciaire lancé à la grande famille Sanou expirait hier mercredi 15 juin 2022.

C'est le moment choisi par les résidents de cette cour qui a fait l'objet de transactions commerciales " malencontreuses " pour dénoncer le mauvais traitement judiciaire de l'affaire et réaffirmer par la même occasion leur détermination à préserver ce qu'ils considèrent comme un patrimoine familial. Face à la presse, les " Sanou " n'y sont pas allés par quatre chemins pour signifier leur plein droit sur cette propriété familiale et mettent en garde quiconque viendrait à menacer leur quiétude par un quelconque déguerpissement.

L'atmosphère était très tendue hier matin au domicile des Sanou sur le boulevard de la révolution. A l'entrée principale de la cour, des femmes de tous âges, dont certaines assises à même le sol le visage crispé et le regard interrogateur. Une attitude qui en dit long sur l'anxiété qui les habite depuis l'annonce de leur départ forcé de cette cour qu'elles ont toujours habitée de génération en génération. Non loin de là, des hommes parmi lesquels des quadragénaires avaient eux aussi pris place sous un hangar.

C'est là en effet que la presse a été reçue par cette grande famille composée de grands-parents, de parents, de fils, de petits-fils, de neveux et de cousins. Un beau monde pour parler d'une même voix dans cette affaire de vente " illégale " de cour familiale qu'ils habitent depuis des lustres. Les choses sérieuses pouvaient enfin commencer avec d'abord ces versets du Coran psalmodiés par un des frères Sanou avant que le porte-parole de la famille ne prenne le micro pour faire la genèse de l'affaire. Selon Lamine Sanou en effet, cette crise remonte à 2010 lorsque, selon des rumeurs, une partie de leur héritage familial aurait été vendue par un des leurs. Convoqué devant le tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso, ce dernier, selon Lamine Sanou, n'a pas reconnu les faits qui lui sont reprochés.

Mais ce qui était donné pour rumeur se confirmera quelques années plus tard lorsqu'en 2014 un huissier de justice débarque dans la famille. Flanqué de plusieurs policiers, cet auxiliaire de justice affirmait disposer d'un avis de liquidation de la cour. Stupéfaction chez les Sanou qui n'en croyaient pas leurs yeux. Et c'était un nouveau rebondissement dans cette affaire avec une autre procédure judiciaire engagée par la famille pour l'annulation de cette vente. " Nous avons effectivement attaqué l'affaire en justice contre notre cousin auteur de la vente et qui s'est fait passer pour l'unique héritier de la cour.

Après plusieurs renvois, nous obtiendrons finalement gain de cause puisque le neveu qui a vendu la parcelle avait été débouté dans une note qui nous a été adressée le 11 mai 2018. Alors pour nous, l'affaire était pliée. Erreur. Nous serons de nouveau convoqués devant un huissier, cette fois en janvier 2021, pour nous voir signifier que la cour ne porte plus le nom des grands-parents et qu'elle a un nouvel attributaire qui serait un diamantaire résidant en Angola. Et l'huissier de nous prier de libérer les lieux en nous brandissant un permis datant de 2019 pour une affaire qu'on croyait close depuis 2018 ", raconte d'une voix tremblotante Lamine Sanou au bord des larmes. La famille Sanou n'était pas au bout de ses peines puisque les démarches entreprises pour l'annulation de ce permis datant de 2019 sont restées vaines. Et le dernier acte judiciaire dans cette affaire est cette ordonnance du 1er juin 2022 sommant les habitants de la cour de libérer les lieux au plus tard le 15 juin 2022. Une décision qui passe mal chez ces résidents.

A travers ce point de presse, ils entendaient non seulement exhorter les autorités administratives à s'impliquer pour une solution, mais aussi et surtout prendre l'opinion publique à témoin sur les éventuelles conséquences malheureuses qui en découleraient. "Nous n'avons aucune intention de faire la violence. Le Burkina souffre déjà avec le terrorisme et il ne faut pas en rajouter. Nous croyons à la justice et il appartient aussi à celle-ci de nous croire.

Cette cour est un patrimoine familial et aucun individu ne peut prétendre disposer du droit de propriété. Mais ce que je dirai avec force est que personne ne bougera d'un iota de cette cour. Il faudra peut être marcher sur nos corps pour faire sortir ces vielles femmes de cette cour. Nous restons fermes là-dessus et nous attendons le jour où l'on viendra ici pour un déguerpissement", avertit Lamine Sanou.

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