Madagascar: Adduction d'eau - La banque Mondiale met la pression sur la Jirama

La mise en œuvre d'un projet d'un montant de 220 millions de dollars, a été signée entre l'État et la Banque mondiale, hier. Il porte sur l'amélioration de l'accès à l'eau potable dans sept villes, dont Antananarivo.

L'eau est fondamentale. Des mots dits par Andry Rajoelina, président de la République, dans son allocution au palais d'État d'Iavoloha, hier. Un discours prononcé durant la cérémonie de signature de la mise en œuvre du Projet d'amélioration de l'accès à l'eau potable (PAAEP), à Madagascar. Un projet financé par la Banque Mondiale.

Alors qu'elle s'embourbe dans le sempiternel problème d'approvisionnement en électricité, le projet acté, hier, devrait être salutaire pour la Jirama dans le secteur de l'eau. Avec l'enveloppe de 220 millions de dollars du PAAEP, la société d'eau et électricité pourra s'appliquer à l'amélioration de l'approvisionnement et l'accès à l'eau potable dans sept villes. La zone Grand Tana, dont Antananarivo, Antsirabe, Antsiranana, Mahajanga, Manakara et Mananjary sont les villes bénéficiaires.

Pour Manakara et Mananjary, le projet appuiera le rétablissement du système d'approvisionnement en eau, détruit par les cyclones successifs en début d'année. Il prévoit aussi, la construction d'infrastructures devant permettre une résilience face aux catastrophes naturelles qui risquent d'être plus fréquentes, en raison des changements climatiques. Dans les autres sites, il s'agit d'améliorer, voire rénover le système d'adduction d'eau, et booster les branchements d'eau à domicile. Environ soixante mille ménages, vulnérables, devront en bénéficier.

Le branchement en eau à domicile réduira, également, les dépenses des ménages, selon les affirmations d'hier. Le coût d'un mètre cube d'eau collecté aux bornes fontaines atteint jusqu'à 5 000 ariary, tandis qu'à domicile, il serait de 750 ariary. Outre le délestage, devenu infernal ces derniers jours, les coupures d'eau figurent aussi dans les affres du quotidien dans des villes du pays dont la capitale et ses environs.

Contrat de performance

Le projet signé, à Iavoloha, selon les explications, va combler le gap d'approvisionnement en eau à Antananarivo et même d'avoir des réserves, en prévision de la saison sèche. À l'heure actuelle, le besoin journalier en eau, juste pour les habitants de la capitale est de 300 000 m3 , pourtant, la Jirama ne peut fournir que 200 000 m3 , tout au plus. À entendre le discours présidentiel, une rénovation du système d'approvisionnement en eau dans la ville des mille, vieux de 94 ans, est dans les plans.

En mettant l'accent sur la densité de la démographie et la vétusté des infrastructures d'approvisionnement en eau à Antananarivo, le président de la République a affirmé l'urgence d'une rénovation et d'une amélioration. "Ce projet est une solution salutaire, une bonne nouvelle pour la population", déclare-t-il alors. Andry Rajoelina souligne que le PAAEP découle d'un échange qu'il a eu avec David Malpass, président du groupe Banque Mondiale, lors de sa visite à Madagascar, en 2019. S'ensuivirent, selon ses dires, des séances de travail avec les équipes locales de l'institution de Bretton Woods.

Le PAAEP a été accordé vers la fin de l'année dernière. La signature d'hier lance la procédure de décaissement de l'enveloppe de 220 millions de dollars. Un projet de loi de ratification de l'accord sera programmé durant cette session ordinaire du Parlement. Selon Marie-Chantal Uwanyiligira, responsable des opérations de la Banque Mondiale pour Madagascar, le décaissement pourra se faire "dès la semaine prochaine", si tout se passe bien. Au final, plus de trois millions de personnes, dans les sept villes, en bénéficieront.

Un autre fléau que la Jirama ne parvient pas à solutionner durablement, jusqu'ici. Avec l'arrivée de l'hiver qui coïncide avec la saison sèche, la situation risque d'empirer. À s'en tenir aux discours d'hier, le PAAEP devrait être la réponse à cette autre problématique. Plus de la moitié de la somme sera, justement, destinée à soutenir les actions de la Jirama. La responsable locale de la Banque mondiale est claire, cependant. Il ne s'agit pas d'un chèque en blanc. S'adressant au directeur général (DG), de la Jirama, elle déclare, "ce n'est pas gratuit pour vous monsieur le DG".

Afin que le PAAEP ne soit pas un coup d'épée dans l'eau, la Jirama sera soumise à un contrat de performance. Il s'agit "d'avoir un plan basé sur des choses chiffrées (... ) pour pouvoir voir comment la qualité de service en matière de l'eau va se faire (... ) pour la population puisse sentir la différence et tenir responsable la Jirama avec des éléments mesurables", explique la représentante de l'institution de Bretton Woods.

Ce contrat sera un engagement de la Jirama à réformer sa gouvernance, pour assurer une viabilité financière dans le secteur de l'eau, notamment. "Tu peux toujours investir et mettre de l'argent sur l'infrastructure, mais si tu n'améliores pas la gestion et la gouvernance, ça n'ira nulle part", ajoute Marie-Chantal Uwanyiligira. Ce contrat conditionnera certains décaissements, ajoute-t-elle. Le PAAEP s'étalera sur cinq à six ans, en effet. À l'entendre, le projet devra aussi donner du souffle et une base technique pour la Jirama pour redresser le secteur électricité.

"Si nous réussissons, nous allons faire la même chose pour le secteur de l'électricité", soutient la responsable de la Banque mondiale. S'agissant des efforts nécessaires que doit fournir la Jirama pour solutionner les problèmes actuels, Andry Rajoelina glisse la portée politique du sujet. "Le président de la République n'est ni le directeur général de la Jirama, ni le ministre de l'Énergie. Mais c'est au Président que la population posera la question, d'ici peu, qu'avez vous fait pour la Jirama (... )", lance-t-il, en référence probablement à la prochaine échéance électorale.

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