Afrique de l'Ouest: Séjour du médiateur de la CEDEAO à Ouaga - Mahamadou Issoufou entre compassion et plaidoyer

Le président nigérien Mahamadou Issoufou

Moins de 2 semaines après sa désignation comme médiateur de la CEDEAO pour le Burkina, l'ancien président nigérien, Mahamadou Issoufou a fait un séjour de 48 heures à Ouagadougou.

Objectif : s'enquérir de la situation sécuritaire et humanitaire afin d'entrevoir les voies et moyens d'une sortie de la période de transition dans un délai raisonnable.

Les autorités burkinabè, on le sait, se sont donné 3 ans pour un retour à une vie constitutionnelle normale. Inacceptable, avait rétorqué la CEDEAO qui avait donné jusqu'au 25 avril dernier au Burkina, tout comme à la Guinée et au Mali pour proposer un agenda raisonnable de sortie de la transition. Ce délai écoulé, plus d'un observateur au Burkina était dans l'expectative, notamment à l'approche du sommet extraordinaire de l'organisation tenu le 5 juin courant à Accra.

La CEDEAO allait-elle durcir ses sanctions contre le Burkina à l'instar de ce qu'elle a fait contre le Mali ? Ce fut un ouf de soulagement du côté du Palais de Kosyam quand il n'en fût rien à la clôture du sommet avec l'espoir que le nouveau médiateur désigné par les chefs d'Etat va éloigner de Ouagadougou l'épée de Damoclès de la CEDEAO.

Mais avant même que Mahamadou Issoufou, n'ait pris fonction, on a assisté à un lever de bouclier dans la classe politique. Certains le jugent trop proche de l'ancien président Roch Marc Christian Kaboré et donc pas crédible pour conduire une médiation au Burkina. Les contempteurs de l'ancien président nigérien n'ont même pas attendu de le voir à l'œuvre dans ses nouvelles fonctions pour préjuger de son efficacité. En venant donc à Ouagadougou, le nouveau médiateur de la CEDEAO savait à l'avance qu'il va lui devoir beaucoup écouter et jouer à la courroie de transmission avec fidélité. En effet, Il faut éviter que l'une ou l'autre partie ne se braque et que ne s'installe un dialogue de sourd.

Pour un premier voyage et ses premiers entretiens avec les autorités burkinabè, le médiateur de la CEDEAO s'est montré plutôt satisfait, selon les termes de son communiqué final. Mahamadou Issoufou qui était accompagné, entre autres, du président de la Commission de la CEDEAO, a noté une bonne disposition au dialogue du président Damiba tout comme ne lui a pas échappé la situation humanitaire et sécuritaire alarmante du pays.

Avec 40% du territoire qui échappe au contrôle de l'Etat et près de 2 millions de personnes déplacées internes, la situation du Burkina a de quoi inquiéter et ramollir les ardeurs des partisans d'une transition brève. Du reste, la junte au pouvoir le voudrait que cela serait impossible. Le massacre de Seytenga, les flots de sang des 86 civils sauvagement assassinés, les larmes des familles endeuillées et tout le Burkina qui sort de 72 heures de deuil, ne pouvaient laisser le médiateur de la CEDEAO dans la froideur impassible d'un diplomate.

Il a dû, dans ses rencontres avec le président du Faso, le ministre de la Défense, le ministre de l'Action humanitaire, les diplomates accrédités, jouer les consolateurs, d'un pouvoir et d'un peuple affligés. Présentant ses condoléances, par ci par là, il s'est fendu d'un communiqué final aux accents de compassion et de plaidoyer, lui qui appelle à une solidarité internationale pour aider le Burkina dans une crise multidimensionnelle.

Le président Mahamadou Issoufou n'est donc pas venu à Ouaga en médiateur rigide, encore moins en père fouettard de la CEDEAO. Et le pogrom de Seytenga y est pour quelque chose. Dans une telle circonstance, il eut été mal vu que la CEDEAO hausse le ton contre le pouvoir de la transition, tout comme ce dernier ne pouvait que faire profil bas, prêt à dialoguer. Néanmoins, ce drame fut si effroyable, et la situation sécuritaire si préoccupante qu'on se garde bien de dire qu'à quelque chose, malheur est bon !

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