Mozambique: Les jihadistes au pays élargissent leurs attaques à des zones jusqu'ici épargnées

L'infirmière Vilelina fournit des médicaments au dispensaire d'une clinique mobile MSF dans le village de Nasitenge, dans la province de Cabo Delgado, au nord du Mozambique.

Au nord du Mozambique, après une relative accalmie et l'intervention sur place de troupes rwandaises et de pays d'Afrique australe, les attaques se sont à nouveau intensifiées.

La région du Cabo Delgado, riche en ressources naturelles, est le théâtre de violences jihadistes depuis 2017. Ces violences se concentraient jusqu'à présent essentiellement tout au Nord, près de la frontière avec la Tanzanie, soit autour des villes de Palma ou encore de Mocimboa da Praia. Mais elles se sont désormais déplacées vers d'autres régions.

Des attaques ont été récemment recensées dans les districts d'Ancuabe et de Chiure, des régions situées davantage au sud du Cabo Delgado et jusque-là relativement épargnées par les violences, ainsi qu'à la frontière avec la province voisine de Nampula. Au total, depuis le début du mois, une dizaine de personnes ont été tuées, et certaines victimes ont même été décapitées.

Il est encore trop tôt pour dire s'il s'agit d'un changement de stratégie de la part des jihadistes, qui lancent leurs raids sur de nouveaux terrains, ou d'une conséquence de la pression exercée par les forces armées. Mais ces changements géographiques préoccupent les spécialistes.

Les incursions plus au sud créent aussi l'inquiétude dans la grande ville de Pemba, la capitale régionale située à une centaine de kilomètres de ces zones, et où de nombreux habitants ont trouvé refuge depuis le début du conflit.

En réaction, le président mozambicain Filipe Nyusi a annoncé vouloir intensifier la réponse militaire, avec le soutien des troupes du Rwanda et de l'organisation d'Afrique australe (SADC) déployées sur place.

Selon l'ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled), le conflit a déjà fait plus de 4 000 victimes. Et la reprise des violences pourrait freiner encore davantage le retour de Total, qui a mis en pause son méga-projet gazier dans la région.

Des réfugiés forcés de fuir une deuxième, voire une troisième fois

Et ces attaques provoquent de nouveaux mouvements massifs des populations, avec plus de 17 000 déplacés depuis le début du mois, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). La grande majorité étant des femmes et surtout des enfants.

Depuis le début de la crise, il y a cinq ans, ce chiffre s'élève plutôt à 800 000 personnes qui ont quitté leur foyer. Les violences viennent dégrader un peu plus la situation humanitaire, selon Brechtje van Lith, directrice régionale de l'ONG Save the Children :

On observe des attaques dans des villages et des zones qui n'étaient pas touchées auparavant. C'est inquiétant, car les endroits où se déroulent désormais ces violences accueillent déjà des réfugiés. On a beaucoup de déplacés internes qui s'y sont installés après avoir fui le conflit ces derniers mois ou ces dernières années.

Cela déracine ces gens pour une deuxième, voire une troisième fois, ce qui est vraiment traumatisant pour eux. Et cela a aussi des conséquences sur la réponse humanitaire, qui a été freinée et connaît des difficultés. Nous avons dû nous retirer temporairement de certaines zones, d'autres sont un peu plus difficiles d'accès, et tout cela nourrit l'instabilité. Comme les attaques actuelles ne sont pas de grande ampleur, elles ne déstabilisent pas Pemba, mais cela reste inquiétant de les voir se rapprocher de la ville.

Pour Brechtje van Lith, directrice régionale de l'ONG "Save the Children", ces nouvelles violences "déracinent les gens pour une deuxième, voire une troisième fois"

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