Afrique de l'Ouest: Transition malienne - Un calendrier pour Assimi et la CEDEAO ?

Le colonel Assimi Goïta, président de la transition malienne
analyse

C'est un chronogramme déterminant qui devait être fourni "au plus tard le 22 janvier 2022", ainsi que le colonel Assimi Goïta s'y était engagé en décembre 2021. Il n'en a finalement rien été, jusqu'à ce que le 9 janvier passé, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) prennent de lourdes sanctions financières et commerciales contre le Mali.

Six mois après, la junte malienne a enfin une proposition de calendrier pour un retour à une vie constitutionnelle normale. Elle a été présentée hier 28 juin à la classe politique par le ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, le colonel Abdoulaye Maïga, assisté de son collègue de la Refondation de l'Etat, chargé des Relations avec les institutions, Ibrahim Ikassa Maïga, et de la ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Réformes politiques et institutionnelles, Sylla Fatoumata Sékou Dicko.

Cette feuille de route prévoit un référendum en mars 2023, une élection présidentielle à l'horizon 2024, ainsi que de nombreuses autres étapes intermédiaires, notamment des élections territoriales en juin, et des législatives en octobre-novembre 2023.

Cette proposition susceptible d'évoluer intervient, rappelons-le, moins d'une semaine après la promulgation de la loi électorale adoptée le 17 juin dernier par le Conseil national de transition. Elle est surtout mise sur la table avant le prochain sommet de la CEDEAO, programmé pour dimanche prochain. L'adoption de la loi électorale et le Code électoral sont autant d'opérations de charme en direction de la Communauté internationale, dans l'espoir de voir lever les lourdes sanctions qui étouffent chaque jour davantage l'économie malienne.

Lors de sa dernière conférence de chefs d'Etat et de gouvernements tenue à Accra le 3 juin, la CEDEAO s'était refusée à desserrer l'étau, au grand dam du locataire du palais de Koulouba qui avait unilatéralement arrêté la durée de la transition à 24 mois, à partir de février dernier.

En projetant la présidentielle en février 2024, le colonel Goïta campe donc sur ses deux ans. La question reste alors désormais de savoir quelle sera la réaction de la CEDEAO, qui elle, table sur 16 ou 18 mois.

Il n'est donc pas sûr que l'alchimie de Goïta prenne, même si le Ghanéen Nana Akufo-Addo et ses pairs peuvent être piégés par la nouvelle donne. Donner un blanc-seing à Goïta reviendrait à perdre la bataille politico-diplomatique engagée. Rester sur sa chaise de fer à ergoter les six misérables mois ne changerait pas grand-chose à la situation malienne.

Au-delà de ce problème calendaire, la grande question qui taraude tous les esprits est surtout de savoir si par petits taux successifs, l'ancien patron des Forces spéciales maliennes ne se met pas en embuscade pour, le moment venu, légaliser démocratiquement par les urnes ses deux coups d'Etat, en se portant candidat à la magistrature suprême.

Et si tel devait être le cas, que pourrait bien faire la CEDEAO, elle qui a si souvent fermé les yeux sur des coups d'Etat constitutionnels ?

La question mérite d'être posée d'autant que ce serait de nouveau un fâcheux précédent qui pourrait inspirer d'autres putschistes, burkinabè et guinéen, qui avaient déjà marché sur les pas de Goïta.

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