Afrique: Le départ des Nigériens vers la Libye en hausse

Une famille déplacée marche dans un camp de fortune à Ouallam, au Niger.

La migration irrégulière des Nigériens vers la Libye a augmenté. C'est ce qui ressort d'un rapport paru en juin de l'initiative mondiale contre le crime organisé transnational. Les Nigériens ont atteint un peu plus de 122.000 en septembre, représentant 20% des migrants en Libye. Un chiffre similaire à celui de décembre 2019, avant la Covid-19.

Les auteurs du rapport lient cela à la réouverture des frontières nigériennes. S'ajoute par ailleurs la reprise du convoi militaire entre Agadez et Dirkou au Niger, comme l'explique Alice Fereday, auteure du rapport, analyste senior auprès de l'ONG Initiative mondiale contre le crime organisé transnational.

Alice Fereday : Après par exemple les récoltes en octobre, en général, on voit qu'il y a de nombreux Nigériens qui recherchent des opportunités d'emplois saisonniers en Libye, qui vont faire appel aux services des passeurs pour les amener. En général, il ne s'agit pas d'une installation permanente ni d'une migration vers l'Europe et beaucoup d'ailleurs restent dans le sud libyen.

DW : Évidemment, la situation politique en Libye est très délétère.

La situation politique et sécuritaire en Libye, et en particulier dans le Sud, représente un vrai risque pour les migrants. Ça peut prendre différentes formes, que ce soit la petite criminalité ou encore les activités des réseaux criminels qui pratiquent des enlèvements contre rançon, des formes d'extorsion, des violences, des formes de traite des êtres humains aussi.

DW : S'il y a des départs vers la Libye, y a-t-il aussi des expulsions ? D'autant qu'il faut un visa pour aller en Libye.

Même si le transport des migrants étrangers a été interdit au Niger, en 2016, le transport de Nigériens vers la Libye et dans le sens inverse a toujours été toléré et bénéficie même, par exemple, de la protection du convoi militaire d'Agadez jusqu'à Dirkou. Le Niger et la Libye ont signé un protocole d'accord qui vise à protéger les travailleurs migrants, en leur délivrant donc des visas de travail pour les Nigériens qui travaillent en Libye. Mais pour l'instant, il semblerait qu'il n'y ait pas encore eu vraiment d'avancées dans la mise en œuvre.

Et par contre, donc en totale contradiction avec ce développement-là, à partir de fin novembre 2020, effectivement, il y a eu les expulsions de Nigériens de la Libye vers le Niger. Les migrants ont été arrêtés, détenus à la base aérienne de Tamanhint, proche de Sebha, avant d'être expulsés en camion vers le Niger jusqu'à Toummo.

Plusieurs opérations d'expulsion de ce type ont eu lieu entre novembre 2021 et mars 2022. Et au début, ces expulsions ont surtout ciblé des Nigériens et ensuite, début 2022, il y a aussi eu de nombreux non-Nigériens, dont principalement des Nigérians qui ont été expulsés vers le Niger, y compris des femmes et des enfants. Et il semblerait que ces opérations ont vraiment eu lieu en dehors de tout cadre légal en fait.

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