Afrique de l'Est: Rencontre Tshisekedi-Kagame à Luanda - Au-delà des accolades et des poignées de main...

Président de la RDC, Felix Tshisekedi (g) et Le Président du Rwanda Paul Kagamé (d)
analyse

La tension est vive entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, depuis que les autorités de Kinshasa ont ouvertement accusé Kigali de soutenir les rebelles du M23 qui sévissent dans l'Est de leur pays.

Ces derniers taillent des croupières aux Forces armées de la RDC (FARDC) qui ont perdu des localités du pays comme la ville de Bunagana, récemment tombée entre les mains des rebelles. Malgré les appels à l'apaisement et à la désescalade, la tension reste toujours palpable.

Et la situation est d'autant plus préoccupante qu'au-delà des piques et autres passes d'armes entre les officiels, les discours de haine se multiplient au sein des populations contre certaines communautés.

De nombreux Congolais ont même battu le macadam dans plusieurs villes du pays, pour appeler à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et au rappel de leurs ambassadeurs respectifs.

C'est dire si la hache de guerre est véritablement déterrée entre Kinshasa et Kigali qui ne sont pas loin de se regarder aujourd'hui en ennemis déclarés.

Reste à espérer que cette médiation puisse porter fruit

La méfiance entre les deux pays est telle que la RDC n'est pas passée par quatre chemins pour s'opposer à la présence de soldats rwandais dans le contingent militaire que l'organisation sous-régionale se propose de déployer en RDC pour tenter de mettre fin au conflit.

Toute chose qui interpelle vivement la communauté internationale à prendre la mesure du péril pour s'employer à éteindre le feu pendant qu'il est temps, de peur qu'il ne finisse par tout embraser. C'est dans ce contexte que les initiatives se multiplient pour trouver une solution en vue du retour de la paix.

La dernière en date est la médiation du président angolais, Joao Lourenço, qui a invité les deux chefs d'Etat, Félix Tshisekedi et Paul Kagame, à Luanda, aujourd'hui 6 juillet 2022, pour une rencontre de conciliation. Réussira-t-il à leur faire fumer le calumet de la paix ? C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

D'autant plus qu'à l'image de la plupart des peuples de cette région des Grands lacs, la RDC et le Rwanda sont liés par l'histoire et la géographie. Ils sont donc condamnés à s'entendre pour espérer vivre dans la paix. C'est pourquoi la rencontre de Luanda qui vise à favoriser un tête-à-tête entre les deux chefs d'Etat à l'effet de trouver les voies et moyens de désamorcer la crise, est une initiative à saluer. C'est déjà un pas vers la paix.

Et cela est à l'honneur de l'hôte du jour. Car, comme l'enseigne la sagesse africaine, " quand la case du voisin brûle, il faut l'aider à éteindre l'incendie ". Reste maintenant à espérer que cette médiation puisse porter fruit. Toute chose qui nécessite de la part des deux leaders, de la sincérité dans les discussions.

Car, il ne sert à rien de venir négocier avec un couteau dans le dos. Cela ne pourrait être que contreproductif. Même si ce ne sont pas des raisons de s'en vouloir ou de régler les comptes par groupes armés interposés, qui manquent entre Kigali et Kinshasa.

L'histoire est riche en enseignements, de guerres qui finissent presque toujours autour d'une table de négociations

La réalité étant qu'autant la RDC soupçonne le Rwanda de soutenir les rebelles du M23, autant Kigali ne voit pas d'un bon œil la présence des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) qu'elle considère comme une menace pour son régime, sur le sol congolais, quand elle n'accuse pas Kinshasa de collusion avec ces forces rebelles.

C'est pourquoi, au-delà des accolades et des poignées de main que ne manqueront pas d'échanger les deux dirigeants, l'on espère qu'ils sauront se dire, en toute courtoisie, les vérités dans une volonté affichée de tourner la page.

Et surtout qu'ils pourraient parvenir à un compromis en vue de trouver une solution à la problématique des fauteurs de troubles des deux côtés de la frontière commune. Toute alternative autre qu'une solution politico-diplomatique visant à accorder les violons au sommet, pourrait être lourde de dangers pour toute la région des Grands lacs.

Et personne n'y a intérêt. En tout état de cause, en matière de conflits, l'histoire est riche en enseignements, de guerres qui finissent presque toujours autour d'une table de négociations.

Et plus vite on y va, mieux cela vaut. C'est pourquoi l'occasion ne pouvait pas être plus belle pour les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, non seulement de dégager leurs responsabilités respectives, mais aussi et surtout de travailler à poser les jalons d'une paix durable et d'une confiance retrouvée entre pays frères et voisins.

Et qui sait si, à travers cette mission de bons offices du président angolais, ce n'est pas l'appel du représentant du pape récemment en visite en RDC à la place du souverain Pontife empêché, à une plus grande implication de la communauté internationale, qui a été entendu ?

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