Afrique de l'Est: RDC-Rwanda - Tracer les sillons d'un retour à la paix

analyse

C'est peut-être un tournant décisif dans le conflit qui oppose la République démocratique du Congo (RDC) au Rwanda. Les chefs d'Etat des deux pays, Félix Tshisekedi et Paul Kagamé doivent, sauf changement de dernière minute, se rencontrer ce mercredi à Luanda en Angola pour tenter de passer l'éponge sur leur différend. Les deux pays se regardent en chiens de faïence depuis que le groupe rebelle M23 a repris les hostilités contre l'armée congolaise dans l'Est du pays, près des frontières rwandaise et ougandaise.

En effet, Kinshasa accuse son voisin de soutenir le mouvement rebelle qui avait pourtant été anéanti en 2013 par son armée. Une situation qui a conduit les deux pays à monter sur leurs grands chevaux. Mise en garde, suspension des vols de la compagnie Rwandair, convocation d'ambassadeur, interventions militaires pour ne citer que ceux-là sont autant d'ingrédients annonciateurs d'un vent d'escalades de la violence entre le géant de l'Afrique centrale et son voisin de l'Est.

Fort heureusement, contre toute attente, les deux dirigeants ont accepté la main tendue du président angolais, Joao Lourenço, pour une médiation souhaitée par l'Union africaine. Si cette décision audacieuse des deux chefs d'Etat a été saluée par plus d'un, il n'en demeure pas moins qu'elle demeure comme une pilule difficile à avaler par une certaine opinion. En effet, le mouvement citoyen " la Lucha ", très actif au Congo ne voit pas d'un bon œil ce tête-à-tête en terre angolaise.

Convaincu que la guerre demeure la seule alternative crédible pour résoudre définitivement cette question, le mouvement s'est dit sidéré par la décision du président congolais de négocier avec leur ennemi juré. Selon l'entendement des responsables de " la Lucha ", la volonté d'aller en pourparlers n'est ni plus ni moins qu'un aveu d'impuissance de leur président face aux manœuvres orchestrées contre leur pays.

Ils craignent que des accords supplémentaires ne soient scellés pour mettre davantage en péril la souveraineté économique et territoriale de leur précarré. A y voir de près, ils n'auraient pas si tort, quand on sait que cette partie de l'Afrique reste l'objet de convoitise de bon nombre d'acteurs plus préoccupés à pomper ses ressources. Cette interpellation mérite d'être prise en compte par le médiateur s'il veut vraiment réussir sa mission. Connaissant mieux le dossier, il serait préférable qu'il garde une certaine neutralité, ce qui amènerait les plus sceptiques à se convaincre que cette crise peut trouver une solution par la voie pacifique.

Les parties belligérantes devraient aussi s'abstenir d'aller à la table de négociation avec des couteaux sous les manteaux. Ce serait en ce moment préparer un ring pour des adversaires qui n'attendaient que le moindre faux pas de l'ennemi pour prendre le dessus. Une fois ces conditions réunies, le président angolais pourra alors se réjouir d'avoir tracé les sillons d'un retour à la paix dans cette partie du continent noir.

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