Ile Maurice: Dette publique - Jugée insoutenable, notre stratégie de consolidation fiscale sous la loupe de Moody's

Nouveau coup dur pour l'économie mauricienne, l'agence de notation Moody's ne cache pas ses inquiétudes quant à la capacité de l'économie mauricienne à absorber les chocs économiques futurs et abaisse sa notation de Baa2 à Baa3. Au cœur de cette nouvelle gifle se trouve un indicateur : la dette publique. Le Budget 2022-2023 prévoit que le niveau de l'endettement public, estimé à 87,4 % à juin 2022, devrait atteindre les 78 % d'ici à juin 2023, soit 2 % de moins que notre ancrage fiscal de 80 %. Or, si nos objectifs sont clairs, ce sont nos méthodes et stratégies jugées "insoutenables" qui inquiètent Moody's.

En effet, selon l'agence de notation, le recours de l'État à des mesures ponctuelles et à des politiques non conventionnelles au cours des deux dernières années réduit la capacité de Maurice à absorber les chocs futurs. On y retrouve évidemment la dépendance du gouvernement au printed cash de la Banque centrale, les transferts des entreprises publiques à la caisse de l'État et les ventes d'actifs.

Les dépenses du gouvernement ont été largement financées par la Banque de Maurice (BoM) et la Mauritius Investment Corporation (MIC). On se rappellera le transfert de Rs 18 milliards des réserves de la BoM à l'État en 2019- 2020 et de l'emprunt de Rs 15 milliards de la Banque centrale toujours. La prochaine année financière 2020-2021 a vu le transfert de Rs 60 milliards des réserves de la BoM à l'État, sans oublier les Rs 25 milliards de la MIC en 2021-2022.

Poids de l'inflation

Par conséquent, même si la dette publique diminue sur le court terme, la solidité budgétaire, un facteur clé de la notation Moody's, ne s'est en revanche pas nécessairement améliorée. Les transferts de liquidités excédentaires des entreprises d'État, dont le CEB ou la FSC, entre autres, vers le gouvernement central peuvent réduire le déficit budgétaire sur le court terme, mais au prix d'un possible besoin de transferts du gouvernement central vers ces entreprises d'État à l'avenir

Il ne faut pas négliger le poids de l'inflation dans cette équation. Si elle pèse lourd sur les Mauriciens, l'inflation est pourtant bénéfique pour solder la dette, gonflant le PIB nominal du pays vis-àvis de la dette, à travers les recettes fiscales (la taxe). Or, réduire la dette par l'inflation ne fonctionnera que pendant une courte période, car l'inflation entraîne une augmentation des dépenses sociales pour compenser la perte du pouvoir d'achat des Mauriciens.

La vente des actifs de l'État pour Rs 22 milliards pour l'année financière 2022-2023 est aussi très incertaine et ne compte pas comme une solution pour solder la dette. Selon Moody's, finalement, si ce type de mesures ponctuelles peut réduire les besoins de financement et la charge de la dette dans l'immédiat, on peut difficilement établir une tendance fiable pour les prochaines années, sachant que cette période d'incertitude économique est appelée à durer à Maurice comme dans le monde.

Le gouvernement devra donc probablement prendre des mesures supplémentaires sur le plan fiscal, à travers une baisse des dépenses publiques, qui s'ajoute à la reprise continue de l'économie via les exportations et le tourisme entre autres, pour compenser une augmentation des dépenses étatiques, incluant l'augmentation de la pension de vieillesse. L'introduction de certaines mesures dont la Contribution sociale généralisée devrait aussi aider à booster les revenus de l'État et le gouvernement devra mettre un frein à ses mesures populistes temporairement pour privilégier une consolidation fiscale efficace.

Il serait donc opportun d'expliquer et de responsabiliser la population sur nos réalités économiques plutôt que de jouer la carte du "tout va bien". Une population au courant peut comprendre et adapter ses habitudes de consommation en conséquence.

De même, l'État doit éviter de céder aux lobbies du secteur privé à qui un faible taux d'intérêt et une forte inflation sont bénéfiques, de même que le gouvernement doit faire le tri de ses priorités budgétaires et réduire son train de vie et les gaspillages. Il est aussi de la responsabilité de l'opposition d'éviter le jeu de la surenchère des mesures populistes. Les changements et les mesures fortes, c'est pour maintenant.

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