Centrafrique: Trois Casques bleus tués alors que la situation sécuritaire demeure précaire

Des casques bleus et des uniformes de l’ONU.
5 Octobre 2022

Trois Casques bleus du Bangladesh ont été tués suite à la détonation d'un engin explosif contre un convoi de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA), survenue le 3 octobre au soir sur l'axe Koui-Bohong dans la préfecture d'Ouham-Pendé. Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, s'est dit profondément attristé par la mort de ces Casques bleus.

Un autre Casque bleu est toujours dans un état critique, a précisé le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, dans une déclaration à la presse publiée mardi soir.

" Le Secrétaire général exprime ses plus sincères condoléances aux familles des Casques bleus décédés ainsi qu'au gouvernement et au peuple du Bangladesh. Il souhaite un prompt rétablissement au blessé ", a-t-il ajouté.

Le chef de l'ONU a rappelé que les attaques contre les soldats de la paix des Nations Unies peuvent constituer un crime de guerre au regard du droit international. Il a appelé les autorités centrafricaines " à ne ménager aucun effort pour identifier les auteurs de cette attaque, afin qu'ils soient rapidement traduits en justice ".

" Le Secrétaire général appelle les autorités centrafricaines à lever la restriction sur les vols de nuit qui impacte négativement la sûreté et la sécurité des Casques bleus qui prennent quotidiennement des risques considérables pour soutenir les autorités nationales ", a ajouté son porte-parole. " Le Secrétaire général réaffirme la solidarité des Nations Unies avec le peuple et le gouvernement de la République centrafricaine ".

Une situation sécuritaire précaire

A Genève mercredi, un expert indépendant de l'ONU a noté que malgré les efforts de restauration de la paix et d'avancées dans certaines parties du pays, certaines provinces demeurent dans une situation sécuritaire précaire.

En dépit de la déclaration d'un cessez-le-feu unilatéral du Président de la République le 15 octobre 2021, la situation sécuritaire est marquée par une résurgence des attaques des groupes armés.

" Depuis avril, on assiste à une résurgence des attaques des groupes armés qui ciblent les positions des Forces armées centrafricaines et commettent des violations sur les populations civiles ", a déclaré Yao Agbetse, Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme en RCA.

Devant le Conseil des droits de l'homme, l'expert togolais a pointé du doigt la présence des éléments de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) à Sam-Ouandja (préfecture de Haute-Kotto), dans le Nord-Est du pays. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des autorités locales et de plusieurs habitants de la région, le CPC est mobile sur l'axe menant vers le Soudan.

Plusieurs localités vidées de leurs habitants

Dans le Nord-Ouest, dans la sous-préfecture de Ngaoundaye, le groupe Retour, Réclamation et Réhabilitation (3 R) a visé les positions des Forces armées centrafricaines et commis des exactions contre les populations civiles. " L'insécurité est un obstacle à l'exercice effectif de plusieurs droits ", a dit l'expert.

En raison de cette insécurité, plusieurs localités sont vidées de leurs habitants, qui se sont réfugiés dans la forêt. Dans les localités où l'accès à l'éducation est encore possible, le nombre d'élèves ayant passé cette année le brevet d'études du premier cycle a significativement diminué par rapport aux années sans violences.

Cette insécurité s'est également traduite par des abus et violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l'homme. Du 1er juillet 2021 au 30 juin 2022, la MINUSCA a ainsi documenté plus de 1.200 incidents d'atteintes affectant un total de 3.200 victimes, dont plus de 760 enfants.

Exécutions sommaires et extrajudiciaires

Cela représente une hausse de plus de 20 % du nombre d'incidents et une augmentation de 80 % du nombre de victimes par rapport à la période précédente. Un total de 566 incidents affectant 1.425 victimes sont imputables à des acteurs étatiques.

Les 633 incidents restants et ayant affecté 1.722 victimes sont imputables à des groupes armés. Selon l'expert indépendant onusien, les groupes armés membres de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) en sont les principaux auteurs.

Les principales violations sont les atteintes au droit à la vie (657 victimes, dont 50 femmes, dix filles et 44 garçons), en particulier des exécutions sommaires ou extrajudiciaires (480 victimes, dont 31 femmes, sept filles et 33 garçons). Il y a également des cas de traitements cruels et dégradants, ainsi que des blessures par balles ou armes blanches dans le contexte des opérations militaires et des attaques des groupes armés.

Attaque du village de Boyo en décembre 2021

Faisant référence à l'attaque brutale et organisée du village de Boyo en décembre 2021, l'expert a indiqué que les violations des droits de l'homme commises par l'armée nationale centrafricaine (FACA) et les forces de sécurité intérieure (FSI) et leurs auxiliaires étaient " inacceptables ". Les alliés russes et les FACA auraient apporté leur soutien et leur appui à la milice " Anti-Balaka " qui a commis des atrocités à Boyo.

Il s'agit notamment de décapitations et de violences sexuelles. Ces violences ont contraint des milliers d'habitants à fuir. " La gravité de ces faits exige des réponses appropriées des autorités nationales envers les victimes ", a dit l'expert indépendant onusien.

Ces brutalités ont engendré d'importants mouvements de population. Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de septembre 2022, le nombre de personnes déplacées sur le territoire centrafricain était de 655.000 et celui des réfugiés centrafricains s'élevait à 740.000. Au cours de cette année, plus de 60% de la population centrafricaine (3,1 millions de personnes) ont besoin d'aide humanitaire et de protection.

Prolifération des discours de haine et d'incitation à la violence

Concernant, les discours de haine et d'incitation à la violence, la prolifération des messages de haine, les incitations à la violence et le recours à la manipulation, à la désinformation et à la mésinformation dans les médias et les réseaux sociaux sont sources de vives préoccupations. Ces menaces et expressions récurrentes de rejet empoisonnent les relations entre les autorités centrafricaines, les partis d'opposition et les organisations de la société civile.

Selon l'expert, une telle situation dégrade la confiance des acteurs et entrave le processus de réconciliation et la marche vers la paix. " Ces menaces font planer sur les prochaines élections locales un péril dangereux ", a insisté l'expert indépendant, exhortant " les partenaires techniques et financiers qui se livrent à la manipulation et à la désinformation sur les réseaux sociaux à cesser immédiatement ces pratiques ".

Outre les poursuites contre les auteurs des discours de haine, l'expert estime que la réponse politique est aussi nécessaire pour mettre un terme à ces " comportements contraires à la recherche d'une paix durable ". Il a ainsi salué l'Arrêté du 22 septembre 2022 du ministre de l'Administration du territoire portant suspension des activités de l'association dénommée " Plateforme de la Galaxie Nationale Centrafricaine (PGNC) " qui s'est distinguée par des messages de haine et de menace sur les réseaux sociaux.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 100 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.