Guinée Equatoriale: Quand les Obiang se battent

C'est la télévision d'Etat équato-guinéenne qui en a fait l'annonce : Ruslan Obiang Sue a été arrêté et est en résidence surveillée. Si son prénom ne dit pas grand-chose au commun des mortels, son patronyme en revanche laisse entrevoir qu'il s'agit d'un éminent membre du clan Obiang, avec à sa tête le père Teodoro Obiang Nguema Mbasgo, qui règne sur la destinée des Equato-Guinéens depuis - excusez du peu -1979. Mais le plus ahurissant dans l'affaire est que l'intéressé a été interpellé sur ordre direct de son frère, Teodorin, qui n'est autre que le vice-président du pays, et, on est en Afrique, dauphin putatif de son père qui règne sur un petit émirat pétrolier.

Le grief : Ruslan est accusé d'avoir vendu un avion, précisément un ATR 72-500, de la compagnie nationale dont il est le tout-puissant président, un aéronef qui était en révision depuis 2018 en Espagne. La révélation de cette affaire a suscité l'indignation nationale, et le demi-frère Teodorin, qui se veut le justicier de la cause nationale, a visiblement tranché dans le vif. "Ruslan a avoué qu'il a été la personne qui a vendu l'ATR. Je ne vais pas me laisser emporter par le familialisme et le favoritisme, c'est pourquoi j'ai ordonné son arrestation immédiate ", a-t-il informé.

Si ce qu'on reproche à l'ancien ministre des Sports et de la Jeunesse est avéré, quoi de plus normal qu'il soit inquiété... même si celui qui l'a fait arrêter, qui veut se prendre pour un parangon de vertu, est très mal placé pour jouer au donneur de leçons. N'est-ce pas le même Teodorin Obiang Nguema qui aimait à multiplier frasques sur frasques en Occident, englué jusqu'au cou dans les " Biens mal acquis ", accumulant en Espagne, en France, en Suisse et peut-être ailleurs des biens (hôtels particuliers, voitures de luxe, montres et bijoux sertis de diamant) estimés à plus de 150 millions d'euros ?

En 2021, le vice-président de la Guinée équatoriale a été condamné en France à 3 ans de prison et à 30 millions d'euros d'amende avec sursis ainsi qu'à la confiscation de l'ensemble de ses biens saisis pour avoir été reconnu coupable d'abus de biens sociaux, de détournement de fonds publics, d'abus de confiance et de corruption. Qu'un tel personnage au passé sulfureux prétende qu'il ne va pas tomber dans le " familialisme " et le " favoritisme " laisse perplexe. C'est l'hôpital qui se moque de la charité !

Le problème, c'est qu'au-delà de la gestion des deniers publics, cette affaire sonne comme un scandale dans la famille Obiang. Passe encore si c'étaient des frères utérins. Mais étant donné qu'ils sont consanguins, il ne serait pas exagéré d'y voir une forme de rivalité entre deux premières dames, au grand embarras du patriarche qui doit être dans ses petits souliers.

Et tout est en train de partir en vrille. Tout de même curieux que celui qui a régné et qui régente toujours d'une main de fer le pays, ses hommes, ses animaux, ses plantes et toutes autres choses ne puisse mettre de l'ordre dans son petit cercle familial. Et si derrière ce fait d'humeur se cachait une guerre larvée de succession entre héritiers du trône ? On se demande donc bien ce qui va se passer lorsque le Kim Il-sung équato-guinéen, qui aura 81 ans le 5 juin prochain, ne sera plus là. En attendant, ses administrés suivent, amusés, ce mélo-drame familial digne des télénovelas.

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