Ile Maurice: Trafic de drogue et institutions - Pravind Jugnauth soutient Dip contre le DPP

Ceux et celles, y compris dans son gouvernement, qui se demandaient si Anil Kumar Dip avait obtenu l'aval du Premier ministre (PM) avant de s'en prendre au Directeur des poursuites publiques (DPP) et indirectement à la magistrate Jade Ngan Chai Kin, dans la libération de Bruneau Laurette, peuvent se rassurer : Pravind Jugnauth est entièrement d'accord avec son commissaire de police (CP).

Lors d'une cérémonie à l'occasion de la Journée internationale de la femme, hier, à Pailles, à la tribune, le PM a non seulement affiché son approbation totale aux propos du CP, auquel il a fait clairement référence, mais a qualifié la décision du DPP (sans le citer) de "pire qu'un evil precedent". C'était lorsqu'il parlait du "combat inlassable de son gouvernement contre la drogue". On pensait qu'il allait se retenir d'aborder un tel sujet après les récentes révélations sur le trafiquant de drogue Franklin.

Pravind Jugnauth a donc surpris par son audace hier. Était-ce parce qu'il n'avait pas à répondre aux questions de la presse ou parce que c'était un discours one-way comme il les aime ? Ou alors, le CP s'attendait-il que le PM le soutienne en public, après la pluie de critiques qui s'est abattue sur Dip à la suite de ses attaques ouvertes contre le DPP? Toujours est-il que le PM a encore répété que "jamais autant de saisies de drogue par milliards de roupies n'ont été réalisées".

Lorsque Maneesh Gobin avait tenté de rejouer cet air le 8 février, les questions des journalistes l'avaient fait littéralement prendre la fuite. Car on commence à s'interroger sur la part de mise en scène de ces saisies. De plus, les ministres parlent bien moins ou pas du tout de condamnations, qui ne seraient qu'au nombre de trois en 2022. C'est sans compter les véritables parrains qui demeurent libres et les affaires toujours "en cours".

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Pas Franklin mais Laurette

Il y a bien sûr eu l'arrestation de Jean Hubert Celerine, alias Franklin. Cependant, celui-ci n'est actuellement inquiété que par des accusations de blanchiment d'argent, la police mauricienne n'étant pas encore décidée à le poursuivre pour trafic de drogue. Franklin, donc, qui s'est fait prendre par les Réunionnais, n'a fait l'objet d'aucune allusion directe ou indirecte de la part de Pravind Jugnauth hier. Non. Le PM s'est concentré sur le cas de Bruneau Laurette, pourtant innocent jusqu'à preuve du contraire, et s'est s'attaqué à "certaines personnes de certaines institutions qui prennent des décisions qui sont pires que des evil precedents". Alors que, a-t-il ajouté, de braves policiers mettent leur vie en danger en chassant les trafiquants.

Or, Franklin a non seulement été condamné pour trafic de drogue par le tribunal correctionnel de St-Denis, mais son cas a suscité des commentaires très négatifs de la part de la juge réunionnaise quant à nos institutions qui ne fonctionnent pas pour elle. Doit-on rappeler les propos de la juge ? "Une commission rogatoire internationale était délivrée aux autorités Mauriciennes aux fins notamment de procéder à l'interpellation de Jean Hubert Celerine et Jérémy Décidé. En dépit des engagements des autorités policières aucune suite n'était donnée par les autorités requises de sorte que les deux hommes manifestement localisés étaient convoqués aux fins d'interrogatoire de première comparution. Eu égard à la carence des deux intéressés, mandats d'arrêt étaient décernés à leur encontre et PV de recherches infructueuses sur le territoire national était dressé..."

Ces institutions-là, notamment le bureau de l'Attorney General, la police et le PMO, bénéficient donc toujours de toute l'estime premier-ministérielle. Mais pas le DPP, qui en décidant qu'une demande de révision contre la libération, provisoire, de Bruneau Laurette, n'était pas envisageable, a subi les foudres du PM.

Certes, Pravind Jugnauth n'a cité aucun nom mais s'est servi à volonté d'innuendos pour porter ses messages.

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