Congo-Kinshasa: La communauté internationale porte l'entière responsabilité de la déstabilisation de la RDC

La République Démocratique du Congo est bel bien victime de ce qui paraît aujourd'hui, comme un complot international contre l'existence d'un Etat souverain. L'insécurité instaurée à dessein dans la partie orientale du pays, et qui a duré près de trois décennies, procède de ce plan. Au premier rang des accusés, figure la communauté internationale, avec les Nations-Unies en tête.

Vouloir se disculper de cette responsabilité historique, et surtout chercher à l'imputer aux dirigeants congolais, n'est ni plus ni moins que de la malhonnêteté de la communauté internationale, qui a sûrement la conscience chargée des morts que la situation qu'elle avait créée a entraînés, au fil des années, parmi la population congolaise.

L'éclairage de Léon Kengo wa Dondo

Dans une interview qu'il avait accordée peu après la chute du régime Mobutu, dont il fut Premier ministre au moment du génocide rwandais, lequel avait entraîné la vague des réfugiés en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), Léon Kengo wa Dondo décrit de manière limpide et sans équivoque l'origine de l'insécurité qui a élu domicile à l'Est de la RDC, que certains membres de la communauté internationale, en commençant par l'ONU et quelques membres permanents du conseil de sécurité, voudraient imputer aux dirigeants congolais, au motif qu'ils seraient incapables d'imposer l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire national.

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Dans cette interview qui met en lumière les faits, et actuellement en circulation sur la toile, l'ex-président du Sénat et Premier ministre, dont nous relayons ci-dessous quelques extraits, démontre comment l'ONU avait imposé à la RDC la situation qui a donné naissance au drame dont nous déploront aujourd'hui les conséquences.

Lorsque j'ai décidé avec mon gouvernement que tous les réfugiés devaient quitter le territoire de mon pays au plus tard le 31 décembre 1995, le Président Mobutu me dit que ce n'est pas comme ça, prends une position contraire.

Et je reçois de la communauté internationale, le Secrétaire Général des Nations unies Boutros Ghali, le Sous-secrétaire d'État George Mouss, le directeur pour l'Afrique Rochereau de la Sabriere pour me dire: non, il faut suivre la voie du président de la République. Faut pas vous opposer au président sur ce chapitre. Alors que toute la population du Kivu avait mobilisé des moyens de transport pour aider les réfugiés à rentrer.

La vérité est que la communauté internationale ne voulait pas. Alors que la même communauté internationale, par deux résolutions du Conseil de sécurité, avait voté le déploiement de la force multinationale qui devait constituer le couloir de sécurité pour permettre aux réfugiés de rentrer dans la paix et la dignité. Cette même communauté internationale reviendra, sans que les résolutions du Conseil de sécurité aient été démenties par d'autres résolutions, qu'on ne déploiera plus parce que le Rwanda venait de bombarder le camp des réfugiés, et que les réfugiés ne sont plus rentrés dans la paix et la dignité. Ils sont rentrés avec baïonnette sur leur dos.

Comme on peut le constater, il est clair voire très clair que c'est la communauté internationale qui est responsable de la déstabilisation de la République Démocratique du Congo dans sa partie Est, avec en tête les Nations Unies. Elle en porte l'entière responsabilité. La RDC et ses dirigeants sont victimes de leur bonne foi, pour avoir obtempéré à la demande des Nations unies en tant que pays membre.

l'ONU a aidé Kagame à asseoir sa tyrannie

L'ancien Premier ministre Kengo wa Dondo est allé loin dans sa narration des faits.

Il essaie d'expliquer les raisons ayant conduit la communauté internationale à agir ainsi. C'est parce qu'elle avait une conscience chargée du génocide rwandais, précise-t-il. Curieusement, ce qui révolte d'ailleurs les Congolais, elle tente de réparer les dommages causés avec le régime rwandais tout en soutenant la commission de pires crimes en RDC !

Cela s'est remarqué par sa complaisance vis-à-vis du régime de Kagame en ce qui concerne notamment le retour des réfugiés rwandais dans leur pays. Alors que toutes les dispositions étaient prises, y compris l'assistance de la population du Kivu pour aider les réfugiés à regagner leur pays, mais face au refus de Paul Kagame qui voyait les choses sous un autre angle, les Nations unies avaient renoncé au retour des réfugiés pour faire plaisir à Paul Kagame et son régime.

"Leur vrai problème se pose en ces termes : si les réfugiés étaient rentrés dans la paix et la dignité, le SG de l'ONU Boutros Ghali ne cessait de le répéter, ils allaient récupérer leurs biens et leurs maisons, et allaient exiger des élections. Et en vertu des dispositions de la Charte des Nations-Unies "un homme, une voix", les Hutus allaient revenir au pouvoir. La communauté internationale, Kagame et son régime ne voulaient pas de cela", a dénoncé l'ancien chef du gouvernement en disant comprendre que ladite communauté internationale avait une conscience chargée dont elle voulait de se décharger d'une manière ou d'une autre.

Car, renseigne-t-il, il avait pris contact par deux fois avec le SG des Nations-Unies, et ce dernier l'avait invité à prendre part au Conseil de sécurité afin de convaincre ses membres permanents de donner l'argent pour permettre que les réfugiés, les militaires et civils séparés, soient installés loin de la frontière, conformément à la Convention de Genève et celle de l'OUA.

Le gouvernement avait proposé 3 sites, à savoir Lukandu, Irebu et Kongolo pour ce faire, que la commission mise en place avait visités. Cependant, lorsque la commission avait fait son devis, le SG de l'ONU avait trouvé que c'était trop cher et qu'on ne pouvait pas le faire. Et on n'avait jamais séparé les militaires des civils. On les avait laissés sur place.

C'est ici que Léon Kengo wa Dondo se pose la question de savoir, en rapport avec le bombardement du camp des réfugiés, si l'armée n'a pas de force aérienne, ne dispose ni avion ni pilote : avec quoi a-t-on bombardé le camp des réfugiés. Qui a bombardé ? Il dit connaître la vérité qu'il dévoilera le moment venu.

Face à ce récit qui ne laisse aucune ombre, l'opinion nationale et internationale est désormais fixée sur l'origine de l'insécurité que connaît la République Démocratique du Congo et le rôle joué par la communauté internationale qui voudrait aujourd'hui jouer au Ponce Pilate. En clair, ayant joué au pyromane et continué à entretenir l'insécurité sous une autre forme, notamment le financement des groupes armés par les multinationales plongées dans l'exploitation des minerais du sang, la communauté internationale a la lourde responsabilité d'éteindre le feu qu'elle avait allumé.

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