Améliorer les conditions du Hajj passe par le raccourcissement du séjour. Il n'y a aucune raison que le pèlerin paie pour que le transporteur s'assure tous les bénéfices de cette campagne. Les vies humaines l'emportent toujours...
Curieux ! Pour le ramadan, les ripailles, la boustifaille, les dépenses superflues et plus du tiers de ce qu'on cuisine qui finit dans les poubelles, on se réunit et on adopte un plan d'action pour que tout soit disponible. Pour le Mouled, on s'inquiète de la quantité de «zgougou», ce grain de pin d'Alep qui nous permet d'avoir cette bouillie coutumière, dépassée par les événements.
Il y a de plus urgent...
De même, à la veille de l'Aïd El Idha, on est quelque part mort de peur qu'on ne puisse pas mettre sur le marché assez de moutons pour le sacrifice. Ainsi, nous pourrions continuer à l'infini l'énumération de ces alertes successives, qui finissent par nous cataloguer: nous vivons pour manger et non pas nous mangeons pour vivre. C'est grave et nous espérons que les futures générations seront moins soucieuses de ces contingences, qui nous renvoient des décennies en arrière.
Il est certainement nécessaire de tenir ces réunions de mise au point pour faciliter la vie du citoyen, mais pas au point de faire de ces mobilisations générales une question de vie ou de mort. Il y a des choses plus urgentes et c'est un communiqué aussi bref que sec qui appelle les citoyens désirant accomplir le prochain Hajj de s'inscrire. Très bien. Pour ce genre d'opération, cela mérite toute l'attention des différentes parties prenantes qui s'associent pour assurer la réussite de cette mobilisation. En effet, déplacer plus de dix mille personnes, les héberger, les guider, les aider à accomplir un rite auquel chacun d'eux a rêvé une vie durant n'est pas une mince affaire. Mais et il y a un mais, nous ne savons pas si le bilan du dernier Hajj a été fait.
Bilan peu reluisant !
De l'avis général, ce fut un dramatique échec. Des pèlerins perdus, d'autres qui ont péri dans on ne sait quelles conditions, ce bilan semblait peu reluisant. Il y avait assurément des dispositions à prendre, surtout que l'on a recommandé de «revoir» toute la logistique et les dispositions, pour qu'il y ait amélioration des conditions, en prenant en considération le coût et le confort de nos pèlerins. Rien n'a filtré et nous craignons que tout a été enfoui sous le tapis. Nous savons, malheureusement, que le suivi n'est pas toujours le point fort de nos responsables. Mais soyons positifs et contentons-nous de rappeler que les jours et les mois filent de plus en plus vite. Il y a des négociations à engager, des conventions peut-être à signer, des accords à établir.
Dans le cas contraire, que s'est-il passé ? Y a-t-il eu un suivi de cette question qui, au vu du drame vécu par plus d'une famille, il fallait réagir, réajuster et surtout informer.
«La Presse» a pris position à la suite des instructions données en haut lieu pour que le pèlerinage ne soit plus une aventure dont on ignore l'issue. Et nous avions signalé qu'il n'y a aucune raison que ce pèlerinage dure de vingt-cinq à trente jours, alors qu'une dizaine, une quinzaine de jours suffisent. Le reste des journées passées en terre sainte sont des jours difficiles, pénibles, pleins de risques pour des hommes et des femmes, souvent âgés, donc forcément plus exposés aux aléas climatiques, à une alimentation insuffisante, aux maladies chroniques, etc.
Bien entendu, personne ne met en doute les efforts de l'équipe médicale envoyée pour veiller sur la santé de nos pèlerins. Pour donner une idée de l'efficacité de la mission médicale tunisienne expédiée, nous avons, à maintes reprises, constaté les services qu'elle rend aux pèlerins d'autres pays, qui viennent se faire soigner, se voient remettre des médicaments, alors que le local abritant leur propre équipe médicale est à quelques pas.
C'est dire qu'il ne s'agit pas d'une question de prise en charge médicale, mais bien d'épuisement. Le Hajj est une rude épreuve et il faut avoir une bonne santé ou veiller à éviter le déclenchement d'un motif qui mette le pèlerin face à une épreuve superflue.
La durée du Hajj
Et nous avons soulevé cette question de la durée du Hajj, en la liant à la logistique mise en place pour conduire cette petite population vers l'Arabie saoudite et la ramener. A-t-on soulevé cette question ? A-t-on commencé à agir pour écourter le séjour, afin de minimiser les risques, mieux protéger les pèlerins en leur évitant des efforts et des dépenses inutiles ? A ce propos, nous avons eu l'occasion de voir des pèlerins emprunter de l'argent pour se nourrir. En effet, par simple imprévoyance, ils dépensent leurs sous dans l'achat des cadeaux et des fanfreluches et oublient qu'ils ont entre dix à quinze jours à passer avec des dépenses qui s'amplifient en cas d'ennuis de santé, lorsqu'on se retrouve dans l'obligation de manger sous régime et répondre à des besoins non prévus.
Améliorer les conditions du Hajj passe par le raccourcissement du séjour. Il n'y a aucune raison que le pèlerin paie pour que le transporteur s'assure tous les bénéfices de cette campagne. Les vies humaines l'emportent toujours...