Lors d'une conférence de presse tenue mercredi à Port-Louis, la Nurses Union n'a pas mâché ses mots pour dénoncer les dysfonctionnements des cinq dernières années. Ses représentants espèrent que le nouveau gouvernement mettra en place les mesures nécessaires pour rectifier la situation car, au final, le bien-être des patients reste leur priorité.
Le manque de recrutement dans un secteur où les infirmiers jouent un rôle crucial a été vivement critiqué. Selon Bholanath Jeewuth, secrétaire de l'union, ce déficit a entraîné des répercussions directes sur les patients. «Ce sont eux qui en ont payé le prix fort. Nous faisons face à une pénurie de personnel, avec des taux d'absence atteignant 40 à 50 %.»
Il a également pointé du doigt l'exode des professionnels de santé vers d'autres pays, notamment le Canada. «Entre janvier et juillet, 11 infirmiers de l'hôpital Dr A. G. Jeetoo ont quitté le pays. Mardi encore, une salle de cet hôpital ne comptait que deux employés : un Ward Manager et une Charge Nurse. Et qui souffre le plus de cette situation ? Les patients.»
Le syndicat reproche à certains responsables d'ignorer leurs doléances. «Nous avons écrit deux fois au Premier ministre, Pravind Jugnauth, durant les six derniers mois avant les élections, mais nous n'avons reçu aucune réponse», a déploré Bholanath Jeewuth.
Le président de l'union, Nasser Essa, a pour sa part dénoncé la gestion unilatérale de la distribution de méthadone. «Nous avons demandé une rencontre avec les autorités concernées, mais face à leur silence, nous avons saisi la cour. Nous sommes toutefois prêts à abandonner cette affaire si un accord est trouvé.» Il estime que la situation est pourtant claire : «Lors de la distribution, il est essentiel de respecter le protocole. Chaque professionnel doit assumer ses responsabilités : l'infirmier se charge de son rôle et le pharmacien du sien. Ce n'est pas à l'infirmier de tout prendre en charge.»
Des pratiques jugées abusives
Naseer Essa a également critiqué les pratiques de promotion et de transfert. Il affirme avoir été lui-même transféré après avoir organisé une candlelight. «Sous l'ancien ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, nous avons été victimes de persécutions et de harcèlement. Les transferts étaient décidés de manière arbitraire, souvent à la dernière minute, ce qui bouleversait l'organisation de nombreux employés.»
La Nurses Union espère que le nouveau ministre de la Santé, Anil Bachoo, priorisera le recrutement d'infirmiers. «Bien que 186 nouveaux candidats soient en formation, ils ne seront opérationnels qu'à partir de fin 2026 ou début 2027», a expliqué M. Essa. Il a également demandé une enquête sur la location d'un espace à Quatre-Bornes destiné à la formation des professionnels de santé.
Enfin, il a exhorté le ministre à garantir l'impartialité et à mettre fin au favoritisme. «Nous faisons face à un tel cas actuellement, où un infirmier proche d'un ministre actuel a demandé à être transféré vers un Health Center et que sa demande a été acceptée. Nous espérons que de telles pratiques ne se reproduiront pas et que des mesures seront prises pour établir une véritable transparence.»