Grandir avec une impossibilité. Celle d'une mère, d'origine mauricienne, qui affirmait qu'elle ne reviendrait pas dans son pays natal. Clémence de Villecourt, née en France, a patiemment surmonté les obstacles pour qu'aboutisse sa longue quête des origines.
Impossible. Un mot que Clémence de Villecourt n'accepte pas. C'est le point de départ de sa quête des origines. Celle d'une Française, née en Bretagne, qui a voulu retrouver «l'île qui a fondé ma mère». Actuellement à Maurice, elle partage ses projets et revient sur ceux menés chez nous en 2010 et 2016. Autant d'étapes pour se reconnecter au pays de sa mère, Marie-Hélène Caroillon de Villecourt.
Pour Noël et le Nouvel An, elles viennent de s'offrir un cadeau. «Ma mère a eu 77 ans et moi 50 ans. Après on sait qu'il y a un versant. Avant cela, on s'est autorisé à passer un moment ensemble».
Enfant, Clémence de Villecourt est «déjà initiée aux épices par les plats que prépare ma mère». L'enfant reçoit des cartes postales de Flic-en-Flac et de Trou-d'Eau-Douce de sa grand-mère maternelle. Le soir, avant de s'endormir, sa mère lui parle de son pays lointain où elle ne retournera pas.
Marie-Hélène Caroillon de Villecourt est née à Vacoas. Sa famille est alors installée à l'avenue Couvent de Lorette. Elle quitte Maurice en 1971, épouse un Breton et s'installe en France «par amour». Et ne reviendra à Maurice que 40 ans après avoir quitté l'île.
Qu'est-ce qui l'a tenue éloignée pendant aussi longtemps ? Parmi les raisons, le départ de ses parents pour l'Australie, où «quatre frères et soeurs» se sont installés. Il y avait «trois frères et soeurs en France. Il n'en restait qu'un à Maurice».
Clémence de Villecourt grandit en nourrissant deux passions : l'île Maurice et les avions. Mais elle ne devient pas hôtesse de l'air à cause d'une maladie, qui lui est diagnostiquée. Elle change de filière, étudie jusqu'à Bac +5 en événementiel, se spécialise dans le tourisme d'affaires. Sa profession : cheffe de projet dans l'événementiel. «J'ai pratiquement fait le tour du monde mais il me manquait mes racines. J'ai avancé dans la vie en me disant qu'il fallait que je trouve la clé de l'océan Indien.»
Elle ne veut surtout «pas arriver en touriste. Il fallait que je vienne avec quelque chose à proposer». Elle initie un périple en roulotte, part de l'abbaye Saint Maurice dans le Finistère - la référence à l'île Maurice est voulue - et fait route jusqu'à Concarneau. Puis, c'est le tour de Bretagne en roulotte.
Après une prise de contact, arrive l'invitation de l'ambassade de Maurice à Paris, pour assister à une conférence de Vasant Bunwaree, à l'époque ministre de l'Education et des Arts et de la culture, sur la bataille de Grand-Port. «J'écoute et en une fraction de seconde, l'idée jaillit.» Celle de faire le tour de Maurice avec une roulotte et un cheval. «En invitant les élèves à se réapproprier l'histoire de Maurice».
Clémence de Villecourt demande à parler au ministre. On lui dit qu'elle n'a que trois minutes. «Quand on attend depuis 35 ans, trois minutes c'est bon.» Elle lui propose son tour de Maurice. Il lui demande de quoi elle a besoin. Réponse: d'une, venir à Maurice. De deux, de son soutien «parce que je n'y arriverai pas seule».
En 2010, Clémence de Villecourt est dans l'avion pour Maurice. A ses côtés : sa mère, qui incarne Marie La Pirate, dans le projet pédagogique. «C'est le destin qui m'a fait retourner de cette manière-là à Maurice», confie Marie-Hélène. «Ce que nous avons vécu ensemble est sans nom», ajoute Clémence de Villecourt. «Environ 1 500 élèves ont attendu le cheval et la roulotte». Les élèves ont, au préalable, travaillé sur l'Histoire avec leurs professeurs. «Cela montrait que Maurice avait suffisamment évolué pour mettre l'Histoire sur la table. Les enfants étaient fiers d'en parler.»
La conteuse avait insisté en amont pour que ce projet ne soit pas «franco-français. Comme si nous venions dire l'Histoire». Enfin, Clémence de Villecourt est en contact avec la terre maternelle.
Mais sa quête ne s'arrête pas là. Elle monte un nouveau projet autour du centenaire de la Première Guerre mondiale, qui implique le cheval, la roulotte et les avions. Les élèves - en France - réalisent de grandes pages à partir de leurs recherches sur 1914- 1918. Clémence de Villecourt frappe à nouveau à la porte de l'ambassade de Maurice à Paris. Mais en 2015, il y a changement de gouvernement. En 2016, «je suis déjà dans l'avion quand les autorités ne veulent plus soutenir financièrement le projet». Elle investit ses propres fonds «parce que les élèves nous attendaient». Au lieu du cheval et de la roulotte, c'est en bus que Clémence de Villecourt visite les écoles. «La créativité de ces élèves est incroyable. Comment on peut passer à côté ?» Comme ce gamin qui avait attendu que son père ait le dos tourné pour emprunter ses outils et entourer la page de fils barbelés et ainsi rappeler les tranchées. Il a fallu ruser pour que cette page 'barbelée' prenne l'avion «parce que je l'avais promis aux élèves». Clémence de Villecourt n'était plus revenue à Maurice depuis 2016.
Après les commémorations, Clémence de Villecourt s'est résolument tournée vers l'avenir. «Aujourd'hui, je ne suis plus errante. Le noyau est reconstitué en moi.»
Fonctions
Clémence de Villecourt représente la fondation de cardiologie mauricienne en France, qui promeut les échanges d'informations sur les avancées technologiques dans ce domaine.
Projets
Pour la période 2025-2027, Clémence de Villecourt, qui a créé l'association Le Sabot et la Plume, porte un projet intitulé Votre vie en mouvement. Thématique : le rêve. Une collaboration avec des neuroscientifiques pour expliquer qu'il faut rester en mouvement à tous les âges. «Je souhaite que Maurice soit le départ et l'arrivée du projet parce qu'ici, on n'a pas perdu le lien avec le sacré. C'est le spirituel qui manque à l'humanité.»
Ce sera un nouveau périple roulotte-cheval-avion pour recueillir les oeuvres des élèves réalisées à partir de leurs recherches sur la thématique proposée. «Les enfants passent trop de temps sur internet. Ils ne rêvent pas parce qu'ils gobent tout ce qui leur est montré. On va sur la Lune, on veut aller sur Mars mais il faut conquérir nos espaces intérieurs d'abord.» Il s'agira d'établir un dialogue entre les élèves, les neuroscientifiques et les médecins.
Pour 2027, elle prépare le certificat d'aptitude à l'enseignement à l'aéronautique. L'objectif est de «faire le trajet de Port-Louis en France à Port-Louis à Maurice en avion».
Publications
La quête des origines de Clémence de Villecourt est racontée dans un ouvrage, qui vient de paraître en France : «Talent Les ailes de la Vérité». Pour financer le voyage de 2024/2025 à Maurice, elle a réédité l'un de ses précédents romans intitulé «Mais pourquoi ?»