Trois semaines après les dernières manifestations contre le résultat des élections du 9 octobre au Mozambique, fin décembre, l'opposant Venancio Mondlane appelle à trois nouveaux jours de grève nationale, à compter de ce lundi 13 janvier. Mais à Maputo, la répression des rassemblements de la fin de l'année a laissé des traces. Selon la société civile, elle a fait plus de 130 morts en quelques jours. Témoignages de rescapés.
Il est autour de 20 heures ce lundi 23 décembre à Maputo. Situé à proximité de l'aéroport, le quartier de Xoupale a retrouvé le calme après une manifestation de l'opposition qui s'est déroulée quelques heures plus tôt, juste après la confirmation par le Conseil constitutionnel de la victoire de Daniel Chapo, le candidat du Frelimo au pouvoir depuis 1975, à la présidentielle du 9 octobre.
Enceinte de 7 mois, Eunice Albinho a faim. Accompagnée de sa fille, elle décide alors de sortir pour chercher quelque chose à manger. « Mais d'un coup, une voiture a surgi, un 4x4 Mahindra. Ses passagers se sont mis à pointer leurs armes sur les gens et à tirer. Ça sortait de nulle part car les manifestations étaient déjà finies. On était devant chez nous, et on ne savait pas où aller », raconte celle-ci. Eunice et sa fille reçoivent chacune une balle dans le bras et dans l'épaule.
« Ils ont commencé à tirer, à tirer, à tirer »
Commerçant dans le même quartier, Sergio Manuel doit lui, comme chaque jour, sortir dans la rue pour gagner sa vie. Mais à peine a-t-il mis le nez dehors qu'il reçoit une balle dans le bras. « J'étais à l'arrêt quand deux voitures sont arrivées et ont tiré. Beaucoup de personnes ont été blessées. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça : ils ont tiré dans tous les sens, c'est tout. Je ne suis allé à l'hôpital que le lendemain car j'avais trop peur de me faire de nouveau tirer dessus », relate-t-il de son côté.
À Xoupale, les témoignages de ce type sont nombreux. « J'ai vu trois Toyota Hilux arriver par l'arrière. L'une était grise, les deux autres étaient blanches. Les hommes qui étaient à l'intérieur ont commencé à tirer. Puis deux d'entre eux sont descendus, vêtus de robes musulmanes, armés. Et Ils ont commencé à tirer, à tirer, à tirer. La balle est entrée par là, a traversé ici puis est ressortie comme ça », rapporte encore Simiao Caravalho, touché à la cuisse alors qu'il rentre du travail.
Rien d'étonnant donc si, près de trois semaines après ces événements, beaucoup de ceux qui en ont été victimes restent traumatisés. « Je souffre encore beaucoup car j'ai très peur. Maintenant, quand j'entends des gens dehors, je ne sors plus de chez moi. Je ne peux plus sortir. Les policiers qui m'ont attaquée sont des bandits. Je ne sais pas ce qu'ils voulaient », confie ainsi Calene Manhique, 15 ans, blessée ce jour-là à l'épaule par une balle alors qu'elle était sortie faire une course.
« Le Frelimo, aujourd'hui, est un parti sanguinaire ! »
Pour apporter un peu de soutien aux victimes des violences policières et à leurs familles, un groupe de jeunes s'est constitué à Xoupale. Ses membres leur rendent visite régulièrement, comme Alexandre et Delta Marta Salvador.
Aujourd'hui, eux en sont convaincus : « Les ordres viennent d'en haut. C'est le Frelimo au pouvoir qui envoie des assassins tuer le peuple ! », affirme ainsi Alexandre. « La police tue sans merci le peuple innocent qui ne fait qu'essayer d'exercer ses droits. Le Frelimo, aujourd'hui, est un parti sanguinaire ! » renchérit Delta Marta Salvador pour qui le régime actuel est devenu une dictature. « Nous vivons une situation très triste. Tout le pays est en train de faire une croix sur son avenir parce que tuer un jeune, c'est tuer le futur du Mozambique », reprend Alexandre, dépité.
Selon la plateforme de la société civile Decide, la répression de la contestation née des élections du 9 octobre a déjà fait près de 300 morts au Mozambique.