Angola: Visite président angolais en France - Il n'y a pas que le pré carré dans la vie

Le président angolais, Joao Lourenço, a effectué hier en France une visite d'Etat de 24 heures. Un séjour qui ne saurait passer inaperçu par ces temps de controverse sur la relation France/Afrique.

En effet, la sortie "malheureuse" ou "provocatrice" du président Emmanuel Macron sur "l'ingratitude maladive" de pays africains à propos de la dénonciation et/ou révision de leurs accords de coopération avec l'Hexagone n'a pas fini d'écoeurer plus d'un dirigeant du continent. Le séjour français du président angolais avec à sa suite une forte délégation, dont une dizaine de ministres et une belle brochette d'opérateurs économiques, prend donc le contrepied de ce tollé.

On en voudrait pour preuve la signature de plusieurs accords de coopération et de financement de projets en Angola d'environ 430 millions d'euros. Mieux ou pire, c'est selon, la présence des ministres des Finances, du Pétrole et de l'Agriculture dans la délégation angolaise indique bien que ce sont des domaines névralgiques qui sont concernés par la signature de ces accords. Cerise sur le gâteau de ce rattrapage communicationnel et diplomatique, les discussions entre Emmanuel Macron et ses hôtes sur la médiation que conduit le président angolais sur le différend entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda au sujet de la rébellion du M23, comme s'il était venu rendre compte et prendre des ordres ?

Du reste, il est ressorti des déclarations faites au sujet de cette visite d'Etat qu'il s'agit pour Paris et Luanda de créer un "partenariat resserré" en vue de « renforcer les consultations politiques sur les enjeux internationaux ». Voilà qui est bien clair sur les intentions d'Emmanuel Macron de faire mentir ceux des analystes qui soutiennent que la France perd du terrain en Afrique par sa faute ou celle d'une politique révulsive d'assujettissement néocolonial ! Et le moins qu'on puisse dire, c'est que cette visite d'Etat du président angolais ainsi que celle, avant lui, du président nigérian, accompagné lui aussi d'une forte délégation multisectorielle, en fin novembre dernier ne sont pas un hasard du calendrier. Elles indiquent une Afrique plurielle en matière de perception des remises en cause des anciens schémas dans la coopération internationale. Le terrain, le prestige et/ou les intérêts économiques remis en cause dans l'ancien pré carré, particulièrement au Sahel, la France travaille à les retrouver dans d'autres pays.

Après les présidents nigérian et angolais, à qui le tour des chefs d'Etat africains de s'inscrire en faux contre les appels pressants des néo panafricanistes à l'adresse des gouvernants de nos Etats à assumer toutes leurs responsabilités pour plus de souveraineté de leurs pays, si ce n'est vis-à-vis de l'Occident, au moins d'avec la France/Afrique des Jacques Foccart, Bob Denard, Robert Bourgi...

Emmanuel Macron à beau ne pas être la France, encore moins le peuple français, il ne fait rien pour convaincre qu'une certaine image écornée de la France en Afrique est « un grand malentendu » qui relève d'un passé révolu. Non, il se complaît plutôt à infantiliser ceux d'entre les Africains qui disent, à la suite du poète Paul Niger, ne plus vouloir être "des hommes couchés, attendant comme une grâce le réveil de la botte" du maître de l'ancienne métropole.

Dans cette logique d'invention d'un nouveau logiciel de coopération des capitales africaines avec Paris, Joao Lourenço va difficilement convaincre qu'il ne s'est pas prêté à une opération de séduction dans un rattrapage communicationnel et diplomatique d'un Coq gaulois qui perd pied au Sahel.

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