Ile Maurice: Trump 2.0, Diego Garcia et Maurice - Les défis d'un monde en déséquilibre

Le retour de Donald Trump ne marque pas seulement un tournant pour les États-Unis, mais aussi pour des nations comme Maurice, qui se retrouvent à jongler entre ambitions souveraines et réalités stratégiques.

À l'heure où le multilatéralisme vacille, le dossier des îles Chagos incarne les dilemmes d'un monde multipolaire. Pour Maurice, la clé résidera dans sa capacité à transformer une injustice historique en une opportunité diplomatique, tout en se souvenant que la souveraineté ne peut être complète sans le respect des droits de ceux qui ont le plus souffert de cette histoire.

Dans la grande fresque des relations internationales, le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis s'apparente à un chapitre d'inflexion. Sa rhétorique incendiaire, portée par des ambitions nationalistes, voire impérialistes, à peine voilées, rappelle un passé où les États-Unis s'affirmaient avant tout comme une puissance émergente, insulaire dans ses intérêts, cherchant à redessiner le monde en fonction de ses impératifs stratégiques. Ce basculement vers un exceptionnalisme à la Thomas Jefferson ou à la John O'Sullivan n'est pas sans conséquences pour des nations comme Maurice, en quête de sa souveraineté sur les îles Chagos, au coeur d'un des enjeux géopolitiques les plus disputés de notre temps.

Au centre des tensions repose Diego Garcia, cette île stratégique où les ambitions américaines et britanniques s'entrelacent. Les États-Unis considèrent cette base comme un levier indispensable de leur domination militaire dans l'océan Indien. Elle est un point d'ancrage pour surveiller les routes maritimes, contrer l'influence chinoise croissante et maintenir une présence militaire inébranlable. Trump 2.0, porté par sa doctrine transactionnelle, voit toute concession comme une faiblesse stratégique.

Maurice, qui réclame depuis des décennies la restitution des îles Chagos, espère s'appuyer sur le droit international, notamment l'avis consultatif (non-contraignant) de la Cour internationale de justice de 2019, qui a statué en sa faveur. Mais la réalité est plus complexe. Sous l'administration Trump, où les intérêts économiques et stratégiques priment sur tout idéal multilatéral, les revendications mauriciennes risquent d'être reléguées au second plan. L'homme d'affaires devenu président ne voit dans ce dossier qu'un risque d'érosion de l'influence américaine face à une Chine patiente et calculatrice.

Maurice face à ses contradictions politiques

À Port-Louis, les débats ne sont pas moins tumultueux. La transition du pouvoir entre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam a révélé des fractures profondes. Ramgoolam, en rejetant les accords préliminaires négociés par son prédécesseur, s'est engagé dans une voie risquée, exigeant davantage de concessions du Royaume-Uni, soit un «meilleur deal». Mais ces revendications, bien que légitimes, pourraient fragiliser la position mauricienne sur la scène internationale. Ce qui fait dire à un diplomate américain qu'on aurait dû s'inspirer de l'adage : «A little bit of something is better than nothing.»

Les dissensions internes ont également des conséquences économiques. Alors que Moody's menace de dégrader la note de crédit de Maurice, le pays ne peut se permettre un échec diplomatique et un manque à gagner en devises sonnantes et trébuchantes. Chaque retard dans les négociations alourdit la charge d'un dossier déjà miné par les intérêts géopolitiques divergents, entre autres, de Londres et de Washington, DC.

Trump, dans son deuxième mandat, semble vouloir achever un processus amorcé depuis la fin de la guerre froide : celui d'une désindexation des États-Unis vis-à-vis de l'ordre mondial. La politique étrangère américaine, qui autrefois oscillait entre messianisme démocratique et pragmatisme stratégique, s'est réduite à une vision simpliste de l'exceptionnalisme.

Dans ce contexte, les négociations sur les îles Chagos ne sont qu'une pièce d'un puzzle plus vaste où les États-Unis se désengagent de leurs responsabilités globales. Sous prétexte de renforcer leur souveraineté, ils risquent de transformer Diego Garcia en un bastion d'unilatéralisme, ignorant les appels à la justice sociale et au respect des droits des peuples déplacés.

D'autre part, ceux qui devraient être au centre de ce débat, plusieurs Chagossiens, divisés entre eux, affirment être les grands oubliés. Déportés de leurs terres dans les années 1960 et 1970 pour faire place à la base militaire, ils réclament, d'une voix désunie, un droit fondamental à la reconnaissance et au retour. Mais ni Maurice ni le Royaume-Uni n'arrivent à prendre de mesures concrètes pour inclure cette diaspora plurielle dans le processus décisionnel.

Trump, avec sa politique de négociations bilatérales rigides, risque d'aggraver cette marginalisation. Pour lui, les revendications des populations locales pèsent peu face à l'importance géostratégique de Diego Garcia. La question qui se pose alors est la suivante : Maurice peut-elle se positionner comme un acteur crédible de la justice sociale tout en poursuivant sa quête de souveraineté ?

Malgré les défis, l'ère Trump 2.0 pourrait offrir à Maurice une fenêtre stratégique. La focalisation américaine sur le contrepoids chinois pourrait inciter Washington à envisager une collaboration renforcée avec Port-Louis, à condition que Maurice démontre sa capacité à protéger les intérêts occidentaux dans la région.

Pour cela, le gouvernement mauricien devra adopter une diplomatie agile, capable de rassurer ses partenaires tout en défendant ses revendications historiques. Le rôle d'experts en droits humains comme Sir Keir Starmer et Philippe Sands, bien que controversés dans certains milieux à Londres, pourrait être déterminant pour naviguer dans ce labyrinthe juridique et diplomatique face au Trump 2.0.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 110 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.