Il semblerait maintenant que le «Chagos Deal» avec les Britanniques ne sera pas signé...
Les négociations se poursuivent à Londres. Vous n'êtes pas sans savoir que ce sont les Britanniques qui faisaient pression sur nous pour qu'on signe l'accord le plus vite possible. Mais dès que je suis arrivé au pouvoir, j'ai fait comprendre aux interlocuteurs britanniques et américains que mon gouvernement n'allait pas soutenir l'accord signé par le précédent régime qui était rien de plus qu'un «sell out» selon nous. D'où la raison pour laquelle nous avons poussé pour un much better deal.
Spécifiquement qu'est-ce qui vous gênait le plus par rapport au deal entre le gouvernment Starmer et celui de Pravind Jugnauth...
Le bail que Pravind Jugnauth avait accepté : c'est d'une durée de 99 ans - que les Britanniques peuvent décider de renouveler. C'est pour cela que j'insistais que le locataire ne peut devenir le propriétaire...
Mieux encore ?
Nous disons aussi que le paiement doit être indexé à l'inflation. Aujourd'hui encore le taux de change est l'un des éléments sur lesquels nous insistons alors que nous poursuivons les discussions par l'intermédiaire de Me Gavin Glover qui a le mandat du conseil des ministres pour mener à bien les négociations avec Londres.
Pour vous donc, c'est Maurice qui doit sortir gagnant, pas les Britanniques, pas les Américains ?
Je ne dirais pas que c'est Maurice qui doit sortir gagnant mais plutôt ce que j'ai déjà dit au Parlement : "The draft agreement which the former Prime Minister negotiated is one which in our view would not produce the benefits that the Nation could expect".
À la veille de Noël, le secrétaire d'État américain sortant, Anthony Blinken, vous a appelé de Washington, DC, pour vous demander, comme les Britanniques, de signer l'accord avant l'entrée en scène de la nouvelle administration US. Vous n'avez pas cédé aux négociations de dernière heure. Pourquoi ?
Les discussions avaient tourné autour des conditions attachées dans l'accord entre la Grande-Bretagne et Maurice sur les Chagos, mais plus précisément sur Diego Garcia. J'ai expliqué à Blinken pourquoi il fallait revoir certaines conditions de l'accord entériné par le précédent gouvernement Jugnauth. Il a été très réceptif et a quand meme plaidé pour une concrétisation rapide de l'accord. Dès lors, je vous disais qu'on sentait que les Américains voulaient finaliser l'accord avant le changement de régime entre Biden et Trump...
The Times avait parlé des chiffres pour la location - Rs 45 milliards par an pour le bail de Diego Garcia - que vous avez démentis, ici même dans nos colonnes. Qu'est-ce qui bloque ?
Je répète que ce n'est pas juste une question d'argent mais de souveraineté surtout. La revendication mauricienne repose sur trois critères principaux. En premier lieu, Maurice revendique la souveraineté sur l'ensemble de l'archipel des Chagos, y compris Diego Garcia. Deuxièmement, les discussions portent sur la durée du bail de Diego Garcia. Selon l'accord Jugnauth-Starmer, le Royaume-Uni conserverait un bail de 99 ans renouvelable sur cette île stratégique sans que l'on ait notre mot à dire. Un véritable «sell out» ! Le troisième point concerne les finances.
On insiste sur la nécessité de prendre en compte l'inflation, un facteur important qui avait été négligé dans le texte précédent.
Maurice ne changera donc pas sa position par rapport aux négociations ?
La revendication sur la souveraineté des Chagos est un engagement à long terme dans l'intérêt du pays. L'accord devra être solidement négocié sur la base de la souveraineté, de la durée du bail et aussi des finances. Nous ne sommes pas pressés. Ce sont les Britanniques qui voulaient aller vite au départ et maintenant ils changent de posture. Nous restons constants dans nos revendications et nous allons veiller aux intérêts dans les moyen et long termes, pas uniquement sur le court terme !