Afrique de l'Ouest: Togo - Les clés d'une médiation ?

20 Janvier 2025
analyse

Le dernier sommet ordinaire de la CEDEAO qui s’est tenu le 15 Décembre 2024 à Abuja a, il est vrai décidé « d’un sursis », concernant le retrait définitif des Etats de la confédération de l’alliance des Etats du Sahel (AES) qui devait être effectif en janvier 2025.

Ainsi les chefs d’états ont décidé de prolonger le mandat des Présidents sénégalais et Togolais jusqu’au mois de Juillet, pour parachever leur médiation en vue du retour au sein de la CEDEAO, du Mali, du Burkina et du Niger ; ceci en dépit de la décision catégorique prise au nom de l’AES par le président Malien, et notifiée par courrier, visible sur les réseaux sociaux, de quitter l’organisation communautaire.

Pour certains en effet, cette position de non-retour de l’AES sonne le glas de la médiation du duo Diomaye Faye – Faure Gnassingbé. Echec et Mat !

Toutefois, il n’est pas exclu qu’une nouvelle alternative soit sur la table du Président Togolais, qui d’ailleurs traine une réputation de fin diplomate, qui lui a permis de jouer un rôle de premier Plan dans la libération des 49 soldats ivoiriens accusés d’être des mercenaires et retenus prisonniers à Bamako.

Sa proximité avec les pays de l’AES, se justifie pour des raisons économiques évidentes.  Le port de Lomé que l’on surnomme « le terminal du Sahel » à cause du flot de trafic qui y passe en provenance ou en partance pour les trois pays du sahel, pourvoit presque 60% des revenus de l’Etat. Il est donc extrêmement important que les relations avec ces pays soient au beau fixe comme on dit, d’autant que le port de Lomé est aujourd’hui en concurrence serrée avec celui d’Abidjan de Cotonou, de Dakar et moyennement celui de Nouakchott.

D’ailleurs les 4 pays travaillent aujourd’hui à l’harmonisation de leurs systèmes informatiques douaniers, et sont en avance sur ce processus qui à terme donnera lieu à un système intégré de suivi de la traçabilité des marchandises en circulation.

Il s’y ajoute que le Togo, est membre du projet REWarD-Volta River Basin, qui vise à inverser la tendance à la dégradation des écosystèmes et des ressources en eau dans le bassin du fleuve Volta, partagé par six pays dont le Burkina Faso, et le Mali, ce qui lui donne une position stratégique y compris vis-à-vis des autres membres que sont la Côte d’ivoire, le Ghana et le Bénin.

On peut comprendre dès lors, pourquoi durant toute la crise, Faure Gnassingbé n’est jamais allé aussi loin que ses homologues du Nigéria, de la Côte d’ivoire, et celui du Sénégal d’alors, Macky Sall, en terme de position rigide et hostile aux pouvoirs militaires.

Mais au plan politique et surtout sécuritaire, la lecture du Président Faure était autre. C’est moins le coup d’état en soi qui posait problème, puis que c’était déjà fait. En revanche la question sécuritaire était et demeure un enjeu crucial pour le Togo à tous points de vue, à cause de sa frontière nord commune avec le Burkina, en proie à des attaques Djihadistes qui ne l’épargnent guère.

On comprend mieux alors la position du Togo, qui déjà en septembre 2024 à Washington, lors de la célébration des dix ans de l’alliance mondiale contre DAESH, appelait par la voix de son Ministre des Affaires étrangères Robert Dussey, à l’intégration des pays de l’AES dans les stratégies de lutte pour des raisons évidentes d’efficacité. Ces pays sont en effet au cœur de la lutte contre les Djihadistes en Afrique de l’ouest et au Sahel.

La semaine dernière encore le même Robert Dussey revenait à la charge, pour dire que le Togo n’excluait pas d’intégrer l’AES, même si souligne-t-il, que cette décision relève du domaine réservé du Président Faure Gnassingbé. Cette prise de position est loin d’être anodine.

Pour ces raisons comme pour d’autres, la proximité du Togo avec l’AES, qui est réel, n’est cependant pas arrivé au stade où le Togo rejoindrait l’AES avec armes et bagages.  L’hypothèse la plus plausible aujourd’hui est pour le Président Faure, jouissant de son statut de médiateur de la CEDEAO, d’interrompre la spirale de l’isolement des pays de l’AES en se positionnant comme facilitateur des prochaines négociations qui auront lieu nécessairement.

De ce point de vue, des alternatives à la rupture font sens avec cette nouvelle donne étant entendu que le retour au bercail est exclu. Parmi ces alternatives un traité entre les deux entités, et le Togo qui partage aussi avec ces pays le cadre de l’UEMOA, la BCEAO et par conséquent une monnaie commune à une carte à jouer. Une défaillance de sa part pourrait mettre en péril ce formidable cadre d’intégration, quoique perfectible, mais aussi ses intérêts.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue la dimension économique et la dimension sécuritaire qui vont structurer toute la démarche de ce pays pris en tenaille entre le Ghana, le Bénin et le Burkina Faso tous aujourd’hui sous la menace des mouvements djihadistes. L’intérêt du Togo c’est certainement d’être dans un ensemble ou joueront les solidarités dans un effort mutuel de sécurisation. La CEDEAO en l’état actuel offre –elle toutes ces garanties si elle opère une rupture totale avec l’AES ?

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