Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche et c'est la planète entière qui est transie d'interrogations et d'inquiétudes.
Hier lundi 20 janvier 2025, le 47e président des Etats-Unis d'Amérique a, en effet, prêté serment dans la pure tradition de l' « Inauguration Day » : main gauche sur la Bible, celle de droite levée, il a prononcé les mêmes mots, comme l'ont fait tous ses prédécesseurs, à commencer par le tout premier, George Washington en 1789 : « Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis ».
Et comme si la nature voulait s'en mêler en signalant la « tempête Trump » qui va bientôt souffler sur l'Amérique et le monde, la cérémonie d'investiture, habituellement tenue en plein air, a eu lieu dans le cocon du Capitole.
Une exception au protocole depuis quarante ans après celle de Ronald Reagan en 1985, à cause d'une poussée de froid polaire qui s'est abattue sur la capitale fédérale.
Pour la petite histoire, on retiendra qu'en 1841, le 9e président, William Henry Harrison, qui avait voulu braver l'hiver glacial en paya le prix. Victime d'une pneumonie pour avoir défié la nature, il en mourut un mois plus tard.
Elu le 5 novembre 2024 avec une majorité confortable, le milliardaire new-yorkais prenait ainsi une revanche sur sa tentative ratée de briguer un second mandat en 2020. Mauvais perdant face à Joe Biden, il avait bafoué le siège du Congrès américain en le faisant envahir puis vandaliser par ses partisans chauffés à blanc par un discours mâtiné de complotisme.
Ironie de l'histoire, quatre années après cette infamie sans précédent dans les annales politiques du « Monde libre », c'est sous les dorures du même Capitole qu'il entame son come-back au Bureau ovale.
Retour donc du pitbull au 1 600 Pennsylvania Avenue, les crocs en évidence face à la terre entière, qu'il entend remodeler à sa convenance.
Il est vrai que dans les relations diplomatiques la raison du plus fort est toujours la meilleure, comme nous l'enseigne ce proverbe bien connu. Toutefois, là où de nombreux dirigeants font dans les douces pressions, l'homme à la chevelure peroxydée ne s'embarrasse guère de circonlocutions habiles pour imposer ses vues et dire ce qu'il va faire ou ne pas faire.
Déjà, il a donné le la de son second mandat avant même d'avoir pris fonction en imposant, au grand bonheur de tous, ou presque, un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas après quinze mois de guerre particulièrement meurtrière qui aura coûté la vie à plus 46 000 Palestiniens contre près de 2 000 Israéliens.
« L'effet Trump » est là. Va-t-il prospérer dans d'autres conflits, comme celui qui oppose la Russie à l'Ukraine depuis maintenant cinq longues années ?
En tout cas, Donald Trump y croit dur comme fer, même s'il a revu ses ambitions à la baisse en se donnant désormais un délai de quelques mois, contre seulement les vingt-quatre heures qu'il s'était fixé durant la campagne électorale.
Mais c'est surtout dans le domaine de l'économie et du commerce que le gourou du « MAGA », entendez par là « Make America Great Again », compte se faire sentir le plus. Et pour cela, il s'est entouré de warriors sortis tout droit de la Silicon Valley, comme les milliardaires Elon Musk des firmes Tesla et Space X, Jeff Bezos d'Amazon et Mark Zuckerberg, créateur de Facebook.
La « Trade ward » de Trump s'annonce impitoyable.
En effet, contre la Chine, le président américain a annoncé une augmentation de près de 50% sur toutes les importations de l'Empire du Milieu, et même plus si besoin. Concernant le Canada et le Mexique, c'est la même stratégie des barrières commerciales avec en prévision une hausse des taxes douanières à hauteur de 25%. Mêmes menaces contre l'Europe si elle n'apprend pas à se passer de l'aide de « l'Aigle américain » pour garantir sa défense.
Mais des intimidations « trumpiennes » à la mise à exécution, il y a quand même loin, car toutes ces puissances commerciales visées disposent elles aussi de leviers de rétorsion à même de contrarier les desseins du chantre de l' « America First ».
Quid de l'Afrique ?
Le fait qu'elle ait été absente tout au long de la campagne électorale, aussi bien du côté démocrate que républicain, est la preuve, si besoin était, du peu d'intérêt que les candidats lui ont accordé, particulièrement l'ancien animateur d'une émission de téléréalité qui menace, encore lui, d'expulser tous les immigrés en situation irrégulière du sol américain.
On se rappelle que lors de son premier mandat, il n'a pas daigné mettre les pieds dans ces « pays de merde », comme il qualifiait les Etats africains, il n'y a pas longtemps, et rien n'indique un éventuel changement dans son rapport au continent noir.
Tout au plus perçoit-il le « Berceau de l'humanité » comme un réservoir de matières premières stratégiques comme le coltan, le cobalt, le lithium et autres terres rares si indispensables aux industries de technologie. Et on se doute bien qu'Elon Musk, nommé à la tête d'un nouveau département, celui de l'efficacité gouvernementale, veillera à ce que les intérêts américains soient préservés face au « Dragon chinois », figure de proue des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) élargis à l'Egypte, l'Ethiopie l'Iran et les Emirats arabes unis.
Tous ces Etats se verront imposer, prévient Trump, des droits de douanes de 100% s'ils viennent à créer leur monnaie unique qui risque d'affecter la suprématie du dollar dans le commerce international.
Mais s'il est un domaine en Afrique où l'on attend le plus le 47e locataire de la Maison-Blanche, c'est bien celui des conflits qui continuent de faire des ravages dans bien des pays comme la RDC et le Soudan.
Ce serait en effet salutaire, s'il parvenait, à l'instar de sa récente prouesse au Proche-Orient, à mettre fin à la guerre de rapines que mène le Rwanda dans l'est de la RDC au grand malheur des populations locales qui y paient un lourd tribut en termes de pertes en vies humaines et de déplacements incessants.
De même, on lui saurait gré s'il arrivait à contraindre les deux généraux soudanais, Abdel Fattah al-Burhan et Hemmetti, à une paix des braves.
Et le Sahel dans tout ça ?
Souhaitons qu'autant il a promis « l'enfer au Hamas si les otages [israéliens] ne sont pas de retour », autant il fera preuve de fermeté face aux groupes armés terroristes qui ont pris en otage l'avenir de millions de femmes, d'hommes et d'enfants au Burkina Faso, au Mali et au Niger.
Vivement « l'effet Trump » sur le Sahel.
Puisse le préfacier de « l'âge d'or de l'Amérique qui commence maintenant », dixit l'homme le plus puissant du monde, nous aider à sonner l'âge critique du terrorisme sous nos Tropiques.