Les chercheurs savent depuis longtemps que les îles sont des hauts lieux de la diversité des espèces. Mais jusqu'à récemment, il n'existait pas de chiffres précis permettant de quantifier la diversité de la vie végétale sur les îles.
Une étude impliquant une équipe internationale de scientifiques a comblé cette lacune. Les chercheurs ont développé une base de données d'informations sur la végétation de plus de 3 400 régions géographiques dans le monde, dont environ 2 000 îles.
_The Conversation Africa s'est entretenu avec l'auteur principal de l'étude, Julian Schrader, au sujet des découvertes sur la vie végétale des îles africaines, notamment le fait que Madagascar détient le pourcentage le plus élevé au monde d'espèces végétales endémiques uniques à une seule îl_e.
Pourquoi avez-vous voulu cartographier la diversité végétale des îles ?
Jusqu'à présent, nous ne savions pas grand-chose de la répartition mondiale des plantes sur les îles. Nous n'avions pas de réponses à des questions telles que : combien d'espèces de plantes sont indigènes et endémiques dans les îles du monde entier ? Quel est leur statut de conservation et de quelles lignées évolutives ces espèces sont-elles issues ? Il est surprenant que nous ne disposions de ces informations, étant donné que de nombreuses îles attirent beaucoup les chercheurs et jouent un rôle important dans l'écologie et la biogéographie.
Au-delà de leur intérêt intrinsèque, ces questions sont également cruciales du point de vue de la science et de la conservation. Ce n'est qu'en comprenant ce qui existe que des stratégies de conservation spécifiques et efficaces peuvent être élaborées.
Le fait de poser ces questions et de découvrir les réponses a été passionnant pour moi. Je me souviens encore du moment où les chiffres sont apparus pour la première fois sur mon écran, après avoir rassemblé toutes les données nécessaires. Je ne m'attendais pas à ce qu'environ 20 % de toutes les plantes du monde soient endémiques à des îles. J'ai également été surpris de constater que la plupart d'entre elles - environ 44 000 espèces - n'étaient endémiques que sur une seule île, comme Madagascar ou la Nouvelle-Guinée. Ces chiffres étaient bien plus élevés que prévu, étant donné que les îles ne représentent qu'environ 6 % des terres émergées.
Pourquoi les îles sont-elles si riches en biodiversité végétale ?
Certaines îles, comme la Nouvelle-Guinée, Cuba, Bornéo et Madagascar, abritent de nombreuses espèces endémiques en raison de leur grande taille, de leur climat tropical et de la diversité de leurs habitats. D'autres présentent une proportion élevée de plantes endémiques en raison de leur isolement par rapport au continent ou à d'autres îles. Cet isolement limite les échanges génétiques avec d'autres populations, ce qui favorise l'évolution d'espèces nouvelles, comme c'est le cas à Hawaï ou à La Réunion (une île de l'océan Indien occidental située à environ 700 km à l'est de Madagascar).
Il existe également des îles dites « fragments », dont Madagascar est un exemple. Ces îles ont, à un moment lointain de leur histoire, été reliées au continent avant de s'en détacher et de dériver, emportant leurs espèces avec elles. Ces espèces ont ensuite évolué de manière isolée ou ont disparu sur le continent, devenant ce que les scientifiques appellent des « paléo-endémiques ».
Madagascar remplit toutes ces conditions. C'est ce qui le rend si diversifié en termes de nombre d'espèces et de plantes endémiques.
Vous avez découvert que 83 % des plantes poussant à Madagascar sont endémiques à l'île. Est-ce le taux le plus élevé de plantes endémiques sur une île ?
Oui, Madagascar est en tête de liste au niveau mondial en termes de pourcentage d'espèces végétales endémiques sur une seule île. C'est parce que, comme je l'ai dit, Madagascar est très riche en espèces. Il s'agit d'un ancien fragment d'un continent plus vaste qui s'est détaché de l'Afrique il y a des millions d'années, emportant avec lui de nombreuses espèces qui se sont éteintes par la suite ou qui ont évolué vers de nouvelles espèces sur le continent.
Ce long isolement a conduit à un endémisme très élevé, qui se manifeste encore aux niveaux taxonomiques supérieurs, tels que les genres et les familles. En fait, sur l'ensemble des familles de plantes, 17 sont entièrement endémiques aux îles, et c'est à Madagascar qu'elles le sont le plus.
Les îles du golfe de Guinée ont également livré des résultats fascinants. Quelles sont celles qui se démarquent le plus ?
Dans le golfe de Guinée, les îles de Bioko, São Tomé et Príncipe se distinguent par leur remarquable diversité d'espèces végétales endémiques. Ces îles possèdent une variété d'habitats qui favorisent une différenciation écologique marquée, permettant l'émergence de niches spécifiques pour les espèces.
São Tomé et Príncipe, en particulier, représentent des exemples typiques d'îles océaniques, où les espèces végétales sont arrivées par dispersion sur de longues distances depuis le continent. Une fois établies, ces espèces ont évolué de manière isolée pour donner naissance à de nouvelles espèces, un processus souvent associé à des taux d'endémisme élevés sur ce type d'îles.
En quoi ces informations sont-elles utiles pour les chercheurs, les conservationnistes et les gouvernements ?
Ces travaux représentent une ressource précieuse pour la recherche future. Disposer de données complètes sur la répartition mondiale des plantes permet d'approfondir notre compréhension des mécanismes évolutifs et des facteurs qui déterminent la présence des espèces à des endroits spécifiques.
D'un point de vue de la conservation, cet ensemble de données offre une vision plus précise des zones où se trouvent les espèces menacées. Cela peut contribuer à l'élaboration de stratégies de conservation ciblées et à une sensibilisation accrue à l'importance des îles pour la préservation de la biodiversité à l'échelle internationale.
Pour les gouvernements, il est essentiel de comprendre la richesse et le patrimoine naturel dont ils ont la responsabilité de protéger.
Bien qu'il soit difficile de prédire l'effet direct sur les efforts de conservation, j'espère sincèrement que ce travail contribuera à inscrire les îles au coeur des agendas internationaux de conservation et de biodiversité.
Julian Schrader, Lecturer in Plant Ecology, Macquarie University