Puisque la guerre, selon le général prussien, Carl von Clausewitz (1780-1831), est une simple continuation de la politique par d'autres moyens, il ne reste plus que quelques escarmouches pour la déclencher véritablement, tant les relations entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sont exécrables.
C'est dire que le point de rupture est atteint.
Dernier épisode en date, le rappel par Kinshasa de tous ses diplomates accrédités à Kigala, marquant la fin de toute forme de coopération. Par conséquent, le chef de la diplomatie congolaise a demandé aux autorités rwandaises de tirer toutes les conséquences de cette décision en cessant, dans un délai de 48 heures, toutes les activités diplomatiques et consulaires de l'ambassade de la République du Rwanda à Kinshasa.
La diplomatie ayant véritablement échoué, plus que jamais, on est au bord de l'affrontement direct. Certes ce n'est pas une première. On se rappelle aussi qu'en décembre 2023, lors de sa tournée électorale, le président Tshikedi avait promis, s'il était réélu-ce qui fut le cas-de déclarer la guerre si d'aventure le Rwanda continuait sa politique d'ingérence.
"Je vous prends à témoin, peuple congolais, souverain primaire, et je déclare ce qui suit devant le monde entier : si nos ennemis continuent à agir de manière irresponsable en tirant un seul coup de feu, je réunirai les deux chambres du Parlement pour demander l'autorisation de déclarer la guerre au Rwanda", avait-il menacé, le ton martial, sans qu'on sache véritablement s'il oserait franchir le rubicond et même s'il a les moyens de sa politique
C'est donc un froid glacial qui souffle sur l'axe Kinshasha-Kigali. La situation humanitaire est alarmante avec de nouveaux déplacés qui se sont ajoutés aux 600 000 qui existaient déjà, portant les déplacés internes à près de deux millions de personnes, d'après le bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu. C'est comme qui dirait, l'enfer dans le Nord- Kivu, à l'est de la RDC. Une grande partie de la ville de Goma est privée d'eau et d'électricité, la connexion internet est perturbée, les réseaux de téléphonie mobile sont aléatoires, les commerces tournent au ralenti et les activités scolaires sont suspendues.
Au demeurant, le groupe rebelle qui a conquis plusieurs localités environnantes a annoncé une offensive sur Goma. Et le mouvement ne compte pas s'arrêter là. Six casques bleus et 7 soldats sud - africains membres des troupes de la SADC (communauté de développement des pays d'Afrique australe) ont été tués la semaine dernière lors de violents combats. Le gouverneur militaire du Nord - Kivu, le général major, Peter Cirimwami, a aussi été tué, par des snipers rwandais selon la version officielle.
Depuis des années, le M23 s'est sanctuarisé semant la désolation avec le soutien affiché de Paul Kagamé. Il a beau nier son implication directe dans le conflit qui endeuille la population mais les rapports se suivent et se ressemblent tous. Pour de nombreux analystes, c'est une véritable guerre de rapine sous des prétextes sécuritaires que mène l'Homme mince de Kigali contre la RDC qui semble être hélas un géant aux pieds d'argile. Pour sa part, le Rwanda dit en substance qu'il défend les Tutsis du Congo contre des Hutus ayant fui le pays après le génocide.
Depuis que le Pays des mille collines a aidé Laurent-Désiré Kabila, le père de l'autre, à conquérir le Zaïre, il a toujours considéré ce vaste territoire comme son arrière-cour où presque tout lui serait permis. Kagamé n'y avait-il pas nommé un proconsul, le général James Kabarebe, quand tout allait entre les deux voisins ? Depuis, l'idylle a tourné au désamour et à la haine viscérale. Et ce sont les populations qui paient le plus lourd tribut des drames qui vont avec ce genre de situation.
C'est dans cette ambiance apocalyptique que le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit aujourd'hui autour de cette épineuse question. Va-t-il en sortir quelque chose de décisif ? Le doute est permis. Le risque est plutôt grand que ses membres ressortent de leur laboratoire avec une énième résolution au style ampoulé. Du reste, Kagamé a toujours montré qu'il s'en fichait comme d'une guigne, de ce genre de décision. Jusqu'à quand va perdurer cette situation ? Et les Africains dans tout ça ? L'Union africaine (UA) a appelé à la "cessation immédiate" des hostilités. Des voeux pieux...