Oyez, oyez, braves gens. Vous vouliez du sang nouveau en termes de nominations à la tête des institutions publiques du pays ? Vous voilà servis et par non des moindres. Sanjay Bhunjun, qui a passé 15 ans au sein de trois organismes parapublics, dont le Board of Investment (BOI), avant de se mettre à son compte et devenir un entrepreneur à succès, est le nouveau président du conseil d'administration de l'Economic Development Board (EDB), qui, en son temps, a absorbé le BOI et Entreprise Mauritius. Pour ce quinquagénaire, c'est un peu un retour à la maison, l'apport de son expérience d'entrepreneur y apportant de la valeur ajoutée. Portrait.
Sanjay Bhunjun, 56 ans, est issu d'une famille très modeste mais non moins laborieuse. Son père, Balo, vend des gâteaux piments à Chemin-Grenier. Sa mère, Sarosatee, est femme au foyer. C'est au bout de 15 ans de dur labeur que les Bhunjun arrivent à ouvrir une pâtisserie. Sanjay Bhunjun, qui a très tôt compris l'importance de l'éducation, fréquente le SSS de Souillac jusqu'en Form V. Ses matières de prédilection sont les sciences. Ses bons résultats lui ouvrent les portes du collège Royal de Curepipe.
Il étudie sans relâche et obtient la bourse française. Comme la tendance de l'époque pour les garçons voulant faire des études supérieures est de s'orienter vers l'informatique, l'électronique ou l'ingénierie, c'est pour cette troisième filière citée qu'il opte. Il quitte Maurice pour Lyon, en France, où il est admis à l'université Lyon 1 Claude Bernard. Il fait suivre la licence qu'il obtient d'un master en ingénierie électronique et informatique. Lorsqu'il complète ses études supérieures en 1995, il travaille pendant deux ans dans le domaine électronique et informatique avant de regagner le pays.
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Avec ses diplômes, Sanjay Bhunjun se voit offrir, en 1997, un poste d'Assistant Manager à la Mauritius Export Development and Investment Authority (MEDIA), et son rôle principal consiste à attirer les investisseurs dans les secteurs des technologies de l'information et de la communication (TIC) et manufacturier. Un des plus gros challenges qui repose sur ses épaules est d'arriver à remplir le parc informatique de La Tour-Koenig. En un an et demi, il y arrive. Il pilote aussi le démarrage du projet de Jin Fei. En 1999, il part pour Singapour suivre une formation en marketing management auprès de l'université de Nanyang.
En l'an 2000, lorsque le BOI est mis en place, une partie du personnel de la MEDIA y est absorbée. C'est son cas en 2001 et le poste de Senior Executive, soit l'équivalent de manager, lui est offert. «J'ai rejoint le BOI et là aussi, j'étais responsable de la promotion du secteur des TIC. Que ce soit à la MEDIA qu'au BOI, j'ai fait énormément de promotion de l'investissement et de l'exportation, et j'ai piloté l'implantation de plus d'une trentaine de gros projets d'investissement.» En 2004, le National Computer Board le débauche en lui offrant le poste de Senior Manager et de no 2 de cet organisme parapublic. Il est responsable de tout ce qui est promotion et du business development. Poste qu'il occupe jusqu'en 2012 lorsqu'il se sent prêt à voler de ses propres ailes.
Il se dit qu'après avoir acquis autant d'expérience dans la promotion de l'investissement et de l'exportation que le moment est venu pour lui d'appliquer ces connaissances à son échelle. Avec ses maigres économies, mais un business model en béton, il ouvre une société spécialisée dans l'exportation de fruits exotiques vers l'Europe. Si l'usine est à Quartier-Militaire, les plantations des sucreries qui sont en partenariat avec lui se trouvent dans le Sud et l'Est. En parallèle, il développe une société de transport et de logistique, et sous-traite avec les propriétaires de véhicules.
«Je crois que le sens des affaires a toujours été en moi. Je me suis dit que si je réussissais autant à faire de la promotion et de l'exportation pour les autres sociétés, pourquoi pas pour les miennes. C'est avec cet état d'esprit que je me suis lancé.» L'une comme l'autre société décollent rapidement, et sont aujourd'hui florissantes et bien structurées. «C'est la somme de mes 15 années d'expérience au niveau du senior management dans les organismes parapublics et de mon expérience de travail dans le privé en France que j'ai injectée dans mes sociétés.»
Sanjay Bhunjun jure ses grands dieux qu'il n'a pas de parrain politique. «Je n'ai pas de connexion politique et je n'ai été parrainé par aucun politicien.» À quoi attribue-t-il l'offre qui lui a été offerte d'agir comme président du conseil d'administration de l'EDB ? «Je suppose que je la dois à ma réputation d'intégrité, à mon profil et à mon expérience. Et sans doute aussi au fait que je sois relativement jeune.» Présider le conseil d'administration de l'EDB est un emploi à temps partiel. Ce qui lui laissera le temps de concerter les directeurs de ses deux sociétés et de superviser leurs opérations.
Comment entrevoit-il son rôle en tant que président de l'EDB, organisme qui a stagné ces derniers temps ? «C'est vrai que l'EDB a stagné et a mis, à mon sens, trop d'accent sur la promotion de l'immobilier. En tant que président du conseil d'administration, je m'engage à apporter un nouveau souffle à cette institution, à apporter une importante et sincère contribution et une énergie positive afin qu'elle redevienne dynamique et puisse jouer pleinement le rôle qui lui est attribué dans le développement économique. Mon approche consistera à m'assurer que l'EDB soit en ligne avec le discours-programme.»
Sanjay Bhunjun est très sérieux dans ses intentions car dès aujourd'hui, et avant que le conseil d'administration ne soit reconstitué, il se rendra au bureau de l'EDB à Ébène pour effectuer un état des lieux. «Je dois comprendre quelles initiatives ont été prises et surtout, cerner les lacunes et les éléments nécessitant une attention immédiate. Ensuite, je peaufinerai une stratégie et un plan d'action dont les objectifs doivent s'aligner avec le discours-programme. Finalement, je veux rétablir la réputation de cet organisme à l'échelle internationale car l'image et la réputation sont des éléments très importants qui vont attirer les investisseurs étrangers. Il faut développer un programme qui va restaurer un climat de confiance. Je trouve que l'on ne se sert pas assez de l'outil digital et de la fintech.» Il entend aller très vite. «Je souhaite que le conseil d'administration soit constitué le plus rapidement possible, dans l'intérêt de tous...»