Congo-Kinshasa: Cessez-le-feu du M23 à Goma - Pourvu que ça dure !

Le M23 a donc décidé d'observer un cessez-le-feu, pour des raisons humanitaires, dit-il. Tant de jours après la prise de Goma, et alors que beaucoup d'observateurs et d'analystes pensaient que la prochaine cible des rebelles serait Bukavu au sud Kivu, ils ont opté momentanément de faire taire les armes.

S'ils avancent des raisons humanitaires, il se pourrait que ce soit aussi une stratégie pour recharger les accus, à moins qu'ils n'aient été obligés de prendre cette décision suite aux multiples pressions fortement exercée actuellement sur le Rwanda et son président, Paul Kagamé, dont on sait qu'il est le parrain de la rébellion.

Il faut dire, en effet, que de toute part, se lèvent des voix pour condamner la guerre de rapine que mène Kigali dans l'est du Congo. Dernière voix à s'élever, celle de la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies qui a appelé le Rwanda à retirer ses troupes à l'Est de la RDC. Cette injonction chinoise vient s'ajouter à d'autres dénonciations comme celle de l'Union européenne dans son ensemble, ou de pays comme l'Allemagne ou la France, etc. sans que jusque-là l'homme mince de Kigali ne daigne prendre en considération ces imprécations qui fusent de toute part. On en est d'ailleurs à se demander qui parviendra à le raisonner, à moins que Donald Trump qui vient d'aménager dans le bureau ovale pèse de tout son poids pour le contraindre à cesser d'appuyer la rébellion du M23.

Du reste le cessez le feu annoncé n'a pas été arrêté d'accord partie à la suite de discussions. Unilatéralisme pour unilatéralisme, il faut espérer que la RDC le respectera malgré tout, et n'en profitera pas pour gagner du terrain. Quand bien même, il aurait été décidé après des tractations, un cessez le feu n'est jamais gagné d'avance à plus forte raison quand c'est une des parties qui en prend seul l'initiative.

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En attendant, on ne peut que se féliciter qu'il intervienne. Il va sans doute permettre aux populations meurtries de souffler un tant soit peu, d'enterrer leurs morts, estimés à 3000, et dont 2000 ont déjà été inhumés et de faire des provisions. Il faut également espérer que la réouverture de l'aéroport de Goma, réclamée par l'ONU sera effective et permettra aux secours humanitaires de se mettre en place pour soulager un tant soit peu les difficultés de toutes sortes qu'éprouvent les populations, qu'il s'agisse de la nourriture, des médicaments du logement, etc.

Maintenant que le cessez-le-feu a été décrété par le M23 avec sans doute l'accord du parrain rwandais, il faut espérer que ce temps sera mis à profit pour que la diplomatie qui peine jusque-là à arrêter les hostilités, prenne le dessus. La Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC) conjointement avec la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) a d'ailleurs programmé un sommet extraordinaire pour samedi à Dar-es-Salaam.

La grande question demeure cependant, celle de savoir si le Rwandais Paul Kagamé et le Congolais Félix Tshisekedi effectueront le déplacement de Dar-es-Salaam, eux qui depuis bien longtemps maintenant ne parviennent plus à s'assoir au tour de la même table. Il faut pourtant qu'ils se parlent, même si leurs relations sont devenues tellement exécrables qu'on se demande ce qui pourrait bien en sortir. Kigali tient à ce que Kinshasa discute directement avec le M23, ce à quoi Tshisekedi ne veut pas se résoudre arguant qu'il ne saurait justement parler à ceux qu'il considère comme des terroristes. Il faudra bien pourtant que de part et d'autre chacun des protagonistes mette un peu d'eau dans son vin si on veut donner une chance à la paix. Pour le moment, on en est encore loin, même si les armes se sont tuent momentanément.

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