Gabon: Le pays sera-t-il un modèle de transition ?

6 Février 2025
analyse

Le chronogramme de la transition au Gabon, initialement, était inscrit sur une période de deux ans, ou du moins si l’on en croit l’annonce qu’avait faite la ministre de la communication Laurence Ndong. Ainsi, l’élection présidentielle devait donc, sans surprise, se dérouler en août 2025, sauf que le 1er ministre avait mis un bémol en précisant que cette date était indicative et qu’elle pouvait faire l’objet de révision.

C’est le cas aujourd’hui, le Président de la transition Brice Clotaire Oligui Nguéma a fixé la date de l’élection au mois d’avril 2025, soit 4 mois avant l’échéance prévue, et il faut le saluer, le respect du calendrier électoral n’est pas, à vrai dire, une tradition en Afrique pour les régimes issus des coups d’état, il faut l’avouer.

Il est vrai cependant, que les péripéties ayant abouti, depuis le Coup d’Etat du 30 août 2023, à l’adoption par référendum de la Constitution de la IIème République du Gabon, ont généré beaucoup de polémiques. Toutefois, elles ont permis de tracer une ligne d’horizon au pouvoir de transition, et d’afficher un marqueur visible à la volonté des militaires de poursuivre l’aventure au sommet de l’Etat.

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Le premier marqueur est sans aucun doute la réforme du code électoral qui autorise les militaires à faire acte de candidature à la présidentielle et aux autres élections politiques. Autant dire que c’est une brèche ouverte au Président Oligui Nguéma, pour qui en effet on avait annoncé sa non-candidature, d’ailleurs démentie par les médias d’État, sans que les services de la présidence gabonaise ne veuillent se prononcer. Est-ce à dire que la volonté existe ? Ou bien pour confirmer l’adage « qui ne dit mot consent » ? Wait and see !

Mais le fait d’anticiper de 04 mois la tenue de l’élection présidentielle ne manque pas de soulever des interrogations légitimes du côté des acteurs politiques, notamment ceux de l’opposition, pour qui il y aurait une sorte de « délit d’initié » en ce sens que le pouvoir a pris les devants pour les prendre au dépourvu, et ainsi profiter de leur impréparation. A ce jour, d’ailleurs, on n’enregistre qu’une seule candidature, celle de Daniel Mengara, un ancien opposant à Bongo, de retour d’un exil de 26 ans.

Les récents déplacements accompagnés d’une forte communication du président Oligui Nguéma lui-même ne sont pas sans accréditer des soupçons légitimes. ll s’y ajoute l’effervescence notée ces dernières semaines avant la clôture de la révision des listes électorales (31 janvier), avec la prolifération des appels des mouvements de soutien à la candidature de Oligui Nguéma, comme celui de l’ancien Ministre des sports Franck Nguéma, dénommé GABAO, ou celui de la plateforme d’Actions Sociales et Solidarité (PASS) qui est une association présente dans 9 provinces du Gabon. Tous ces actes restent plus que jamais suspects au sujet des velléités du Président Oligui Nguéma de rester au pouvoir au terme de la transition.

En tranchant définitivement cette question, le Gabon fera son entrée dans le cercle restreint des transitions modèles comme celle du défunt président Amadou Toumani Touré du Mali, ou, à l’inverse, rentrera dans les rangs.

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