Guinée: Quand la misère et la répression poussent à l'exil

7 Février 2025

En 2024, la Guinée se positionne comme le troisième pays d'origine des demandeurs d'asile en France, avec 10 300 ressortissants. Misère, répression, désespoir : tels sont les maux qui rongent la Guinée et forcent ses enfants à chercher refuge ailleurs. Derrière les chiffres de l'exode, il y a des vies brisées, des familles déchirées, et un cri de détresse qui résonne au-delà des frontières.

L'année 2024 marque une triste réalité pour la Guinée : 10 300 de ses citoyens sont demandeurs d'asile en France. Ce chiffre alarmant place le pays de Sékou Touré au troisième rang des nations d'origine des demandeurs d'asile dans l'Hexagone, juste derrière l'Afghanistan (12 400) et l'Ukraine (11 800), selon les données de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (Ofpra).

La Guinée, ancienne colonie française, se positionne ainsi comme un important pourvoyeur de réfugiés vers son ancien colonisateur, un symbole poignant des difficultés et des échecs de la gestion de nos indépendances africaines. Ce constat souligne avec force l'ironie de l'histoire : le pays qui a autrefois incarné la fierté de l'émancipation se vide de sa population, contrainte de chercher refuge ailleurs.

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En 1958, Sékou Touré et son peuple ont fait le choix audacieux de « la liberté dans la pauvreté plutôt que la richesse dans l'esclavage », une décision qui contrastait avec celle des autres colonies françaises au Sud du Sahara, qui ont maintenu un lien étroit avec la France . Cependant, les réalités contemporaines de la Guinée révèlent une situation préoccupante : les citoyens fuient la misère, la pauvreté et la répression.

La devise nationale, « Travail, Justice, Solidarité », résonne comme un voeu pieux face à la réalité. Après sept décennies de République, de nombreux Guinéens sont confrontés au chômage, à une justice non indépendante et à une solidarité en constant déclin. La société, autrefois soudée, est désormais minée par une course effrénée au gain facile, où l'individualisme prime sur le bien commun.

Pire encore, les élites étatiques, censées être au service de la nation, détournent les maigres ressources du pays à leur profit, laissant derrière elles une population désabusée. Dans cette atmosphère de corruption et d'impunité, même les figures religieuses, gardiennes de la moralité, semblent compromises, offrant leurs prières et bénédictions aux corrompus en échange de quelques subsides. Leur crédibilité s'effrite, laissant les fidèles désorientés face à un « enfer terrestre » qu'ils subissent bien avant l'éventuel jugement divin.

Face à cette spirale de désespoir, comment blâmer ces Guinéens qui choisissent l'exil, souvent au péril de leur vie ? Ils ne font que chercher un avenir meilleur, loin d'un système qui les opprime et les abandonne. Leur départ massif est un cri d'alarme, un appel à l'aide désespéré pour une Guinée en proie à ses propres démons. Il est temps de se pencher sur les causes profondes de cette crise et d'agir pour offrir à ces citoyens un avenir digne et prospère dans leur propre pays.

 

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