Guinée Bissau: Présidentielle - Quand Embaló est sur les traces de Macky Sall ?

7 Février 2025

Le scénario a du mal à convaincre, mais les évolutions récentes de la vie politique en Guinée-Bissau ressemblent à maints égards à celui de son voisin du Sénégal à la veille du départ de Macky Sall, au terme de son second mandat. Ce n'est pas une surprise car Umar Sissoko Embaló appelait Macky Sall le grand frère.

Ce qui en revanche reste une surprise, c'est que Umaro Sissoco Embaló lui-même, élu en Février 2020 pour un mandat de cinq, avait déclaré le 11 septembre 2024, un an avant le terme de son mandat, qu'il n'en briguerait pas un second mandat en 2025, suivant en cela les conseils de son épouse, avant de se raviser après.

Cela dit, il avait indiqué dans la foulée que son successeur ne figurerait pas parmi ses opposants à son régime, du moins les plus en vue que sont Nuno Gomes Nabiam, Brahima Camara ou Domingo Simoes Pereira (ex-Président de l'Assemblée nationale), qu'il avait l'époque traité de « bandit ».

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Aujourd'hui les choses semblent tourner dans une autre direction. En effet prétextant d'un coup d'État, survenu du novembre au 1er Décembre 2023 lors des affrontements entre la garde nationale et les forces gouvernementales, en son absence du pays, le Président Embaló avait, faut-il le rappeler, dissout le 04 Décembre, l'Assemblée nationale qui était majoritairement composée des députés de l'opposition, en violation de l'Art. 94 de la Constitution, qui empêche la dissolution de l'Assemblée dans les 12 mois qui suivent son installation.

Depuis lors, le pays était sans Assemblée, et le mandat de la commission électorale avait expiré depuis bien longtemps, et le début processus de l'élection présidentielle était imminent. Bis répétita !

Comme il l'avait fait lors du report sine die des législatives qui devaient se tenir le 27 Novembre 2024, cette fois-ci, par contre il n'y a pas de coup d'État, par contre Embaló est en train d'engager un coup de force, ayant sous sa haute main les ministères des forces armées et de l'Intérieur et plaçant désormais la garde nationale sous la tutelle de l'armée, qui lui est restée jusqu'à ce jour fidèle.

Aujourd'hui, Umar Sissoco Embaló veut rester au pouvoir jusqu'à l'élection de son successeur, en faisant une interprétation tendancieuse de la Constitution ; encore faudrait-il qu'une date soit fixée pour l'élection de son successeur. A l'heure actuelle le consensus ne semble pas être acquis au niveau des membres de l'opposition pour qui le mandat se termine le 27 Février, et Embaló doit partir.  En plus considèrent-ils, le processus électoral n'est pas entamé, ce qui jette le doute sur la faisabilité de la solution que donne la Cour suprême de Justice semble « couper la poire en deux » en indiquant la date butoir du 04 septembre, date de proclamation de l'élection contestée de Embaló, pour la fin de l'actuel mandat.

On semble dès lors s'orienter vers une impasse, qui pourrait faire peser sur le pays de sérieuses menaces. Il y a un profond désaccord entre la Cour suprême, les partis d'opposition sur l'interprétation de la durée du mandat. Il est clair qu'un président sortant reste en place jusqu'à l'élection de son successeur, bien entendu, encore faudrait-il que le processus démarre dans les délais. Justement, parlant délais, la Cour suprême est tenue par des délais non élastiques pour la proclamation des résultats. 7 mois il faut l'avouer, c'est trop.

On se rappelle la volonté de Macky Sall de repousser la date de la présidentielle jusqu'en décembre 2024, alors que l'élection devait se tenir le 25 février. Celle-ci avait provoqué une grave crise politique avec de nombreux morts. La Cour suprême du Sénégal avait à l'époque exigé, dans une décision célèbre, que celle-ci devait se tenir le 24 Mars 2024, qui était « un délai raisonnable ». Ainsi le débat était clos.

La cour suprême de justice de Guinée-Bissau semble emprunter cette jurisprudence sénégalaise, heureuse pour sauver le scrutin et la paix, mais malheureuse du point de vue du principe de l'intangibilité du mandat du président de la République. Ceci pourrait constituer un précédent dangereux, une sorte d'arrangement juridique des problèmes politiques. Cela est d'autant plus dangereux que la cour reporte de 7 mois.

Espérons que la Cour suprême de Guinée-Bissau aura la même Baraka que celle du Sénégal pour amener les acteurs politiques à accepter, au besoin, des délais réduits pour aller vers une élection apaisée, d'autant que Embaló avait dit qu'il n'était pas non partant, à moins qu'il ne change d'avis.

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