Guinée: Immersion gouvernementale - Un p'tit air de campagne électorale

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« Immersion gouvernementale saison deux ». Ça pourrait être le titre de la série politique qui se joue en Guinée. Après une première expérience, le Premier ministre guinéen Bah Oury et l'ensemble de son gouvernement ont de nouveau pris d'assaut les routes et les sentiers guinées pour aller à la rencontre des populations pendant un mois.

Des sortes de vacances gouvernementales au cours desquelles ils vont sillonner par monts et par vaux les 245 857 km² de la Guinée dans l'objectif de prendre en compte les réalités du terrain.

En désertant l'atmosphère feutrée de leurs bureaux pendant un mois, on a bien peur que des dossiers soient en souffrance, sans oublier les moyens financiers et logistiques colossaux que nécessitent ces excursions qui auraient sans doute pu être beaucoup plus utiles ailleurs que d'aller faire le panégyrique de l'homme fort de Conakry.

« L'immersion ne vise pas simplement à faire acte de présence. [...] Elle a pour but de prendre en compte les réalités du terrain afin de mieux planifier l'avenir », décrit le chef du gouvernement Bah Oury sur X à l'entame de ce tour de la Guinée qui a commencé à N'Zérékoré.

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Depuis c'est la même antienne qui rythme ces tournées gouvernementales où les ministres, entre deux doléances des populations hôtes, ne sont pas avares en promesses de toutes sortes : « ouverture d'une cité administrative, accès au numérique dans les écoles primaires dès la prochaine rentrée, création d'un centre de diagnostic et de cardiologie, développement de la mine de fer du Simandou, etc. »

Si ce n'est pas une campagne électorale ça y ressemble fort, même si la candidature du général Mamadi Doumbouya n'est pas encore officielle. Pour autant elle ne fait plus l'ombre d'un doute. Les manifestations pour l'amener à se présenter se multiplient à l'image de ce match de football dédié au chef de la junte le 1er décembre qui a fait des dizaines de morts et de blessés. Une enquête était censée d'ailleurs être ouverte, dont on attend toujours les conclusions. Mais manifestement, cette tragédie n'était pas suffisante pour décourager les partisans chauds bouillants de la junte guinéenne qui sont en train de dérouler pour ainsi dire le tapis rouge à leur mentor pour légaliser le pouvoir qu'il a conquis du bout du fusil le 5 septembre 2021.

Voilà d'ailleurs plus de quatre ans que l'ancien patron des forces spéciales guinéennes a débarqué le Pr Alpha Condé qui avait eu la mauvaise idée de vouloir tripatouiller la Constitution pour se tailler un troisième mandat, et beaucoup de gens avaient salué ce qui apparaissait comme un coup d'Etat salutaire. Quatre ans après, la transition guinéenne s'éternise. Et même si le locataire du palais de Sékhoutouréya a promis des élections pour l'année 2025, il faut attendre de voir pour croire. La transition n'était-elle pas censée se terminer le 31 décembre 2024 ? Si donc le calendrier électoral n'est pas encore précis, les ambitions du président de la Transition, elles sont de plus en plus claires. Seulement avait-on besoin quatre ans après être arrivé au pouvoir d'envoyer des commandos ministériels aux fins fonds de la Guinée pour connaître véritablement les besoins de la population ?

Contraste saisissant, alors que le camp présidentiel prend d'assaut les coins et les recoins de la Guinée, les activités des partis politiques, de la société civile sont restreintes et de nombreux leaders politiques et d'opinion sont soit en exil, soit en prison, voire six pieds sous terre. Rien donc ne saurait entraver la marche engagée, du lieutenant-colonel qui s'est fait bombarder général de corps d'armée il y a quelques mois vers la régularisation de son pouvoir. Pauvre Afrique ! Pauvre Guinée !

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