Madagascar: La fabrication d'uniformes pour l'armée française vivement critiquée en France

Depuis deux semaines, le marché conclu par l'armée française et le groupe industriel Paul Boyé est au coeur de critiques. Une partie de l'activité de ce dernier est partiellement délocalisée via une filiale à Madagascar, qui sera chargée de produire plus de 100 000 uniformes pour l'armée française. Mais des personnalités politiques affirment que cela supprimerait des emplois en France. Le fabricant se défend, en affirmant la nécessité de rester compétitif face à la concurrence internationale.

Au moins 125 000 uniformes de l'armée française seront pour partie fabriqués à Madagascar au cours des cinq prochaines années. Le groupe industriel Paul Boyé Technologies, qui compte trois usines et emploie un millier de personnes à Antananarivo, doit en effet équiper les 25 000 soldats recrutés chaque année par l'armée française durant cette période. Le contrat prévoit aussi le renouvellement des tenues des militaires en cas de changement de grade, de corps d'armée ou de morphologie.

Dans le détail, « la fabrication de la tenue est à Madagascar, mais elle est personnalisée dans l'usine en France, avec les broderies nécessaires par rapport à l'armée d'appartenance et au sein de l'armée de terre, en fonction des insignes, en fonction des grades » indique le directeur du service du commissariat des armées, le commissaire général hors classe Olivier Marcotte.

Le groupe Paul Boyé assure que 90 % de la valeur ajoutée sera produite en France.

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Au-delà du faible coût, un choix en raison du savoir-faire à Madagascar

En France, plusieurs personnalités politiques françaises ont vivement critiqué cette fabrication à la Grande Île. De François Ruffin à Marine Le Pen, ils considèrent que cela revient à supprimer des emplois en France.

Mais pour Jacques Boyé, président du groupe Paul Boyé Technologies, la répartition de ce processus de fabrication entre la France et Madagascar est aujourd'hui le seul modèle économique viable pour continuer à gagner des contrats face à la concurrence internationale, clame-t-il.

« Nous avons perdu les premiers contrats au début des années 1990 avec des Belges qui fabriquaient en Asie, notamment au Sri Lanka et en Chine. Pour résister à cela, on s'est dit qu'il nous fallait, nous aussi, créer nos propres usines dans des pays qui nous apporteraient la compétitivité qui allait bien. Et on a choisi Madagascar tout simplement en raison du coût de la main d'oeuvre », explique Jacques Boyé.

« C'est comme cela que j'arrive à sauvegarder mes employés en France et mes employés à Madagascar, poursuit-il. Je défends autant les Malgaches que les Français. On a trouvé un modèle économique qui nous permet de fabriquer des deux côtés. Les uns font travailler les autres et vice-versa, on est complètement imbriqués et c'est un modèle harmonieux. »

Au-delà du faible coût du travail à Madagascar, le choix de Paul Boyé Technologies s'est porté sur ce pays dès 1992 en raison de son savoir-faire reconnu dans le secteur textile. « On a trouvé à Madagascar une main d'oeuvre capable de faire des produits de bons niveaux, parce qu'il y a une tradition du textile, de la broderie. On va développer nos activités à Madagascar, on est en train de monter de nouvelles lignes de fabrication. Non seulement on va continuer, mais en plus de cela, on va étendre notre activité commerciale sur l'Afrique. Car je pense que depuis Madagascar, on peut livrer des uniformes sur toute l'Afrique », annonce Jacques Boyé.

Une réglementation sociale et environnementale stricte

Le Syndicat des Industries de Madagascar tient à rappeler que le secteur textile malgache obéit aujourd'hui à des réglementations sociales et environnementales strictes.

« Quand on parle du textile à Madagascar dans le secteur formel, il y a une réglementation qui est suivie, explique le président du syndicat Tiana Rasamimanana. Notamment par les autorités avec l'Inspection du travail, la Caisse nationale de prévoyance. Les clients, les donneurs d'ordre, regardent aussi ce qui se passe dans les entreprises, notamment en ce qui concerne les conditions de travail et l'environnement. La plupart des commandes émanant des pays de l'Union européenne, des États-Unis et de l'Afrique du Sud exigent que leurs fournisseurs soient certifiés et suivent un certain nombre de normes de qualité. »

Sur la Grande Île, l'industrie textile emploie 200 000 personnes dans le secteur formel. Quelque 120 entreprises textiles se trouvent en zone franche et bénéficient ainsi d'un régime fiscal avantageux pour leurs exportations. Si le secteur a beaucoup souffert pendant la pandémie de Covid-19, il a connu une croissance exceptionnelle l'année dernière, estimée à 30 % selon le ministère de l'Économie. Cela en fait l'un des principaux moteurs de l'économie malgache avec l'agriculture, le tourisme et les télécommunications.

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