L'Union pour le service de l'islam et de la patrie (USIP) a organisé, le 15 février 2025 à l'Hôtel de ville de Ouagadougou, une conférence axée sur le thème : « Une bonne compréhension est la base d'une coexistence pacifique ». Cette trouvaille, selon le président de l'association, Ismaël Douniré, se veut un prolongement de l'émission en ligne, « Les chercheurs de vérité », dont l'ambition est de promouvoir un islam éclairé, ouvert et tolérant dans un monde où les tensions et les incompréhensions ont la peau dure. Décryptage du wahhabisme sous le prisme de trois panélistes.
« Islam, sunna et wahhabisme ». Ce sous-thème a été développé le Dr Mohammed Ishaq Kindo, vice-président du Mouvement sunnite du Burkina Faso (MSBF). Islam, selon ses propos, désigne le nom de la religion d'Allah, attribué par lui-même dans son Coran, pendant que la sunna désigne la voie, l'explication et la compréhension du prophète Mohammed qui est l'exemple le plus achevé du musulman.
La sunna ou pratique du l'islam est faite de propos, d'actions, d'enseignements, d'approbation ou de désapprobation du prophète face à une situation donnée. Il ne voit pas de différence entre islam et sunna et professe que cette sunna n'est pas l'apanage d'une personne, d'un groupe ou d'une association quelconque.
« Tout musulman qui a comme repère le coran et la sunna du prophète pratique aussi la sunna qu'il soit de l'association communauté musulmane, du mouvement sunnite, du tidjania, de l'Ittihad al islami qui ne sont que des cadres créés pour exprimer notre foi », a fait savoir le Dr.
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Et de poursuivre que le problème est né de la « fabrication du wahhabisme » par des gens dans le but de combattre la sunna. En effet, il a expliqué que le savant Mohammed ben Abdelwahhab (né en 1703 et décédé en 1791), perçu comme le père fondateur du wahhabisme, a vécu une période au cours de laquelle pratiquer la sunna, combattre le bid'a ou l'innovation dans la religion, vivre selon l'éducation islamique ou faire la dawa ou des tournées de sensibilisation à l'islam, étaient mis à rude épreuve du fait des passions, des intérêts ou de desiderata de simples mortels.
Cet homme, ajoute-t-il, se proposa alors de faire de son mieux pour restaurer la bonne compréhension de l'islam mais fît face à toutes sortes d'adversités. Les détracteurs du fils d'Abdelwahhab lâchèrent le terme « wahhabisme » comme d'une voie nouvelle alors que les pratiques, enseignements, entre autres, qu'il prônait ne se sont jamais écartés du coran et de la sunna du prophète.
Porter le voile ou la barbe, écourter son pantalon...
Le Dr Mohammed Ishaq Kindo dit être impassible lorsqu'il est désigné par le terme « wahhabia » puisque les fondements de ces pratiques ou habitudes religieuses ont bel et bien leurs sources dans le Coran et la sunna du prophète. Ainsi en est-il du port du voile, de la barbe, d'écourter son pantalon, de ne pas saluer de femme en lui serrant la main.
Pour lui ceux et celles de la Oumma qui ne peuvent pas appliquer ces recommandations divines ou prophétiques ne doivent pas empêcher à leurs coreligionnaires de vivre leur foi au point d'en arriver à des destructions de mosquées, de coexistence difficile en famille ou au sein de la société comme si porter le voile ou la barbe pourraient constituer un trouble à l'ordre public.
Ce qui le chagrine par contre, ce sont les stéréotypes et autres clichés attribués au wahhabisme (coupeur de têtes, irrespectueux, non-participation à des activités familiales, intolérance, etc.). A ce sujet, il a invité l'opinion d'une manière générale à faire la distinction entre ce qui pourrait relever du mauvais comportement des gens et ce qu'enseigne la religion musulmane. Le Dr Kindo a conclu en interpellant la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), l'Etat, voire la presse à barrer la route à un « danger qui nous guette alors qu'on n'en a même pas encore fini avec le terrorisme ».
Le sous-thème : « Qualification de wahhabisme en lien avec les traits visibles du musulman », lui, a été disséqué par el hadj Mohammed Sourwila, un des grands imams de l'association Communauté musulmane du Burkina Faso (CMBF). Pour lui, la bonne compréhension d'un sujet aide à vivre paisiblement.
Des plus de 300 associations que compte la FAIB, aucun musulman ou structure, à l'écouter, ne remet en cause les six fondements de la foi musulmane ou par extension les cinq prières quotidiennes. Les aspects querellés sont donc assez mineurs et ne devraient pas constituer des sources de division puisqu'Allah dit à la Oumma « d'attraper la corde de l'islam en cas de divergence sur un sujet ».
Cette corde, indique-t-il, c'est le Coran et la sunna. A titre d'exemple, sur l'habillement des femmes musulmanes, il a cité la sourate 33, verset 59 pour couper court à toute polémique : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux ».
Le prophète, a-t-il ajouté, s'est interdit de saluer une femme en lui serrant la main car la sunna en la matière est que le musulman ne doit pas serrer la main d'une femme qu'il peut épouser. Le panéliste, Oustaz Mohammed Gansoré, lui, a défini l'émission « Les chercheurs de vérité » et les objectifs recherchés qui sont loin de semer la zizanie au sein de la Oumma.