À Madagascar, la saison des pluies bat son plein. Depuis une semaine, ce sont les Hauts-Plateaux, zone la plus habitée de l'île, qui sont les plus touchés. Toutes les écoles sont fermées depuis le lundi 17 février. Aux abords et dans la capitale, on dénombre pour le moment un mort et 4 500 sinistrés du fait des inondations. Dans le quartier central d'Andravoahangy, au coeur d'Antananarivo, l'eau est montée à plus de 1,40 m dans les maisons. Pour la population, les risques sanitaires sont réels : dysenterie, choléra, mais aussi, on le sait moins, la leptospirose.
En ce mardi matin, dans sa maison, Ezra n'a plus que de l'eau jusqu'aux genoux. La veille, sa pièce unique était entièrement submergée. Les murs encore trempés et couverts de moisissures attestent du récent sinistre : « Quand il pleut, comme l'eau ne s'écoule pas bien à cause des égouts bouchés, elle entre par notre fenêtre. Hier, j'avais de l'eau jusqu'à la poitrine. »
Dans sa pièce humide et sombre, les moustiques pullulent. Faute de moyens pour aller ailleurs, Ezra doit s'accommoder de ce foyer insalubre, malgré les effets notoires constatés sur sa santé et celle de ses deux petits enfants : « Mon bébé par exemple, il tousse. Depuis sa naissance, il a les voies respiratoires toujours encombrées. Mon ainé, lui, a la diarrhée depuis deux ans, et moi, regardez mes pieds : ils sont brûlés et pelés à force d'être en permanence dans l'eau stagnante. »
Des rongeurs dans les maisons
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Ses pieds, confie-t-elle lorsqu'on l'interroge, sont douloureux. Mais la jeune mère de 25 ans ne se plaint pas. Dans son quartier, tous sont logés à la même enseigne. Et parfois, à ce calvaire s'ajoutent d'autres nuisibles. Ces montées des eaux poussent en effet les rongeurs à se déplacer jusque dans les maisons, encore plus que d'habitude, entrainant alors la propagation d'autres pathologies.
Dans le cadre d'un programme mené en collaboration avec l'institut Pasteur de Madagascar à Antananarivo, Gauthier Dobigny, écologue de la santé et chargé de recherche à l'IRD, supervise depuis deux ans une étude sur une maladie infectieuse bactérienne négligée, la leptospirose. Une maladie transmise par l'urine des rongeurs : « Ces inondations, ça rapproche encore ces rats, ces souris réservoirs de microbes transmissibles à l'homme, des populations qui sont déjà très vulnérables habituellement. Et quand en plus l'eau rentre dans les foyers comme ça, vous avez par exemple la leptospirose, une maladie qui est véhiculée par une bactérie présente dans l'urine des rats. »
La leptospirose chez un rat sur cinq dans certains quartiers
« Et cette urine, dit-il, peut contaminer l'homme à travers des petites blessures qu'il a sur lui. C'est une maladie qui est assez peu connue, peu documentée, en tout cas à Madagascar. Nous, on la trouve très fréquemment chez les rongeurs de la capitale, dans les bas-quartiers inondables, dans les marchés insalubres, en saison des pluies, mais on la trouve également dans l'eau. Et tout ceci crée en fait une espèce de soupe infectieuse auprès de laquelle les gens sont en contact exacerbé au moment des pluies. »
Cette maladie est responsable de plus de 60 000 morts avérés dans le monde. D'après l'étude menée par les chercheurs à Madagascar, la circulation massive de la bactérie de la leptospirose, retrouvée chez un rat sur cinq dans certains quartiers de la capitale, circule massivement dans l'eau dans laquelle patauge les habitants des bas-quartiers. « On sait également qu'elle est transmise à l'homme, mais on n'a pas encore mesuré à quel point elle rendait les gens malades. C'est la prochaine étape », confie Gauthier Dobigny. « Pour cela, il nous faut monter un nouveau projet de recherche », conclut-il.
