Madagascar: «On ne se prostitue pas par plaisir» - Au pays, les professionnelles du sexe font entendre leur voix

À Madagascar, les prostituées brisent le silence. Lors d'un festival dédié aux droits des femmes, à Antananarivo, vendredi 21 février, des professionnelles du sexe de la capitale ont fait entendre leurs conditions de travail et, sans détour, les violences auxquelles elles sont exposées, un témoignage rare devant le grand public.

Si la prostitution n'est pas interdite par la loi malgache, le métier est méprisé. Il devient pourtant, chaque année, pour nombre de femmes - des mères célibataires pour la plupart - le dernier recours, faute d'emplois décents à leur portée. RFI les a rencontrées.

« Le client fait l'amour avec moi et il refuse de payer. Je lui dis : où est l'argent ? Il me répond : non, je ne te donnerai pas d'argent ! Puis, il frappe, il frappe fort ... »

Sa nuit de travail vient de se terminer aux environs d'Analakely, au coeur de la capitale. Nanah, 40 ans, a commencé à se prostituer sur les trottoirs de la ville, à l'âge de 16 ans.

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Elle se souvient avoir basculé dans l'enfer certaines nuits, contrainte de répliquer face à un client violent et là, de n'avoir jamais été protégée.

« Certains clients travaillent aux ministères, à la police, la gendarmerie, et pourtant c'est eux qui ne nous protègent pas ! Les gérants d'hôtels donnent toujours raison aux clients », témoigne Nanah.

Eliane, 46 ans se prostitue chaque semaine dans un hôtel de l'hypercentre d'Antananarivo - 20 000 ariary la passe, soit 4 euros minimum.

Ce qui la pousse à continuer, c'est la même situation de précarité qui l'a conduite pour la première fois dans la rue : « En plus de mes enfants, j'ai neuf frères et soeurs encore à ma charge. On veut juste vivre, même si pour le moment ça passe par subir ces violences ... qui ont même coûté la vie à certaines. »

Le réseau AFSA fait partie des associations engagées dans un plaidoyer actif auprès des autorités pour mieux encadrer et protéger les professionnels du sexe, estimés à 170 000 sur l'île.

Mais avant d'espérer un statut dédié, la priorité reste encore de gagner l'empathie de la société, estime Rebeca, membre de l'association AFSA, elle-même ancienne prostituée : « À Madagascar, il faut faire connaître aux gens qu'on ne se prostitue pas pour le plaisir. Elles n'ont pas le choix. Avant tout, ce sont des personnes et non des objets. »

Pendant la pandémie de Covid-19, le pays a vu naître une prostitution de survie, poussant même des femmes de la campagne à s'installer en ville où ce marché est porteur.

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