La guerre au Soudan vient de franchir un nouveau palier avec la signature d'une charte entre les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohammed Hamdane Daglo dit « Hemetti » et leurs alliés, annonçant la mise en place prochaine d'un gouvernement parallèle.
L'initiative a regroupé 24 organisations de la société civile, des groupes armés et des partis politiques qui ont fait le déplacement de Nairobi. Pour les signataires de la charte, ce « gouvernement de paix et d'unité » dont la composition sera dévoilée dans les jours ou mois à venir, « représente l'unique solution pour une sortie de crise » dans la mesure où il modifie de facto la situation politique du pays.
C'est donc clair. Suite à la guerre pour le pouvoir que se livrent « Hemetti » et le général Abdel Fatah Al Burhan, on s'achemine, de nouveau, vers une partition du Soudan. On aura, d'un côté, un gouvernement basé à Port-Soudan et dirigé par le patron de l'armée et un autre à Khartoum que contrôlent les FSR.
Peut-il en être autrement quand on sait que cela fera bientôt deux ans que les deux généraux se battent sans que l'un ne parvienne à prendre le dessus sur l'autre, laissant penser finalement à un équilibre des forces insusceptible de faire bouger les lignes ? Et en plus, toutes les tentatives de médiations ont échoué au point que le conflit, à l'instar de ce qui se passe en Libye, a fini par s'enliser avec l'entrée en scène de plusieurs acteurs externes qui contribuent à attiser le feu.
Tout porte à croire que le Soudan ne peut pas échapper à une nouvelle sécession
A preuve, pendant que l'Egypte roule clairement pour Burhan, d'autres pays comme le Kenya et le Tchad sont soupçonnés de faire la part belle aux FSR du général « Hemetti », complexifiant ainsi la situation. En fait, tous ceux qui, après l'indépendance du Soudan du Sud obtenue au prix de mille et un sacrifices, et qui avaient salué la chute du dictateur Omar el-Bechir en espérant que le Soudan deviendrait une nation prospère et stable politiquement et économiquement, doivent commencer à déchanter.
Le pays n'est aujourd'hui qu'un vaste champ de ruines si fait que les populations, profondément meurtries et désabusées, ne savent plus à quel saint se vouer. A preuve, ils sont nombreux les Soudanais et Soudanaises qui ont pris le chemin de l'exil tandis que d'autres, moins chanceux, ont été trucidés. On oublie volontiers tous ceux qui, du fait de la guerre, ont perdu leurs emplois et vivent désormais tels de pauvres-hères.
En tout cas, à l'allure où vont les choses, tout porte à croire que le Soudan ne peut pas échapper à une nouvelle sécession dont on voit déjà se dessiner les contours. En témoigne la volonté affichée de « Hemetti » et ses alliés de mettre en place un Exécutif parallèle. Certes, le ministre des Affaires étrangères de Burhan promet de tout mettre en oeuvre pour qu'aucun pays ne reconnaisse ce gouvernement.
Mais a-t-il les moyens de sa politique dans la mesure où le patron des FSR, on le sait, compte aussi des soutiens et pas des moindres, au plan international ?