Congo-Kinshasa: Tshisekedi et M23 - Et pourtant, il faudra négocier !

Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi
analyse

Félix Tshisekedi ne sait vraiment plus à quel saint se vouer. Face à la guerre dans l'Est de la République démocratique du Congo, le président semble avoir perdu le nord. Il y a de quoi en effet. Le M23, cornaqué par le voisin rwandais, continue en effet de gagner du terrain.

Après Goma, Bukavu et la prise de Rusamambo dans le territoire de Walikale, les rebelles du M23 menacent la cité de Pinga. Dans le Sud-Kivu, ils sont désormais présents à Walungu centre et Kashanja, élargissant leur contrôle à quatre territoires sur huit que compte la province, en plus de la ville de Bukavu.

Ils progressent d'autant plus rapidement que les forces armées congolaises n'opposent pas une résistance farouche, quand ils ne retournent pas leur veste ou plutôt leur tenue pour se mettre au service de la rébellion. Comme ce fut le cas dans la ville occupée de Bukavu où plusieurs centaines de policiers se sont mis aux ordres de Sultani Makenga, le chef du mouvement.

De quoi irriter davantage Fatshi. Au cours d'une rencontre avec les députés, sénateurs et autres barons de la coalition, le président n'a pas tari d'imprécations contre :

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-la hiérarchie militaire qui ne mouille pas suffisamment le treillis à ses yeux et dont la gestion de la troupe serait problématique dans la mesure où, affirme-t-il, « il est même arrivé que pendant plus d'une semaine, la troupe soit sans commandement», contre ses amis et alliés politiques coupables de « manque d'engagement », contre le M23, le « pantin du Rwanda », contre la communauté internationale, accusée d'inertie alors que le même Conseil de Sécurité a, dans une résolution condamné l'offensive menée par le M23 avec le soutien rwandais et a exigé leur retrait immédiat.

Et pour reprendre la main et tenter d'arrêter la percée des rebelles, il propose une refonte de l'armée pour qu'elle soit plus professionnelle, mieux encadrée avec une meilleure prise en charge. Rappelons que le chef suprême des armées qu'il est avait opéré une valse des bérêts et c'est à se demander si cette réforme kaki va prendre corps avant que le M23 n'arrive à Kinshasa.

L'autre piste de solution, c'est la formation d'un gouvernement d'union nationale dont on se demande également quel impact il pourrait avoir, car on risque d'assister à une redistribution du gâteau national entre les politiciens assis à Kin pendant que le pays brûle. Pendant que les combattants sont démunis, ministres, députés, sénateurs et autres se partagent en effet des émoluments royaux et très peu sont ceux qui se soucient en réalité du sort de la Nation congolaise. Alors que le pays est à feu et à sang, n'était-il pas lui-même à la recherche d'artifices politico-juridiques pour demeurer à la tête du pays ?

En tous les cas, Tshisékédi reste droit dans ses bottes, refusant obstinément de discuter directement avec le M23. On peut comprendre qu'il ne veuille pas s'asseoir autour de la même table que les rebelles, ce qui serait une forme de reconnaissance d'un « mouvement terroriste » auquel il ne veut pas se résoudre, mais à l'allure où vont les choses, est-ce bien pragmatique ?

Ce qu'il refuse de faire aujourd'hui, il peut se retrouver d'ici quelques semaines dans la situation où c'est lui-même qui voudra maintenant négocier quand l'ennemi sera aux portes de la capitale et que ce dernier n'aurait aucune raison de ne pas achever le boulot. Et alors ce serait tard. En 1996, l'on se rappelle cette médiation finalement avortée initiée par le président sud-africain Nelson Mandela, avec ce piteux spectacle d'un Mobutu amaigri et rongé par la maladie, abandonné par le siens et la communauté internationale devant un Laurent-Désiré Kabila triomphant dont les hommes étaient déjà aux portes de la capitale.

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