S'achemine-t-on vers un accord de paix définitif entre le gouvernement sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) ? La réponse à cette question ne semble pas si facile, mais elle pourrait l'être, à l'aune des grandes avancées notées dans le processus de paix.
Le groupe séparatiste armé qui a transformé la région au paysage luxuriant de la Casamance dans le Sud du Sénégal en un maquis, affiche de plus en plus, une certaine sagesse et laisse espérer une possible paix.
On est bien loin de l'intransigeance dans la lutte pour l'indépendance de la Casamance du leader historique du MFDC, le défunt abbé Augustin Diamaoune Senghor. Dimanche 23 février dernier, les deux parties ont fait des pas supplémentaires en avant, en signant un nouvel accord, à Bissau, sous la facilitation du Président bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló. Ce modus vivendi traduit la volonté renouvelée des acteurs d'oeuvrer pour un accord de paix définitif à travers le dépôt des armes et le réglage de certaines modalités pratiques, notamment la réinsertion des combattants, le retour des déplacés internes et le développement économique et social de la Casamance.
Ce texte fait suite à l'accord signé, en août 2022 à Bissau, entre les autorités sénégalaises et le chef de la 3e faction (Front Sud) du MFDC, César Atoute Badiate. On espère que cette énième initiative visant à faire taire les armes en Casamance va porter ses fruits. L'arrivée aux affaires d'Ousmane Sonko, fils de la région, a doublé les espoirs pour un retour à la paix. Certains observateurs estiment que la position du Premier ministre sénégalais doit lui permettre de faire avancer la machine dans le bon sens. Son influence auprès des populations locales pourrait jouer dans la balance.
Mais tout ne marche pas encore complètement comme sur des roulettes. Il y a encore de la résistance dans le dossier et il ne faut pas l'oublier. La Faction Nord du MFDC, pilotée par Salif Sadio, n'est pas disposée au dialogue et revendique toujours l'indépendance de la Casamance. Plusieurs accords ont été d'ailleurs paraphés, sans que la paix ne revienne. On a foi que le processus conduit actuellement sera le bon, pour le bonheur des Casamançais et du Sénégal tout entier. Cette guerre séparatiste n'a que trop duré.
Trop de sang a coulé. Trop de vies ont été fauchées. La Casamance doit absolument retrouver son lustre et sa quiétude d'antan, perdus en 1982. Cette année-là, le destin de cette région a basculé à jamais. Impatients de voir leur région devenir indépendante, comme l'avait laissé entrevoir le Président Léopold Sedar Senghor, dès l'indépendance du pays en 1960, une bonne partie des Casamancais, sous la houlette du MFDC, avait organisé une marche pacifique, en décembre 1982, pour réclamer ce statut.
Cette activité, censée se dérouler dans le calme, avait vite dégénéré, quand les manifestants décidèrent de descendre le drapeau national pour le remplacer par le leur. Cet acte avait été considéré comme un affront par l'Etat sénégalais et réprimé. Ce qui a amené le MFDC à entrer en rébellion depuis lors. Plusieurs affrontements avec l'armée sénégalaise ont eu lieu, avec leur lot de conséquences humaines et matérielles.
Les offensives menées en 2021 et en 2022 par les forces républicaines ont permis de démanteler les bases des rebelles, qui ont de fait vu leurs capacités de nuisance sensiblement réduites. Vont-ils en tirer les conséquences et aller définitivement à la paix ? Certains d'entre eux semblent être sur la voie...