Sénégal: Le faux jeu de l'opposition ?

26 Février 2025
analyse

On se croirait avec l’opposition sénégalaise dans un jeu de cartes, et plus précisément dans une partie de « belote ». On joue de ruse pour chercher à garder la DER et rester maître du jeu à la fin.  Cet exercice à somme nulle ne semble pas avoir été inspiré par les deux épisodes électoraux, à l’occasion desquels elle a été battue par des scores sans appel de la mouvance du « Pastef ». Tout au moins, il semble que les enseignements qu’elle en a tirés, si tant est qu’il y en a, ne correspondent pas du tout à l’esprit du jeu politique d’aujourd’hui.

De quoi s’agit-il au fond ?

Depuis le 09 février 2025, date à laquelle le Front pour la défense de la démocratie et de la République (FDR), à la tête duquel il y a notamment Khalifa Sall et la quasi-totalité des leaders de l’opposition, candidats malheureux à l’élection présidentielle de 2024, a noté une cascade de sorties de leaders de partis d’opposition, les unes plus virulentes que les autres.

L’autre frange de l’opposition qui a choisi sa propre voie hors du FDR s'est invitée à ce flot de diatribes contre le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko, voire contre lui-même intuitu personae.

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Comme s’il s’était donné le mot d’ordre de faire un tir groupé sur le pouvoir en place qui vient juste d’être installé il y a moins d’un an.

Le timing choisi ne semble pas anodin. La proximité avec la séquence temporelle de la parution du rapport de la Cour des Comptes sur la période 2019 -2024 s’invite à l’analyse comme un contrefeu, destiné à éclipser l’amplitude des dégâts causés par la gouvernance du régime sortant de Macky Sall.

L’angle d’attaque articulé à tort ou à raison autour de deux critiques, à savoir les reniements de Sonko et l’incompétence de l’équipe gouvernementale, laisse croire qu’au-delà de l’attaque ciblée sur le 1er ministre Ousmane Sonko, il y a bien une guerre de leadership, avant l’heure, qui se joue au sein de l’opposition. Peu importe la validité des arguments, ce qui compte, c'est d’être celui qui se pose en opposant radical pour porter le flambeau de l’opposition. L’histoire récente du pays a montré que cela ne peut prospérer, car la période de grâce du pouvoir en place se prolonge curieusement.

Le verdict des urnes a par ailleurs consacré l’ancien Premier Ministre Amadou Ba, arrivé second à la présidentielle avec 35%, comme chef de l’opposition, sans que ce dernier n’affiche aucune revendication en ce sens, adoptant la stratégie prudente de l’observation du jeu politique, depuis le lancement de son organisation politique « la Nouvelle responsabilité ».

En revanche, les partis qui se réclament de l’opposition peinent à mobiliser leurs partisans. cherchent des alternatives pour sortir du marasme dans lequel ils sont installés. Certains d’ailleurs sont allés sous d’autres cieux, ou au meilleur des cas se sont regroupés en coalition que certains qualifient de contre nature.

C’est sous ce registre qu’il faut classer les sorties successives de Khalifa Sall, qui a fait 1,6% à la présidentielle, sous la bannière de Manko Taxawu Sénégal, ou d'Idrissa Seck, le président du parti Rewmi, dont les scores chutent d’élection en élection, passant de 20,50 % en 2019 à 1,85% en 2024, voire celle de Thierno Alassane Sall 0,6%, sans oublier les outsiders qui tirent dans le tas.

Cette frénésie cache une lutte farouche pour occuper le devant de la scène et, par ce biais, incarner ainsi l’opposition radicale au pouvoir de Pastef. Reste à voir si Amadou Ba se laissera faire. Il reste certain que l’exemple d'Ousmane Sonko face à Macky Sall à l’époque, au moment où toute l’opposition avait baissé pavillon, ne correspond pas au profil de ces leaders ni au contexte, encore moins à la dynamique sociale qui a porté l’opposition d'Ousmane Sonko.

Si le modus operandi semble être inspiré par la pratique de ce dernier, les époques, en revanche, diffèrent. Dans le cas d’espèce, il faut noter d’abord que le régime de Bassirou Diomaye Faye n’a pas encore fait un an, alors que celui de Macky Sall venait de boucler 12 ans de magistère avec les vicissitudes que l’on sait, mais en ralliant une frange importante de la nation, partis comme société civile, à la cause « anti-troisième mandat ».

Tel n’est pas le cas aujourd’hui où l’on sort de deux élections nationales, qui ont permis la mise en place de nouvelles institutions et la disparition d’autres par le biais de résultats qui ont figé l’espace politique tant au niveau de l’exécutif que du législatif.

Amadou Ba, chef de l’opposition, élu député à l’Assemblée nationale, ne boudera certainement pas son statut avec tout ce qui va avec. Il ne fait aucun doute que cette agitation des acteurs politiques qui avaient disparu de la scène politique n'a pour autre objectif que de ravir la place au Président de la Nouvelle responsabilité, qui, aujourd’hui, a pris ses distances avec ses alliés d’hier qui, il faut le dire, lui ont porté un coup de Jarnac lors des élections Présidentielle et législatives, occasionnant sa défaite.

En vérité, les attaques subies, frontales contre le gouvernement et Ousmane Sonko, ne sont que les éléments d’un « faux jeu ». Les véritables motivations, qui font dire à certains analystes qu’il n’y a pas une mais des oppositions, résident dans le fait que chaque leader d’une frange de l’opposition scrute le fauteuil de chef de l’opposition actuellement occupé par Amadou Ba, en vertu des textes en vigueur. Autrement, comment expliquer qu’en moins d’un an, on puisse exiger tout de suite et maintenant des résultats.

La priorité ne devrait-elle pas être la remobilisation des troupes pour les prochaines échéances en guettant peut-être des erreurs de l’actuel régime pour faire une offre alternative aux électeurs ?

Cinq ans, c'est long, et il est peu probable que, dans sa configuration actuelle et avec une telle stratégie politique, l’opposition minoritaire puisse tenir seulement par la critique et l’occupation des médias.

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