En Guinée-Bissau, l'incertitude plane sur la fin du mandat du président Umaro Sissoco Embalo. L'opposition affirme qu'il expire ce jeudi 27 février 2025, cinq ans après l'investiture, et ne reconnaît plus sa légitimité. La Cour suprême, elle, a prolongé son mandat jusqu'au 4 septembre. Contre ce qu'elle considère comme une manoeuvre politique, l'opposition appelle à la « paralysie totale » du pays dès vendredi. Ajoutant à la confusion, Embalo a fixé les élections présidentielle et législatives au 30 novembre.
Jeudi 27 février, au matin, la capitale Bissau restait calme, selon plusieurs sources contactées par RFI. Le grand marché de Bandim a ouvert ses portes et les taxis ont circulé normalement. Toutefois, dans certains quartiers, des parents ont préféré garder leurs enfants à la maison, craignant d'éventuelles tensions. Environ 3 000 gendarmes ont été déployés dans la ville, certains armés, d'autres cagoulés, selon des témoins.
C'est ce jeudi 27 février que le mandat du président Umaro Sissoco Embalo prend fin. À partir de demain, l'opposition ne reconnaîtra plus son autorité. Elle prévoit de lancer un appel à la grève générale, selon l'un de ses leaders contacté jeudi matin.
Un imbroglio juridique et politique
Pourquoi cette incertitude ? Tout remonte à 2019, lorsque l'opposition avait contesté la victoire d'Embalo devant la Cour suprême. Faute de décision rapide, il avait été investi avant même la fin du contentieux. Ce n'est que le 4 septembre 2020 que la Cour a validé son élection, expliquant ainsi les divergences sur la durée de son mandat.
Pour Alex Vines, directeur du programme Afrique à Chatham House à Londres, la confusion concernant la fin du mandat présidentiel s'explique par le dysfonctionnement du système de gouvernance du pays.
Christina Okello Dimanche 23 février, Embalo a annoncé la tenue des élections présidentielle et législatives pour le 30 novembre, soit deux mois après la date fixée par la Cour suprême pour la fin de son mandat. Certains juristes estiment néanmoins qu'il respecte les délais, à quelques jours près, la loi imposant un scrutin entre le 23 octobre et le 25 novembre.
Toutefois, l'opposition craint une nouvelle manoeuvre politique, après l'annulation des législatives de novembre dernier pour raisons financières et techniques.
Une médiation de la Cédéao en cours
Signe de la crise, la mission de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), présente à Bissau depuis dimanche, a prolongé son séjour jusqu'au 1eᣴ mars. Celle-ci a reçu successivement les coalitions Pai-Terra Ranka, l'Alliance patriotique inclusive Cabass Grande et la Commission permanente de l'Assemblée nationale pour tenter de trouver un consensus.
À Bissau, dans la rue, le mot d'ordre de l'opposition est resté peu suivi ce 27 février. Incapable de mobiliser massivement, elle a appelé les conducteurs à klaxonner à 14h50, heure qu'elle considère comme la fin du mandat du président Embalo, qui a lui reçu le soutien du président russe Vladimir Poutine.
Pour l'instant, le chef de l'État n'a pas encore déclaré officiellement s'il serait candidat à sa réélection.