C’est maintenant confirmé! La mission de médiation dépêchée promptement par la CEDEAO en Guinée-Bissau du 23 au 28 février 2025, suite à la décision du président Umaro Sissoko Emballo de reporter l’élection présidentielle au 30 novembre, alors même que son mandat s’achevait ce 27 février, vient de se terminer de la plus curieuse des manières.
Le moins qu’on puisse dire est qu’elle s’est soldée par un échec cuisant, du moins, si l’on en croit le communiqué rendu public ce 1er mars sous la signature de l’ancien Ministre d’état ministre des affaires étrangères du Nigéria, Bagudu HIRSE, chef de la mission.
En effet, aux termes des consultations des divers acteurs et des officiels bissau-guinéens, en vue d’aboutir à un consensus pour des élections inclusives, les conclusions provisoires de la mission n’ont pas plu au président Sissoko Emballo. Pour une fois dans l’histoire de la diplomatie, un communiqué indique la menace d’expulsion dont la délégation de haut niveau de la CEDEAO a été l’objet de la part du Président Bissau Guinéen.
En tout état de cause, cette situation constitue un second revers pour la CEDEAO, qui s’est beaucoup investie en Guinée-Bissau pour un retour à une vie institutionnelle normale, raison pour laquelle les élections législatives ont pu se tenir avec les résultats que l’on sait, c’est-à-dire une majorité détenue par l’opposition avec à la clé, l’occupation du poste de premier ministre.
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Cette crise qui germe en Guinée-Bissau est un signal fort d’une rupture profonde du consensus qui doit prévaloir sur le processus électoral, comme partout ailleurs.
Le risque qu’entrevoit certains observateurs est qu’il y ait un écartement des lignes au sein de la CEDEAO qui, dans le cas d’espèce, dispose d’une jurisprudence quasi constante en Gambie, mais aussi en ce qui concerne les trois pays de l’AES (Mali, Niger, Burkina Faso). Le cas bissau-guinéen revêt de ce point de vue un caractère hautement sensible, et Umaro Sissoko Emballo le sait bien et certainement va jouer sur deux registres.
Le premier sera certainement, en tant que garant de l’accord définitif de cessez-le-feu signé ce 23 février, entre le MFDC et le gouvernement du Sénégal, d’œuvrer à bénéficier de la bienveillance du Sénégal pour ne pas tomber sous le coup de sanctions de la CEDEAO et gagner du temps dans le processus de résolution de la crise, et ainsi faire face à une opposition revigorée.
Le second registre est, et c’est fort probable aujourd’hui, l’ouverture exprimée par les pays membres de l’AES pour une éventuelle adhésion de la Guinée Bissau sur laquelle ces derniers ne cracheraient pas. Umaro Sissoko Emballo est, faut-il le rappeler, un Général de son état qui n’aurait aucun mal à rejoindre ses pairs généraux, au même moment où on susurre un rapprochement du Togo vis-à-vis de l’AES. La Cedeao ne verrait pas d’un bon œil cette éventualité, elle qui est dans une phase de consolidation. Elle s’épargnerait bien un autre front de crise.
Quelle sera son attitude ? Il faut peut-être la remise du rapport de la mission au président de la commission de la CEDEAO, le Dr. Omar Alieu Touray, et la décision des chefs d’Etat pour savoir dans quel sens la CEDEAO va pencher. Est-ce pour un règlement sur la base des textes dont le respect est absolument nécessaire pour assurer le reste de crédibilité qui reste à l’organisation, ou pour trouver un arrangement qui préserve la stabilité du pays et celle de la CEDEAO elle-même, et sauve la face du régime sortant, en organisant des élections dans un « délai raisonnable », pour emprunter l’expression utilisée par le Conseil constitutionnel du Sénégal voisin.
