Burkina Faso: Etalon d'or 2025 - Dani ou l'héritage du griot Sotigui

« 29e édition du FESPACO / Y aura-t-il une cerise sur le gâteau de la résilience ? », était le titre de notre Commentons l'événement de lundi dernier, suite à l'ouverture du FESPACO 2025, avec ce vœu ardent que des réalisateurs burkinabè Dani Kouyaté ou Chloé Aïcha Baro en compétition pour l'Etalon de Yennenga, l'un puisse mettre une cerise sur le gâteau de notre résilience en remportant le graal de cette 29e biennale de la fête du cinéma africain.

Avec la cérémonie de remise de trophées samedi dernier, notre titre s'est révélé prémonitoire. Depuis une bonne dizaine d'années que le pays est en proie au terrorisme, les tenues régulières du SIAO (Salon international de l'artisanat de Ouagadougou), de la SNC (Semaine nationale de la Culture), du Tour du Faso et... du FESPACO procèdent en effet d'une résilience certaine d'un peuple qui ne veut pas plier l'échine face aux forces du mal et sonnent comme autant de victoire contre l'ennemi.

Et quand au bout du compte il y a la victoire, peut-on rêver mieux pour regonfler le moral du Burkinabè qui est souvent au talon ? C'est le sentiment qui doit nous animer tous depuis ce samedi 1er mars. La 29e édition du FESPACO a en effet rendu ses verdicts au palais des Sports et le plus attendu était l'Etalon d'or de Yennega et, cette année, c'est le réalisateur burkinabè Dani Kouyaté qui l'a enfourché avec « Katanga, la danse des scorpions », inspiré de Macbeth, une oeuvre de l'écrivain et dramaturge anglais William Shakespeare. Et dans une langue nationale du Burkina, le mooré s'il vous plaît !

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Lors de l'avant-première, le réalisateur résumait ainsi l'oeuvre : « C'est un conte politique qui explique comment le pouvoir peut rendre fou. La gestion du pouvoir est universelle, ce thème est donc universel. Il faut que la jeunesse garde les pieds sur terre. La grosse tête vient très facilement. Une fois qu'on a le pouvoir, parfois, on perd facilement le contact avec le sol et on se perd. J'ai opté pour l'image en noir et blanc parce que j'ai voulu camper le film dans une métaphore fabuleuse. C'est une fable et un conte politique. Je ne voulais pas que le film soit situé dans le temps et dans l'espace afin d'être plus proche du conte. Cette image en noir et blanc fait sortir de la réalité pour rentrer dans une sorte de rêve ».

Et le jury, selon son porte-parole Martin Kaboré, n'y a vu que du feu, décernant de ce fait la récompense suprême au film, « pour le caractère intemporel et universel de sa cruciale thématique, pour la savoureuse magie qui a permis de fixer l'intemporalité dans notre temporelle actualité, pour le mode de traitement de cet important sujet qui convoque l'onirique, pour son fort ancrage culturel à travers ses décors, ses costumes et la valorisation de son identité linguistique ».

La monture de la princesse légendaire revient donc sur les rives du Kadiogo 26 ans après les avoir quittées. Dani Kouyaté est en effet le 3e Burkinabè depuis le début du festival en 1969 à obtenir cette distinction, après Idrissa Ouédraogo (Tilaï) en 1991 et Gaston Kaboré (Buud Yam) en 1997. Une diète donc cinématographique de 28 ans et 14 éditions qui vient ainsi de prendre fin.

On ne peut que dire félicitations au lauréat dont la consécration est le fruit d'un parcours exemplaire. Lui qui avait déjà obtenu l'Etalon d'argent, on peut dire qu'il a gravi ainsi la plus haute marche du podium. Quoi de plus normal pour celui qui, après les monstres sacrés comme le maestro Idrissa Ouédraogo Gaston Kaboré et Saint-Pierre Yaméogo, s'est révélé depuis comme le nouveau porte-drapeau du cinéma africain avec des oeuvres de belle facture. En atteste sa filmographie : « Bilakoro » en 1989, « Tobere Kossam » en 1991, «Les larmes sacrées du crocodile» en 1993, «Keïta, l'Héritage du Griot» en 1995 et « Sia, le rêve du python » en 1999.

Il faut dire que comme d'autres sont nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, il a baigné dans l'univers du spectacle depuis le berceau. Son père n'étant autre que l'immense Sotigui Kouyaté, sa carrière artistique était pour ainsi dire toute tracée et qu'il ne pouvait que suivre les traces de ses géniteurs sur les planchers et les plateaux de tournage. Avec le succès qu'on sait.

Né dans une famille de griots le 4 juin 1961 à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, Dani Kouyaté approche très jeune l'art du spectacle. Titulaire d'une licence de création cinématographique d'une maîtrise d'animation culturelle et sociale à l'université de la Sorbonne, diplômé de l'Ecole internationale d'anthropologie de Paris et titulaire d'un Diplôme d'études approfondies (DEA) de cinéma, il réside à Paris et effectue de nombreux séjours en Italie, Allemagne, Suisse et au Burkina Faso dans le cadre de ses activités théâtrales aussi bien en tant que metteur en scène que comédien.

C'est dons tout sauf le fait du hasard s'il vient de rafler la mise. En dehors du cinéma, c'est un grand monsieur humainement parlant dont l'humilité et la discrétion sont incontestées et qui devrait inspirer nombre de personnes du 7e Art.

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