Sénégal: Après Moody's, S&P révise la note du pays - En attendant Bloomfield

La note souveraine du Sénégal peut-elle descendre plus bas encore qu'elle ne l'est déjà avec la mauvaise note que vient de lui infliger S & P (Standards and Poor's), après la gifle de Moody's, la semaine dernière ? Attention, si Bloomfield appuie demain sur un bouton du bas, l'ascenseur risque de dégringoler sur le palier du défaut de paiement.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent sur le front de l'économie sénégalaise. Deux des trois principales agences de notation, Moody's, hier, S & P (Standards and Poor's) aujourd'hui, ont toutes deux placé le Sénégal sous perspective "négative". Celle-ci, rappelons-le, désigne des obligations qui comportent un haut taux de risque et qu'une nouvelle dégradation est possible dans les 12-18 mois, indiquant un risque de crédit substantiel (lire DEGRADATION DU RISQUE-PAYS : Le Sénégal « perd » sa signature ).

Une troisième notation est en effet attendue non pas de la troisième agence de notation américaine, Fitch, mais plutôt de Bloomfield, une agence de notation financière en monnaie locale, fondée il y a 18 ans par l'Ivoirien Stanislas Zézé.

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Malgré des grilles d'évaluation différentes, si Bloomfield venait à mal noter le Sénégal, le pays sera ainsi placé dans les "poubelles" de la finance. S & P le suggère d'ailleurs dans sa note en indiquant que "la solvabilité du pays est menacée". En d'autres termes, avec déjà les deux premières mauvaises notes qu'il vient de recevoir, le Sénégal est à deux crans du défaut de paiement.

Pour rappel, en 2021, Bloomfield avait attribué une note d'investissement à long terme de A- (qui traduit une qualité de crédit élevée) et une note d'investissement court terme de A2 (risque faible). Cette dernière traduisant une certitude de remboursement en temps opportun, bonne. Sauf que le contexte n'est pas le même.

La quadrature du cercle

Certes, contrairement à Moody's qui a été plus sévère, la note de S & P sur les emprunts à long et court terme du pays a, cependant, été conservée à "B+/B"; considérée toutefois comme la note la plus haute de la catégorie spéculative par les acteurs du marché concernant les pays à risque. Mais le ver est déjà dans le fruit, avec les déclarations du chef du gouvernement du Sénégal, qui n'ont réussi, sans convaincre, qu'à échauder les partenaires et autres bailleurs du pays.

Le signal est en tout cas très fort de la part des agences de notations envers les autorités sénégalaises, tout en leur tendant une perche : "Nous pourrions relever la note du Sénégal ou réviser les perspectives à "stable" si les indicateurs budgétaires et extérieurs s'améliorent plus rapidement que prévu grâce à la mise en oeuvre de mesures correctives énergiques", écrit S & P.

En lisant entre les lignes, "mesures correctives énergiques" s'entend par suppression des subventions et autres dépenses publiques, accroissement des recettes. Or, la diète qui a déjà commencé à "consumer" les sénégalais s'accompagne de vagues de licenciements massifs au niveau des entreprises et entraîne un chômage important qui risque de freiner la consommation. Sans consommation, pas de recettes d'autant plus que celles attendues de l'exploitation pétrolière et gazière restent faibles.

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